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EEMNI - 26.12.2014   Retour à l'aperçu

Disparition des chrétiens au Moyen-Orient ? Une analyse de Portes Ouvertes

Célébration de Noël dans une église de Damas (Syrie - 2013)[Credits] Au Moyen-Orient, seuls les chrétiens fêtent Noël. Face à l’exode massif de cette population, une question se pose en cette période de Noël : dans quelques années, restera-t-il encore des chrétiens pour célébrer la naissance de Jésus-Christ ?

1. Pourquoi dit-on que les chrétiens disparaissent ?

2. Les cas de la Syrie, de l’Irak et de l’Egypte

3. Quelles sont les conséquences d’un tel exode ?

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1. Pourquoi dit-on que les chrétiens disparaissent ?

Un mouvement entamé depuis un siècle


L'émigration des populations chrétiennes du Moyen-Orient a commencé au lendemain de la Première Guerre mondiale et s’est considérablement accélérée depuis la dernière décennie. En Syrie, au début du 20ème siècle, ils représentaient environ un tiers de la population. Aujourd’hui, ils sont moins de 10 %. En Irak, plus de la moitié des chrétiens sont partis. En Egypte, les Coptes ont commencé à émigrer en grand nombre après la révolution de 1952. Si bien que l’on peut se demander : les chrétiens vont-ils finir par disparaître au Moyen-Orient?

Il n’existe pas de chiffres statistiques fiables du nombre de chrétiens vivant au Moyen- Orient. Cependant, Portes Ouvertes en estime le nombre à 14 millions. Leur proportion au sein des populations du Moyen-Orient ne cesse de baisser (Paul Balta « L'exode des chrétiens d'Orient », Confluences Méditerranée, vol. 2, no 49, 2004, p. 161-16). C’est en Egypte que les chrétiens sont les plus nombreux (10 millions). Ces chiffres englobent les églises historiques, les chrétiens d’origine musulmane et les travailleurs expatriés chrétiens. Leur nombre diminue et leur situation est de plus en plus précaire.

Spécifiquement pris pour cible

Les chrétiens sont de plus en plus spécifiquement pris pour cible à cause de leur religion, et cette violence à leur égard ne cesse de s’intensifier. Elle est due à l’instabilité politique qui touche la région, aux guerres civiles mais également aux groupes islamistes radicaux qui gagnent en influence et en puissance dans la région.

Les attentats commis par des islamistes tels Al-Qaïda, le Hamas ou le Hezbollah et dernièrement le groupe Etat Islamique ont joué un rôle dans le départ de nombreux chrétiens, particulièrement en Irak. Mais ils ne sont pas les seuls responsables de cet exode massif, loin de là. Le fait est qu’aujourd’hui, dans de nombreuses sociétés musulmanes, c’est une interprétation plus stricte, plus fondamentaliste de l’islam qui prévaut et cela les rend beaucoup moins tolérantes à l’égard des minorités chrétiennes.

La dhimmitude revient en force

L’islamisation de la société est la source de persécution significative contre les chrétiens. Ces derniers deviennent des citoyens de seconde zone et expérimentent la dhimmitude (chrétiens et juifs jugés impurs et inférieurs par la loi islamique soumis dans tous les domaines de la société à un système d’inégalité et d’humiliation) qui laisse une extrême sentiment d’impuissance. C’est un état de fait qui existe depuis des siècles mais qui a empiré ces dernières années. Cela touche tellement de domaines de la société que l’on a l’impression qu’il est vain de le combattre. En conséquence, la plupart des chrétiens émigrent. Aujourd’hui, dans cette région qui est le berceau du christianisme, les chrétiens persécutés luttent pour survivre.

Ils sont attaqués car ils sont vus comme supporters d’un occident hostile, ou comme soutenant les régimes en place. Ils bénéficient souvent d’une bonne situation économique, ce qui en fait des proies de choix pour les ravisseurs. De plus, grâce à cette relative aisance ils peuvent plus facilement émigrer si le besoin s’en fait sentir. En outre, le taux de natalité chez les chrétiens est moins élevé que pour le reste de la population.

2. Les cas de la Syrie, de l’Irak et de l’Egypte

Au Moyen-Orient, c’est en Egypte, en Syrie et en Irak que les chrétiens étaient les plus nombreux. Des pays qui aujourd’hui se vident de leur population chrétienne.

Syrie


La guerre qui secoue la Syrie a provoqué l’un des plus grands déplacements de population actuels. Plus de 2,5 millions de Syriens ont quitté leur pays dont de nombreux chrétiens. Depuis le début de la guerre civile en 2011, la situation des chrétiens s’est rapidement détériorée, du fait de la guerre mais aussi parce qu’ils sont de plus en plus pris pour cible spécifiquement à cause de leur religion. Ils sont discriminés et soumis à la violence. Récemment, un groupe d’islamistes radicaux qui a pris le contrôle de la ville de Racca a établi tout un ensemble de règles auxquelles les chrétiens doivent se soumettre. Ils doivent par exemple payer un impôt, la jizya et doivent adopter le code vestimentaire islamique, les règles commerciales et les règles alimentaires islamiques.

Sur les 1,8 million de chrétiens que comptait la Syrie avant la guerre, 700 000 ont quitté le pays. Cependant l’émigration des chrétiens syriens a commencé avant la guerre à partir du moment où la population sunnite s’est radicalisée, un phénomène qui a commencé depuis plusieurs dizaines d’années.

Irak

Ces dix dernières années, la population chrétienne d’Irak a connu une véritable saignée. Elle a été durement touchée par les changements survenus après la chute de Saddam Hussein en 2003. Les chrétiens ont été sévèrement persécutés et chassés du pays. En plus du fait d’être chrétiens, ce qui fait d’eux une cible privilégiée pour les groupes islamistes, ils sont victimes de la politique d’embauche mise en place par les Américains quand ceux-ci sont arrivés en Irak en 2003. Considérant les chrétiens comme plus fiables que les musulmans, ils leur ont donné des emplois en priorité. Ils sont depuis considérés comme les alliés des Américains et donc des ennemis de l’intérieur pour les islamistes. Des centaines d’assassinats contre les chrétiens ont eu lieu depuis 2003 et continuent encore aujourd’hui.

Portes Ouvertes estime qu’environ 700 000 chrétiens vivaient en Irak au début des années 2000. Aujourd’hui, on estime qu’ils ne sont plus que 330 000.

Egypte

L’Egypte est le plus peuplé des pays arabes. Jusqu’à présent les relations entre musulmans et coptes (des chrétiens qui ont toujours fait partie de l’histoire de l’Egypte) ont toujours été relativement cordiales. Mais entre 1974 et 1985, plus de 3 millions d’Egyptiens ont émigrés dans les pays du Golfe comme l’Arabie Saoudite qui pratiquent un islam plus dur tel le wahhabisme, et une fois rentrés chez eux, ils ont importé et propagé cette forme d’islam, plus austère et moins tolérante. Cela correspondait au moment où le président Sadate courtisait les islamistes pour contrer les socialistes issus de l’ère Nasser.

En conséquence, selon Tarek Osman (spécialiste du monde arabe), « en moins de 10 ans, l’Etat égyptien est passé d’un Etat civique à un Etat quasi islamique avec un discours qui, de libéral est devenu religieux et conservateur. »

Portes Ouvertes estime qu’il y a aujourd’hui 10 millions de chrétiens en Egypte. Même s’il a été beaucoup question de chrétiens fuyant en masse l’Egypte, il faut relativiser ces départs. Par exemple, les médias occidentaux ont mentionné que 100 000 coptes avaient quitté le pays en 2011 suite à la chute de Moubarak. Il est probable que ce chiffre soit fortement exagéré. Même les porte-paroles de la communauté copte récusent ce chiffre.

Notamment parce qu’en Egypte, une demande d’émigration prend 1 an à être traitée, ce qui exclut d’emblée un exode massif de chrétiens.

3. Quelles sont les conséquences d’un tel exode ?

Où vont les réfugiés chrétiens ?


On estime qu’entre 30 000 et 150 000 chrétiens irakiens ont gagné la Jordanie, plus d’un million sont passés en Syrie et 50 000 (soit 5% de la communauté chrétienne) sont passés en Turquie et au Liban. Ils sont aussi nombreux à avoir émigré en Suède, en Nouvelle Zélande et en Australie. Un grand nombre de chrétiens irakiens ont fui leur domicile mais sont toujours sur le sol irakien. 70 000 irakiens ont quitté Bagdad pour le Nord de l’Irak, pensant être plus en sécurité au Kurdistan. Cependant, la violence les y a rattrapés.

A cause de la guerre en Syrie, la majorité des réfugiés chrétiens en Syrie se sont redirigés vers le Liban, la Jordanie, la Turquie et la Grèce mais ils ont précisé que ces pays d’accueil n’étaient pas leur destination finale.

Moins de chrétiens = moins de paix

Avec le départ des chrétiens, le retour de la paix et de la sécurité au Moyen-Orient est compromis. Ils représentent une force de stabilisation et de réconciliation dans la région. En Egypte et au Kurdistan irakien, les musulmans parlent déjà de l’amour que les chrétiens montrent dans leurs relations avec les autres. Certains, dont des imams, ont déclaré que les chrétiens, au lieu de chercher à se venger, ont calmé le jeu et ont évité que le pays ne s’enflamme.

De plus, les minorités chrétiennes représentent un pont entre le monde musulman et l’Occident. Si ce pont se rompt, le dialogue deviendra alors encore plus difficile entre ces deux civilisations.

Si les chrétiens continuent de quitter la région, l’islamisme pourrait gagner du terrain, au Moyen-Orient mais aussi en Afrique.

Contrairement à ce qui se passe en Occident, au Moyen-Orient, Noël reste une fête éminemment chrétienne. Et c’est bien pour cette raison que cette période est aussi celle de tous les dangers pour les chrétiens : le risque d’attentats dans les églises est bien plus élevé. Pourtant en Egypte, en Syrie ou en Irak, les chrétiens continuent à prendre le risque de se rendre à l’Eglise pour célébrer Noël. Pour eux, c’est une des meilleures manières de contrer ceux qui veulent les terroriser et les chasser.

23 décembre 2014


Source: PORTES OUVERTES

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