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EEMNI - 03.07.2007   Retour à l'aperçu

Suisse : l’évêque Patrick Streiff évoque l’évolution de l’Église Évangélique Méthodiste en Suisse dans une interview au magazine «Idea Spektrum Suisse»

[Credits] L’évêque Patrick Streiff en charge de la Conférence du Centre et du Sud de l’Europe vient d’accorder une interview à Andrea Vonlanthen du magazine «Idea Spektrum Suisse». Elle est parue dans l’édition du 6 juin 2007 (N°23) peu avant la Conférence Annuelle 07 à Zofingen, d’où les nombreuses allusions à cette rencontre. eemni la publie avec l’aimable autorisation du magazine. Les titres sont ceux de la rédaction d’Idea Spektrum.



"L’EEM est relativement imparfaite, j’en souffre" 

L’EEM n’est pas simplement évangélique ou libérale. Elle s’oriente d’après l’Evangile. C’est ce que dit l’évêque de l’EEM, Patrick Streiff. A la prochaine Conférence Annuelle. A Zofingen, on travaille sur le profil de l’EEM.

Idea : Il est difficile de vous joindre comme évêque de l’EEM. A quoi cela est-il dû ? 


Patrick Streiff (PS) : Hormis la Suisse, 13 autres pays du Centre et du Sud de l’Europe font partie de mon diocèse, de la Pologne aux Balkans en passant par l’Algérie et la Tunisie. Par voie de conséquence, je suis souvent en déplacement à différentes rencontres.

Idea : La souffrance fait partie intégrante de la vocation, écrit la revue de l’EEM dans sa dernière édition. De quoi souffrez-vous après votre première année comme évêque ? 

PS : Beaucoup de charges pesantes sont liées à la vocation. L’état d’imperfection relative de notre Eglise me fait souffrir, beaucoup de chantiers me causent de la peine, nos propres limites aussi. Je vois aussi la souffrance de beaucoup de pasteurs dans leur tâche difficile. Mais certains faits m’impressionnent et me réjouissent, par exemple, la manière dont notre Eglise vit sa mission pour atteindre les distanciés de l’église et aider les gens.

Idea : Quels seront tout particulièrement vos préoccupations pour le proche avenir?

PS : Une question importante me préoccupe, le nombre réduit de personnes se sentant dotées d'une vocation pastorale. En Suisse et en France, nous n'avons qu'un nombre réduit de personnes se sentant appelées à la fonction pastorale - le nombre de pasteurs partant à la retraite ou changeant d'orientation étant par contre plus élevé. Nous rechignons à passer des annonces. En dernière instance, un tel ministère doit procéder d'un appel.

Idea : l'EEM n'a à ce jour qu'un seul étudiant suisse au Séminaire Théologique de Reutlingen (Allemagne). Vous manque-t-il des forces vives?

PS : Il y a moins de vocations. Plusieurs méthodistes ne font pas leurs études à Reutlingen. Cela pourrait changer parce que les diplômes de Reutlingen sont maintenant reconnus par l'Etat. Mais pour des étudiants vivant en famille, il n'est pas aussi simple d'aller à Reutlingen. Maintenant, dans le cadre de notre programme de formation de pasteurs de jeunesse, beaucoup de jeunes gens suivent des études en cours du soir à l'Institut Biblique d'Aarau. Ils aimeraient bien exercer un ministère dans l'Eglise, mais à l'âge de 18 ou 19 ans, ils peinent encore à se voir pasteurs le restant de leur vie. Sous cet angle, être pasteur de jeunesse constitue une bonne entrée en matière au ministère pastoral.

Idea : Vous aimeriez raffermir l'identité méthodiste, avez-vous dit à votre entrée en fonctions. Comment cela se passe-t-il ?

PS : C'est un souci important! En Suisse même, nous nous trouvons impliqués depuis un an dans le processus "Profil de l'EEM". Nous allons délibérer maintenant sur son ébauche à la Conférence Annuelle de Zofingen. Deux choses sont importantes pour nous : nous voulons dire ce qui caractérise fondamentalement l'EEM. Cela dit, nous ne voulons nullement nous différencier à tout prix. Nous voulons reprendre en ligne de compte ce souci fondamental de Wesley : un méthodiste, c'est quelqu'un qui prend au sérieux la Bible et met l'accent sur le double commandement de l'amour. Et l'autre élément : Nous voulons réfléchir à la manière dont nous pouvons transposer notre ligne de pensée dans le menu quotidien.

Idea : L'EEM serait-elle donc comme une Eglise pratique ?

PS : Oui, nous voulons mieux appliquer les principales affirmations de l'évangile.

Idea : Sous cet angle, voyez-vous des déficits ?

PS : Nous avons remarqué au cours du processus "Profil de l'EEM" que beaucoup de gens avaient de la peine à donner les raisons pour lesquelles ils avaient justement choisi cette Eglise. Nous en avons aussi entendu d'autres apprécier que l'EEM soit enracinée dans l'évangile et veuille être simultanément ouverte à la société. Mais cette ouverture ne devra pas conduire au laxisme. Nous devons réfléchir à ce que veut dire être animé par Dieu et se tourner vers les autres.

Idea : Qu'est-ce qui maintient l'EEM ?

PS: notre Eglise se maintient en dernière instance, dès lors qu'elle comprend la mission qu'elle a reçue. Selon le règlement de notre Eglise, le ministère des chrétiens se fonde sur l'ordre de mission du Ressuscité pour que le monde puisse changer. C'est-là la grande mission de l'EEM! L’Eglise ne se maintient pas du moment que tous se trouvent au même endroit, mais que tous avancent dans la bonne direction, voilà comment nous comprenons notre mission !

Idea : d'autres Eglises libres (ndlr indépendantes de l'Etat) ne le disent pas autrement.

PS : C'est ainsi. L'EEM ne veut tout simplement pas se distinguer des autres par des doctrines spéciales : telle est une des caractéristiques de l'EEM . Mais entre l'EEM et les autres églises, il y a des nuances dans la manière de vivre la mission, peut-être aussi dans l'ouverture oecuménique, dans l'engagement de la femme à tous les niveaux de l'Eglise ou aussi dans la collaboration avec des non-chrétiens pour faire du bien ensemble dans ce monde.

Idea : L'EEM a élaboré un nouveau concept médiatique. Votre Eglise a-t-elle un problème d'image ?

PS : Nous avons le problème suivant : nous nous "vendons" trop mal. Cela ne nous paraissait pas du tout aussi important jusqu'à maintenant. Pourtant, le bien à relayer dans les infos ne ferait pas défaut. Aujourd'hui, on devrait essayer ouvertement en tant qu'Eglise non seulement de faire le bien, mais encore de bien le "vendre".

Idea : Pourquoi L'EEM en Suisse perd-elle au cours des dernières années beaucoup de membres ?


PS : Le travail parmi les enfants et les préados prospère. Mais nous avons du mal à intégrer les jeunes entre 16 et 25 ans dans les communautés. On peut dire qu'un tiers des communautés se développe, un tiers stagne et un tiers se réduit. Cette dernière observation concerne avant tout les communautés urbaines. Ce sont des communautés qui ont plus de peine à s'engager dans du neuf. Il est plus difficile de conduire à terme des processus de changement que de fonder des communautés pour jeunes.

Idea : Y a-t-il de nouvelles communautés EEM?

PS : Nous avons formé il y a deux ans une commission spéciale chargée de travailler sur l'implantation de nouvelles communautés et la refondation de communautés existantes. En janvier, nous avons vécu le démarrage du poste pionnier à Diemtigtal.

Idea : Combien de communautés voulez-vous fonder ?

PS : Si possible une communauté par an. Cela dépend du nombre de pasteurs disponibles et de la situation locale. Nous voulons aussi nous laisser guider par l'Esprit Saint. Dans ce domaine, il ne peut pas être simplement question de stratégie.

Idea : A votre entrée en fonction, un de quatre objectifs que vous défendiez était de vivre l'Eglise comme mission. Comment cela doit-il se passer ?

PS : Quand j'ai intégré l'EEM il y a 40 ans, la plupart des communautés cherchaient rarement à sortir de leur propre cercle. Mais on a raisonné différemment ces derniers temps. Nous devrions orienter au moins un tiers de notre programme vers ceux qui ne viennent pas encore dans la communauté. Aujourd'hui, plusieurs communautés veulent s'orienter davantage vers l'évangélisation et la diaconie. J’espère que l'un et l'autre pôle seront encore plus renforcés.

Idea : On a parfois l'impression que l'EEM cherche délibérément à prendre ses distances de la scène évangélique.

PS : (après un moment de réflexion) Nous appartenons en principe depuis sa fondation, depuis plus de 85 ans, à la Fédération des Eglises Protestantes en Suisse (FEPS). Nous sommes depuis ses débuts au Conseil Oecuménique des Eglises (COE) et membre fondateur du groupe de travail des Eglises Chrétiennes. Et en plus, nous sommes de même depuis sa fondation liés à l'Alliance Evangélique. Nous ne voyons là aucune raison pour nous retirer de part et d'autre. Mais nous avons de la peine avec ces voix évangéliques pensant que nous ne devrions collaborer qu'avec des Eglises évangéliques. L'effort de certains à contrecarrer toute approche oecuménique, déclenche notre irritation.

Idea : L'EEM est simultanément membre de la Fédération des Eglises Protestantes (FEPS) et membre de l'Alliance des Églises évangéliques et communautés libres de Suisse (VFG). Cette double appartenance déclenche peut-être aussi des tensions.

PS : Il y en a sûrement. Elles font partie de la vie et débouchent aussi sur des discussions. Si nous lisons les principes sociaux de l'EEM, nous reconnaissons notre propre profil. En partie, cette position ne plaît pas à tous, quel qu'en soit le bord. C'est là la difficulté d'une Eglise qui se trouve en position médiane.

Idea : Est-ce que l'EEM est une Eglise évangélique?

PS : Que signifie donc le terme d'évangélique? Nous sommes une Eglise qui prend au sérieux l'évangile et veut vivre d'après l'évangile.

Idea : Est-ce que cela vous énerve, si l'EEM est présentée dans les médias comme étant évangélique ?

PS : Je ne me défends pas contre tout ce que disent les médias. Je veux le dire clairement : l'EEM n'est pas simplement une Eglise évangélique, mais elle n'est pas non plus simplement une Eglise libérale. Nous sommes tenus de suivre l'évangile.

Idea : Est-ce que l'EEM va participer au Conseil des religions ?

PS : Je pourrais me l'imaginer. Nous ne devrions pas écarter le dialogue simplement par peur. Là où c'est possible, nous devrions nous impliquer en commun avec d'autres pour le bien de la société. Je pourrais en raconter sur la Macédoine, où cinq communautés religieuses reconnues par l'Etat - parmi lesquelles les communautés méthodiste, musulmane et juive - collaborent pour la paix et le bien dans l'Etat.

Idea : Pourquoi recommandez-vous à un jeune de fréquenter une communauté EEM ?

PS : Parce qu'il peut y vivre l'évangile ensemble avec d'autres chrétiens et y faire l'expérience d'une grande ouverture aux défis de notre société aujourd'hui. Et parce qu'il peut vivre dans la communauté avec ses questions et ses doutes. On ne lui dira pas simplement ici comme dans quelques Eglises pour jeunes ce qu'il a le droit de faire ou non. Sa foi pourra grandir à partir de ses propre interrogations.

Idea : Que désirez-vous demander à Jésus comme évêque de l'EEM ?

PS: Qu'il permette encore à beaucoup de personnes de faire l'expérience du Christ comme du Seigneur libérateur. Comme un Seigneur qui change leur vie et et l'enrichit. Que l'Esprit Saint opère en profondeur de tels changements, que les gens non seulement veuillent recevoir un peu, mais soient aussi disposés à se placer entièrement au service du Christ-, même si cela leur en coûte.

traduction eemni


Source: Idea Spektrum Suisse

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