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EEMNI - 04.01.2006   Retour à l'aperçu

Retour sur le Noël 2005 : il ne manque pas de place dans les auberges de Bethléem

[Credits] Par Gemma Abbs

[Cet article est paru le 24 décembre 2005 dans le quotidien La Tribune de Genève www.tdg.ch]


Si Marie et Joseph devaient se rendre à Bethléem cette année, ils seraient confrontés à un mur de béton de 9 mètres de haut et à un check-point hypersophistiqué.

Tous les visiteurs qui entrent et sortent de la ville natale de Jésus, si animée autrefois, doivent passer par un poste de contrôle qui vient d'être aménagé. Ouvert le 15 novembre, il a été baptisé " Check-point 300 - Bethléem ".

En traversant ce poste de contrôle, on se sent un peu comme un mouton qu'on ferait passer d'un portique à un autre. Et si le tourniquet s'arrête ou se coince quand vous essayez de passer, la voix d'un soldat israélien, venue de nulle part, vous enjoint de vous arrêter ou de réessayer.

Lorsque vous passez par ce terminal, des soldats postés sur les toits vous surveillent, le fusil pointé sur vous. D'autres militaires patrouillent avec des chiens. Une expérience très effrayante pour un jeune enfant.

Ce terminal est le seul moyen de passer de Jérusalem à Bethléem, une ville qui est en train de subir un véritable étranglement. Jérusalem n'est qu'à un quart d'heure de voiture et de nombreux Palestiniens doivent passer par ce poste chaque jour. Ça donne un tout nouveau sens à l'expression heures de pointe ! Les Palestiniens de Bethléem ont le sentiment de vivre dans une grande prison ouverte. Il ne suffit pas d'essayer d'améliorer les conditions à l'intérieur de cette prison, ce que veulent les Palestiniens, c'est retrouver la liberté.

Le Gouvernement israélien appelle ce Mur ou barrière de séparation " la barrière de sécurité " et déclare qu'elle a été construite pour protéger ses citoyens contre les attentats-suicide. Personne ne refuserait à un pays le droit de se défendre contre de telles attaques. On peut néanmoins se demander pourquoi le Mur empiète si souvent sur les terres palestiniennes et n'a pas été édifié sur la frontière internationalement reconnue - la Ligne Verte.

Pour comprendre la logique de la construction du Mur, il faut se référer à la politique de implantation de colonies menée par Israël. Un immense bloc de colonies a été implanté dans le district de Bethléem, et un mur y a été édifié pour séparer ces colonies des terres palestiniennes (et probablement les protéger). La route du Mur dans la région de Bethléem laisse penser qu'Israël a l'intention d'annexer ces colonies - qui sont illégales en vertu du droit international.

Lorsqu'on est confronté au Mur et au bâtiment de contrôle de Bethléem, on a réellement l'impression de se trouver à un poste-frontière international. Et pourtant, on n'est pas en train de passer d'Israël en Cisjordanie puisqu'on est déjà en Cisjordanie ! Les habitants de Bethléem doivent endurer des fouilles à chaque fois qu'ils se déplacent en territoire palestinien.

Depuis le début de la construction du Mur, l'économie de Bethléem ne cesse de décliner. Les habitants et la municipalité craignent que la nouvelle installation n'ait des retombées très négatives sur le tourisme, dont la ville tire 80% de son revenu.

Le nombre de touristes a considérablement diminué depuis 2000 (le début de la deuxième intifada). Les affaires étaient bonnes sur la route autrefois très fréquentée qui relie Jérusalem à Bethléem. Aujourd'hui, toutes les boutiques de cette route situées autour du tombeau de Rachel sont fermées. Mais il y aurait au moins une bonne nouvelle pour Marie et Joseph cette année - s'ils avaient réussi à négocier leur passage au nouveau poste de contrôle, ils n'auraient aucune peine à trouver une chambre à l'auberge !

Cette année, lorsque vous entonnerez vos chants de Noël qui parlent de la petite ville de Bethléem, faites une prière pour que la ville de la Nativité redevienne un lieu saint, un lieu sacré, sans fusils, ni soldats, ni barrages.

Gemma Abbs travaille à Jérusalem comme responsable de la communication pour le Programme Oecuménique d'Accompagnement en Palestine et en Israël, soutenu par le Conseil Oecuménique des Eglises [www.eappi.org].

24/12/05


Source: Conseil oecuménique des Eglises (COE)

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