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EEMNI - 25.02.2006   Retour à l'aperçu

COE: le carnet de bord du journaliste David Fines à la 9e Assemblée à Porto Alegre (Brésil)

[Credits] David Fines, rédacteur du mensuel francophone de l’Eglise unie du Canada, Aujourd'hui Credo et responsable des Communications publiques de cette Eglise, raconte au jour le jour la 9e Assemblée du Conseil Oecuménique des Eglises. L’Eglise unie du Canada est le fruit de la fusion de diverses Eglises protestantes, dont l’Eglise méthodiste.

12/02/06: Quand certains groupes ont besoin de se retrouver en premier


En février, c'est l'été dans le sud du Brésil. La température s'élève déjà en matinée à plus de 30 degrés. Sans la chaleur il serait très agréable de déambuler dans les rues de Porto Alegre, aux nombreux palmiers et jardins tout fleuris. D'autant plus que les rues sont presque vides. Les écoles sont fermées, les étudiants sont en congé ; bien des familles sont parties en vacances. C'est ainsi que la 9e Assemblée générale du Conseil oecuménique des Églises se déroulera dans le campus presque désert de l'Université pontificale (la PUC comme on l'appelle communément).

Pourtant quand on arrive sur le très beau site de l'Assemblée, certains endroits grouillent d'activité. En attendant lundi le gros des délégués à l'Assemblée, quatre pré-Assemblées se déroulent simultanément durant les trois jours précédant l'ouverture officielle mardi le 14 : une réunion jeunes, un rassemblement des femmes, un événement pour les peuples autochtones et une rencontre du réseau oecuménique de défense des personnes handicapées.

La pré-Assemblée des jeunes regroupe environ 500 jeunes (délégués officiels, stewards, étudiants, visiteurs...) des diverses parties du monde. Il sont là, joyeux remue-ménage, heureux de se retrouver ensemble et de se donner pour mission de changer le mouvement oecuménique et, pourquoi pas, le monde en même temps. J'assiste à une session où l’on visionne une présentation qui retrace le rôle et la place de la jeunesse dans le mouvement oecuménique. Conclusion : les jeunes sont plus rapides que les Églises, le regroupement mondial du YMCA date de 1855, presque 100 ans avant la fondation du COE en 1948.

Pour que les jeunes influent véritablement sur le mouvement oecuménique il faut augmenter leur représentation (la documentation dit de cette Assemblée du COE sera la plus jeune de l'histoire avec plus de 30% des délégué-es des Églises âgés de moins de 30 ans), il faut les écouter, et il faudrait reconnaître que leur participation se fait souvent plus dans l'action que dans les délibérations plénières.

Les femmes sont environ 400 ; elles discutent activement des questions et des problèmes qui les concernent particulièrement... ainsi que leurs filles ; notamment les effets pervers de la mondialisation sur leur condition de vie, le fait qu'elles soient absentes de bien des structures et de bien des organes de pouvoir (nombre de délégations à cette Assemblée ont été votées par des groupes composé en majorité d'hommes), l'incommensurable apport humanitaire qu'elles répètent chaque jour en tous les lieux du monde en soins de santé, en éducation, en travail agricole, et qui passe quasiment inaperçu, et « la violence sous toutes ses formes » me spécifie madame Djoman Amawho Daipo de l'Église du Christ, mission harriste de la Côte-d'Ivoire, (une Église fondée en 1914 dont j'ignorais totalement l'existence). Dans les deux groupes, on déplore que leur immense potentiel ne soit pas davantage mis en valeur dans les débats théologiques.

De retour en Assemblée, les jeunes se séparent en groupes de discussions sur les cinq sous-thèmes proposés : « l'injustice économique », « l'identité chrétienne et la pluralité religieuse », « vaincre la violence », « l’unité de l'Eglise », et « Dieu, dans ta grâce, transforme le monde »... Je les vois se disperser en commençant déjà les discussions et moi je regrette quelque peu que les questions écologiques et les changements climatiques n'aient pas été choisis par le comité organisateur pour l'une des plénières thématiques.

13/02/06: Transformer le monde, une lourde tâche...

EDAN, c'est l'acronyme anglais pour le Réseau oecuménique pour la défense des droits des personnes avec des handicaps. Il tenait aussi un important rassemblement durant les trois jours précédant la 9e Assemblée générale du COE. Quant on entre dans leur salle de réunion, on réfléchit un peu aux nombreux obstacles que toutes ces personnes ont dû surmonter pour se rendre à Porto Alegre de tous les coins de la planète et à leur détermination de changer les choses, et notamment les Églises. J'assiste à une présentation d'une étude faite en Corée sur la violence contre les femmes handicapées. Les statistiques laissent pantois. 90% des actes de violence sont des viols et 9 autres pour cent sont à caractère sexuel.

Le pasteur presbytérien du Kenya Samuel Kabu, qui est aveugle, est le président de EDAN et celui-ci est représenté lors des plénières de l'Assemblée par trois délégués officiels. Ses objectifs sont nombreux ; on peut lister : mettre en contact et faire des liens entre les membres avec handicaps du COE, servir de groupe de pression auprès du COE, proposer une réflexion théologique sur cette question, évaluer les divers programmes du COE en fonction de leurs préoccupations, faciliter et encourager les collaborations entre Églises locales quant aux questions propres aux personnes avec des handicaps.

La pré-Assemblée des Peuples autochtones est commencée depuis deux demi-journées au moment où le secrétaire général du COE Samuel Kobia vient y faire son discours de bienvenue d'usage. Il retrace les grandes étapes de l'ouverture du COE aux peuples autochtones en commençant par l'incontournable Assemblée de Vancouver en 1983, où pour la première fois les peuples autochtones y sont pleinement accueillis. Il poursuit en énumérant certains aspects de la vie et du travail du COE qui ont été irrémédiablement influencés par la présence des peuples autochtones ces trente dernières années, notamment « l'intégrité de la Création », une nouvelle compréhension de la Vie et l'identité de l'être humain en relations.

On applaudit. Mais tout de suite la période de réactions et de commentaires montre que certains représentants des peuples autochtones veulent aller « plus loin que les paroles ». Un participant, chef de son clan en Australie exprime de façon très polie, mais très claire, les ressentiments partagés par beaucoup. La transformation, dit-il en substance, ce n'est pas juste celle du monde, mais surtout celle de l'Église et celle du COE. Nous voulons une représentation réelle aux instances décisionnelles et nous désirons que nos situations de marginalisation et de domination ( « jusque dans nos noms » ajoutera Jennifer Koinante du Kenya), qui sont plus que de simples préoccupations, trouvent leur chemin dans l'ordre du jour des délibérations. Les personnes présentes viennent de plusieurs pays d'Afrique, des Îles du Pacifique, de la Nouvelle-Zélande, de la Bolivie, de la Sibérie, de l'Amérique du Nord... La plupart opinent de la tête renvoyant le secrétaire général à ses devoirs et à autre chose qu'un discours mielleux.

« Paradoxalement, a écrit Elsa Tamez, professeur et théologienne de San José au Costa Rica, quand nous parlons de la grâce de Dieu nous devons aussi parler de péché. Et en Amérique latine, parler du péché n'implique pas seulement la dimension personnelle mais par-dessus tout, la dimension sociale : l'injustice, la violence, les guerres... ». C'est ce à quoi le Conseil des Églises luthériennes du Brésil avait invité les journalistes en leur proposant toute une série de visites et d'expéditions auprès d'organismes qui oeuvrent dans le domaine des droits humains et de la solidarité. La réponse n'est pas très élevée de la part de la centaine de journalistes officiellement inscrits à l'Assemblée générale du COE, puisque plusieurs de ces visites devront être annulées. L'une d'elle cependant nous mène auprès d'un mouvement qui regroupe plus de 10000 ramasseurs de déchets regroupés en des équipes auto-gérées. Par le recyclage de plus de 70% de ce qui est ramassé, l'organisme offre un petit salaire stable aux travailleurs, autant ceux de la rue que des centres de tri (en majorité des jeunes filles), par le partage des bénéfices (de 5 à 6 réaux par jour, environ 4 dollars canadiens). Ce travail et ce mouvement ne sont pas reconnus officiellement par les gouvernements mais sont tout de même tolérés.

Une deuxième expédition nous fait visiter Univens, une coopérative de vêtements gérés par des femmes, pour la plupart des jeunes mères de famille. Fondée en 1996, ses débuts se sont passés dans le sous-sol d'une église locale. Elle offre aujourd'hui un emploi à plus d'une vingtaine de femmes qui n'avaient ni revenu ni formation et qui peuvent bien souvent travailler de chez elles tout en restant avec leurs enfants. Elles utilisent du matériel écologique acheté à d'autres coopératives du même réseau. Avec surprise, je vois des envois pour Toulouse (!) prêts à partir, ce sont des costumes pour une fête d'enfants. Univens, il est vrai, s'est spécialisé dans la confection de costumes et d'uniformes ; les femmes nous montrent aussi des gaminets (tee-shirts) très « stylés ». Le partage des revenus et l'utilisation des profits a également permis la réalisation d'autres projets, comme une garderie de jour ou des tournois de sport pour les ados.

La dernière visite de la journée est la plus troublante. Nous voilà, nous journalistes d'Europe et d'Amérique avec nos micros et nos appareils de photos, dans une communauté autochtone du groupe Kaingang. Les Kaingang sont envrion 25 000 au Brésil. Un vice-chef, le maître d'école de la communauté, le kujã (shaman) et un sage de 88 ans nous reçoivent. Ils désirent que nous portions leurs revendications à l'Assemblée du COE : le droit à la terre, un système d'éducation qui leur soit propre et l'amélioration de leurs conditions de vie. Il est vrai que les 23 familles de cette communauté vivent dans une misère presque insupportable, sans système d'eau courante, sans électricité, sans maisons dignes de ce nom, et sans aucune aide gouvernementale telle que l'aide sociale ou les soins de santé, sauf de la nourriture. Pour survivre, ils n'ont que le très maigre support des ONG et leur travail d'artisans. J'achète deux jolis bracelets pour mes filles, le coeur gros de me dire que ce n'est qu'une goutte d'eau dans cet océan de misère.

14/02/06: Une célébration de toutes beautés

Mardi le 14 était la première journée officielle de la 9e Assemblée générale du Conseil oecuménique des Églises. Rassemblés dans un immense amphithéâtre spécialement aménagé pour les circonstances, les 3 838 (c'est le chiffre officiel) participants-es assistent à un spectacle par une jeune troupe de danse brésilienne, où se succèdent les tableaux sur la beauté des choses et sur leur fragilité : une source d'eau pure, un arbre tout vert, mais aussi des êtres en esclavage, des gros méchants qui prennent le contrôle de l'eau et de la terre... On applaudit. On est heureux que « ça » commence enfin.

Puis le président du COE Aram 1er, patriarche de Cilicie de l'Église apostolique arménienne, déclare cette 9e Assemblée du COE officiellement ouverte. Et là encore, on applaudit. On est heureux d'être là, de tous les coins du monde, de (presque) toutes les Églises. Le président rappelle que si chaque Assemblée précédente a eu ses propres particularités, il espère qu'on se souviendra de celle de Porto Alegre pour la place qu'elle aura faite aux jeunes, et pas seulement pour la place qu'ils tiendront mais pour le fait « qu'ils seront entendus ! ». « Que cette assemblée, continue Sa Sainteté, soit celle de la liturgie, et qu'elle soit celle du consensus». En effet, après moult discussions et force cogitations, on y utilisera un nouveau mode de prise de décision : le consensus que l'on établira avec des cartes de couleurs bleu et orange (couleurs que les personnes daltoniennes peuvent distinguer). Il termine son allocution de bienvenue par un Notre Père multilingue... en silence !

Le secrétaire général Samuel Kobia invite ensuite les participants-es à se lever région par région. Pas mal de l'Europe et de l'Afrique. Puis c'est au tour des invités-es des autres confessions : une quarantaine de catholiques romains, 2 ou 3 évangéliques, une demi-douzaine de croyants d'autres religions. Il y a 691 délégués-es officiels-es des 340 Églises membres. Petit aparté : les quatre déléguées de l'Église Unie du Canada, en plus de leur conseillère, sont toutes des femmes ! Il y a 131 journalistes, dont deux seulement du Canada.

Quelques autres discours bien préparés ; on a droit aux envolées politico-charismatiques du vice-maire de Porto Alegre qui a salué « les autorités religieuses, politiques et militaires ici présentes » et du gouverneur de l'État de Rio Grande do Sul (certainement un protestant) qui a remonté aux persécutions des chrétiens sous l'Empire romain ! Ensuite, la lecture des messages du patriarche Bartholomée, de l'Archevêque de Canterbury, du pape Benoît XVI, lu par le cardinal Kasper, et celui du secrétaire général de l'ONU Kofi Annan.

Enfin, le plus beau moment des ces cérémonies protocolaires : invitation est faite de se lever à qui a participé à l'Assemblée de Harare, environ 120 personnes se lèvent ; puis à ceux qui étaient à Canberra (1991), puis à Vancouver (1983), et ainsi de suite (Hugh McCullum, ancien directeur de l'Observer, l'autre revue de l'Église unie, près de qui je suis assis, a assisté à sa première Assemblée à Upsala en Suède en 1968 !). Lorsqu'on arrive à l'Assemblée de fondation à Amsterdam en 1948, une seule personne se lève, Philip Potter, ancien secrétaire général du COE. L'Assemblée n'en finit pas d'applaudir ce pionnier et cette image emblématique de l'oecuménisme ; hommage bien mérité.

Mais tout ça ce n'est pas grand’chose à se mettre sous la dent. Nous nous déplaçons donc vers la grande tente de rassemblement à l'autre bout du campus de la PUC pour la cérémonie d'ouverture (interdiction d'employer les termes culte ou service, je vous expliquerai pourquoi une autre fois). Et là se passe le miracle !

Nous avons eu droit à une célébration extraordinairement émouvante, grandiose, sublime, d'une beauté presque insupportable ! Je savais que l'une des dimensions fortes de la vie du COE était la liturgie et les célébrations, et Dieu que c'est vrai ! Je ne sais pas à quoi ressemblera le Royaume de Dieu, mais je sais à quoi ressemble ce qu'il y a de plus beau dans la communion indicible des peuples de la terre. Imaginez près de 4 000 personnes de tous les coins du monde, de tant d'origines, de tant de langues différentes, de cultures diverses, de couleurs (de vêtements et de peau) variées et si belles, de tant de confessions, de fois, de traditions religieuses... réunies en un seul coeur, une seule espérance, dans le désir partagé et irrépressible de rendre à Dieu, unique et saint, toute gloire.

Tout était beau dans cette célébration : les (courtes) processions d'objets symboliques des divers coins de la planète, l'apport si simple et si authentique des enfants ; les chants étaient magnifiques, en brésilien, en anglais, en espagnol en une langue de Tahiti, entraînés de merveilleuse façon par une si enthousiaste chorale de plus de cent personnes, jeunes et moins jeunes ; le Notre Père, cette fois-ci dit à haute voix en peut-être 60, 80 ou 100 langues différentes ; les prières étaient superbes, région par région : « Nous voici, venus d'Afrique, terre d'origine de l'humanité (...) peuples que des siècles d'exploitation, d'oppression, d'esclavage, de pauvreté, de maladie et de tyrannie n'ont pas pu briser... », « D'Asie, nous arrivons, du berceau de civilisations anciennes et éclairées, terre où vit la moitié de l'humanité (...) Nous prions pour les centaines d'enfants exploités sexuellement... », « Nous voici, venus des Caraïbes, pays où la nature est faite de beauté et de sérénité (...) Nous venons avec nos frustrations, nos problèmes de pollution... », « Nous voici, venus d'Europe, de pays très divers et pleins de contradictions (...) conscients aussi que nous avons une tradition de mort : guerres, conquêtes, exploitation, racisme et génocides... », « Nous voici, venus d'Amérique latine, de pays pleins de vie et d'espérance. Nous élevons nos voix de tous les coins de notre continent, nous crions à toi pour trouver des maisons qui soient les nôtres, des abris, de la nourriture, la santé... », « Nous voici, venus du Moyen-Orient, (...) nous continuons à être témoins de la tyrannie, de l'injustice, de l'absence d'équité... », « Nous voici, venus d'Amérique du Nord (...) nous confessons que nos pas ont pesé lourdement sur la terre... », « Nous qui sommes venus du Pacifique, nous sommes vulnérables, comme toutes les autres régions, et nous faisons entendre la voix de notre fenua, de notre terre... » ; ces prières prononcés en plusieurs langues, dont celle du Pacifique en français, m'ont fait oublié mon rôle de journaliste et m'ont ému jusqu'au larmes.

Tout était beau dans cette célébration ; j'ai même trouvé beau la (longue) prédication de l'archevêque Anastasios de Tirana, c'est dire ! Se basant sur le thème de l'Assemblé du COE « Dieu, dans ta grâce, transforme le monde », Sa Béatitude a parlé des interventions transformatrices du Dieu trinitaire, des humains en tant que collaborateurs à cette énergie transformatrice de la grâce divine, inspirés par l'Évangile de la grâce, dans une atmosphère de joie et de doxologie, et qui se résume à ce que Dieu est amour.

Oui, Dieu est amour, mais je sais maintenant aussi que Dieu est beauté.

15/02/06: Renouveau quand tu nous tiens...

En matinée, plénière d'ouverture... Pas tout à fait encore une vraie plénière de travail, mais on sent que les choses sérieuses commencent. Quasi-fastidieux exposés sur les fonctionnements de l'Assemblée, sur le rôle des comités de travail, sur celui des réunions régionales, des regroupements confessionnels, des conversations oecuméniques et surtout xième explication sur le nouveau mode de prise de décision, par consensus. Pas facile pour les « nouveaux » de tout assimiler, de tout digérer toutes ces informations, surtout qu'il semble que la préparation, l'encadrement par les conseillers-ères n'ait pas toujours été adéquate.


Après-midi, les deux discours-fleuves (comme dans « La vie est un long fleuve tranquille ») du président et du secrétaire général. Deux approches quelque peu différentes, mais curieusement de nombreux points en commun entre les deux rapports, sans que les auteurs ne se soient consultés.

Pour Aram1er le président, c'est un discours d'adieu ; après 14 ans, quelqu'un lui succédera dans les prochains jours. Est-ce que ce sera une femme ? Comme Marion Best, ancienne modératrice de l'Église unie et actuellement vice-présidente du COE ? Non, ne rêvons pas ; il n'y a pratiquement aucune chance que ça arrive. Le président dans son discours fait plusieurs fois appel à la « jeunesse oecuménique ». Encore. Peut-être qu'à force d'insister, on va finir par y croire. « Le christianisme vieillit... dit-il. Des changements majeurs ont lieu au sein des Églises : l'Église institutionnelle est en train de perdre de sa force et de son influence dans la société... » Puis, plus tard : « Nombreux sont ceux pour qui l'unité n'est plus une priorité oecuménique... » Un discours pessimiste? Non, pragmatique. Il interpellera sa propre confession quant aux résultats pas encore concrétisés de la Commission spéciale sur la place des orthodoxes.

Dans les réactions, une déléguée souhaite qu'une femme lui succède ; un autre déplore l'absence totale d'eucharistie commune. Un délégué du Bénin votera contre l'adoption de ce rapport à cause de l'absence de sensibilité à l'Afrique. Et vlan !

Dans le rapport du secrétaire général les mêmes thèmes se retrouvent : le rêve, la présence des jeunes (il insistera sur la formation œcuménique : applaudissements !), les décisions par consensus. Mais on y retrouvera aussi toute une page sur l'Afrique soulignant notamment l'élection de la première femme présidente, madame Ellen Johnson-Sirleaf au Liberia. « Pourquoi est-il si difficile de surmonter ce qui nous sépare ? » Bonne question, mais réponses vagues. Enfin, il souligne avec justesse que « le mouvement oecuménique ne se borne pas au seul Conseil œcuménique des Églises » et propose sous les applaudissements, que se tienne dans la prochaine décennie une grande Assemblée conjointe COE, ARM (Alliance réformé mondiale), FLM (Fédération luthérienne mondiale) « et toute autre organisation chrétienne mondiale».

Deux longs discours de plus d'une heure chacun, ce qui ne laissait presque plus de temps pour les réactions de l'assistance. De très nombreuses personnes sont restées en file aux micros sans pouvoir s'exprimer. Surtout qu'on a (encore) accordé un autre moment de réaction aux réactions aux deux orateurs ! Le peuple de Dieu à l'écoute ?

Bon, la journée ne serait pas complète sans son lot de belles surprises, comme ce merveilleux petit groupe de musiciens du Bostwana au danseur qui frappait si fort du pied qu'il a défoncé le plancher de la petite scène extérieure ! (c'est vrai !) Ou encore cette troupe de jeunes des rues qui subliment leur agressivité dans la danse et la musique que j'avais déjà vue lors du Forum social mondial l'an dernier, une pièce de théâtre par une jeune troupe d'Allemagne sur « Le foot et la mondialisation » qui sera présenté comme moyen de conscientisation auprès des jeunes lors du prochain Mundial, ou encore ce si beau culte du soir moitié en espagnol et moitié en aymara, une langue de la Bolivie ou tous les participants-es étaient habillés en costumes traditionnels de Bolivie ! Quel plaisir pour les yeux... pour l'âme ! Se faire donner la bénédiction du soir en aymara est une merveilleuse sensation.

16/02/06: L’évêque de la justice économique

Une journée qui commence comme toutes les autres en cette 9e Assemblée du Conseil œcuménique des Églises… et qui par le fait même ne commence comme aucune autre. Petite explication : le premier rendez-vous pour tous les participants et participantes d’une Assemblée générale, c’est celui de la « prière du matin » (on ne peut pas dire « culte ») ; et chacun de ces biquotidiens temps de célébrations, de louanges et prières en commun est unique en lui-même, car chaque fois animé par un groupe différent, d’une confession différente, d’une inspiration différente.

Ce matin, c’est un groupe des églises méthodistes du Brésil qui nous guide de leurs chants entraînants et de leurs prières puisées à même leurs traditions et leurs espérances. On distribue une fleur de tournesol à chacun-e. Nous lisons la parabole des ouvriers de la onzième heure. Et je me dis que s’il y avait des ouvriers de la onzième, c’est que la journée de travail devait bien avoir douze heures… un peu comme la mienne.

Horaire (d’un journaliste) du jour 3 :
7h15 : départ en autobus pour le site de l’Assemblée
7h40-8h30 : internet pour messages du jour et écriture d’un texte
8h30-9h : culte du matin (oups)
9h15-10h30 : étude biblique (je me joins à un groupe francophone : des personnes du Bénin, de Suisse, de Madagascar, de France, de Belgique, un Kimbanguiste de la RDC, des Pays-Bas, de Tahiti, du Nigéria, de la Côte-d’Ivoire et j’y apprends un proverbe africain : « Trop de viande ne gâte pas la sauce !»)
10h-11h : conférence de presse avec la délégation catholique
11h-11h10 : saut à la salle de presse pour y prendre les communiqués du jour
11h-12h30 : conversation œcuménique sur les nouveaux modèles alternatifs de faire de l’œcuménisme
12h45-13h30 : conférence de presse sur la justice économique
13h45-14h30 : autre conférence de presse sur les Églises et les actions qu’elles entreprennent quant à un juste commerce
14h30-15h00 : déambuler dans le Mutiroa (écouter les tam-tams brésiliens et regarder l’artisanat local)
15h00-16h30 : première plénière de la journée sur la justice économique
16h30-17h00 : pause
17h00-18h30 : deuxième plénière : premier rapport du comité des nominations
18h15-19h00 : réception officielle par le COE pour les journalistes accrédités
19h30 : autobus de retour (pour un peu de travail sur l’ordinateur dans la chambre d’hôtel)
Deux questions :
1-Comment le journaliste peut-il être à deux endroits à la fois ?
2-Où a-t-il pris le temps de manger ? (Réponses plus bas.)

Bon refermons cette longue parenthèse pour revenir au bilan de cette troisième journée de cette 9e Assemblée générale du COE…. Première surprise de la journée ! En sortant comme un beau diable (façon de parler) de l’étude biblique, je tombe littéralement dans les bras de Didier Crouzet, chargé des affaires internationales de l’Église réformée de France qui était venu à Montréal (et Toronto) en automne dernier. On ne peut que jaser dans l’ascenseur car une journaliste de Suisse l’attend. Finalement cette journaliste fera d’une pierre deux coups, car elle en profitera pour me poser quelques questions sur mes impressions !
En conférence de presse, les trois représentants officiels de l’Église catholique romaine s’entendent pour dire que les relations avec le COE sont bonnes. Le cardinal Walter Kasper, président du Conseil pour la promotion de l’Unité chrétienne reprend pour la xème fois que c’est le statut d’ « Église universelle » qui empêche l’Église catholique de devenir membre du COE, car tous les autres membres (protestants et orthodoxes) sont des Églises nationales ! L’évêque irlandais Brian Farrell, secrétaire général du Conseil pour la promotion de l’Unité chrétienne, répond à quelques-unes des demandes d’éclaircissements exprimées par le président du COE Aram 1er dans son discours de la veille, et parlera des très fructueuses rencontres de haut niveau avec les autres regroupements d’Églises. Enfin, Veronica Araujo, une brésilienne qui vit en Italie, dira en gros que plus les Églises parleront d’une seule voix, plus cette voix sera entendue et plus elle reprendra l’appel des plus pauvres.
Période de « conversation oecuménique », il y a en environ 25, et je choisis celui sur les modèles alternatifs oecuméniques… et revoilà Didier Crouzet. Mon petit groupe de discussion se compose de trois hommes, de Corée du Sud, d’Afrique du Sud (il se nomme Lubababalo Livingstone, je le jure !) et de Taïwan. Impressionnant ! Et juste dans la rangée arrière, je salue le modérateur de l’Église Unie du Canada, Peter Short ! C’est pas fini : prennent la parole, dans l’ordre, le secrétaire général de la KEK (Conférence des Églises européennes), le secrétaire général des Églises réformées des États-Unis, le secrétaire général du Conseil national des Églises de l’Inde du Nord, et le président de l’Alliance pentecôtiste du Ghana ! (Les pentecôtistes ne sont pas membres du COE, mais il est là en tant qu’invité.) Ça fait du monde à écouter. Plus tard, l’archevêque (catholique) de la Terre Sainte prendra aussi la parole.
Mais pas beaucoup de jeunes !
À la conférence de presse sur la justice économique, je revois pour la deuxième fois Wolfgang Huber, évêque de l’Église évangélique (luthérienne) de Berlin-Brandenburg et président du Conseil de l’Église évangélique d’Allemagne. Je l’avais déjà rencontré à Potsdam en 2001 lors de la réunion du Comité central du COE. C’est lui qui a présenté la pièce de théâtre des jeunes allemands, la veille (la pièce va être jouée trois soirs de suite en anglais, puis une fois en allemand). Il a pris cause pour la justice économique et y consacre beaucoup de ses énergies. En s’adressant aux journalistes, il souhaite « que cette première Assemblée générale du COE du XXIème siècle amorce un mouvement irréversible de lutte pour la justice économique et une meilleure répartition de la richesse ». Il présente tour à tour les autres intervenants, dont une toute jeune femme, Terauango Beneteri, de l’Église protestante de Kiribati (un bon point à qui pourra la situer sur la carte) qui présente un programme intitulé « L’Île de l’espoir ».
Tout de suite après, à l’autre conférence de presse sur le même sujet (c’est le sujet du jour), je vois sur l’estrade Mary Corkery, présidente de Kairos-Canada ; elle présentera quelques statistiques pas trop reluisantes sur notre pays et quelques réalisations de Kairos.
La plénière de l’après-midi est ouverte par l’évêque Huber ; il parle en allemand, c’est d’ailleurs la première fois qu’un orateur parle en une autre langue que l’anglais omniprésent et omniscient (le français ? Forget it ! J’en parlerai un jour que je n’aurai rien à dire.) Il explique à nouveau la campagne entreprise pour la venue de la Coupe du Monde de football. « L’augmentation de la pauvreté dans le monde est un scandale pour les chrétiens». Il cite D. Bonhoeffer : ‘Il y a des choses pour lesquelles il vaut la peine de s’engager sans compromis…’ Le monde chrétien veut s’engager à une mondialisation de la justice et de la paix».
Mais malheureusement, les autres interventions, entrecoupées de chants et de musique, sont trop nombreuses et trop longues. Même la réflexion théologique sur Genèse 4 (allez-y voir), ne soulève pas l’intérêt. C’est dommage. La description du néo-capitalisme russe post-régime communiste reçoit des applaudissements.
Rien à dire sur la dernière séance sur le premier rapport intérimaire du comité de nominations. Je cours à la réception pour les journalistes… pour une fois qu’on est à l’honneur.

Réponse aux deux questions :
1-Si vous avez répondu que le journaliste s’est cloné, c’est faux. Le journaliste est arrivé (très) en retard à la conférence de presse des représentants catholiques romains, mais il s’en est fait faire un résumé par un collègue bien attentionné.
2-Si vous avez répondu que le journaliste n’a rien mangé de la journée, c’est encore faux. Il y avait des sandwichs et des boissons gazeuses fournis durant la conférence de presse sur les actions des Églises, et il y avait un lunch offert (avec verres de vin) lors de la réception offerte par le COE.

17/02/06: Tout à l’honneur de l’Amérique latine

Petite journée à l’Assemblée générale du Conseil Ocuménique des Églises ; une pause bienvenue en son mitan, avant de reprendre pour quatre journées pleines de plénières, de délibérations et de prises de décision.

Le matin, les 3 000 et quelque participants-es avaient le choix entre pas moins de 26 paroisses locales pour une célébration dominicale ; ils et elles se sont répandus-es entre les églises méthodistes, presbytériennes, luthériennes, baptistes, pentecôtistes, orthodoxes et catholiques romaines de Porto Alegre qui leur avaient lancé l’invitation.

Après un long détour à pied dans la ville pour revoir les lieux si bruyants et si animés du Forum social mondial, je me rend dans une paroisse méthodiste « à saveur pentecôtiste » dixit le pasteur, dans sa façon de célébrer. La douzaine d’évêques présents (tout comme les luthériens et les anglicans, les méthodistes ont conservé une structure ecclésiologique pyramidale) sont présentés les uns après les autres (dont deux femmes), de même la trentaine de groupes nationaux qui composent plus de la moitié de l’assistance d’une église pleine à craquer. Tout ça avec force applaudissements et des alléluias - Amen bien sentis ! Puis c’est autour du groupe des jeunes et des enfants de chanter… si joliment, qu’on en redemande. Enfin, la prédication assurée par l’évêque Sally Dyck de Minneapolis aux États-Unis est traduite, comme tous les bons mots du pasteur, au fur et à mesure. On en a donc pour deux bonnes heures. Mais bon, c’est presque jour de congé et les chants me sont à moitié connus… et un excellent repas aux couleurs et aux saveurs locales nous attend.

Une seule conférence de presse, en ce jour 6 et une seule plénière en après-midi, toutes deux sur l’Amérique latine, avec à peu près les même protagonistes : Elsa Tamez, une presbytérienne du Costa Rica, théologienne de la libération, le prix Nobel de la Paix en 1990, Adolfo Perez Esquivel de l’Argentine, qui était le matin dans la même église que moi aux côtés d’Emilio Castro, ancien secrétaire général du COE, ainsi que Nora Cortinas, l’une des fondatrices et présidente des Mères de la Place de Mai, ce mouvement de femmes qui avait mis de la pression sur le régime militaire argentin, et qui le fait encore depuis 29 ans, pour retrouver leurs fils et leurs filles et leurs petits-enfants morts ou disparus.

Pour Adolfo Esquivel, pendant longtemps en Amérique latine on a manipulé et abusé du nom de Dieu. « L’oecuménisme c’est l’unité qui sert à combattre les forces du mal et de mort, la guerre et la violence». À une question sur son Prix Nobel il répondra avec humour que ce prix cause surtout un gros mal de tête ! « Avant je parlais sans qu’on ne m’écoute ; maintenant, quand je parle, on m’écoute. » Plus sérieusement, il dira que le Nobel ce peut qu’être un outil à mettre au service des pauvres. Et à la fin : « Dans une de mes dernières lettres au président Bush, je lui ai fait remarquer que lorsqu’il prie, Dieu doit se boucher les oreilles ! »

Elsa Tamez poursuit en décrivant la guerre comme un péché contre Dieu. À une question sur la théologie de la libération, elle répond que même si les contextes politiques et sociaux ont considérablement changés en Amérique latine, celle-ci est toujours vivante, car elle prend de nouvelles formes, devenant plus large, plus étendue, traitant plus de sujets, s’ajoutant comme réflexions la libération des femmes, des peuples autochtones, des personnes gaies, des minorités opprimées, partout où le racisme, le sexisme, l’exclusion prévalent. Elle rappellera également que les Églises latino-américaines ne doivent pas oublier Haïti.

Je leur pose une question : qu’attendent-ils de cette Assemblée du COE ? Qu’elle nous fasse réfléchir à partir de la foi ; que les débats ne demeurent pas qu’au niveau des mots, mais ce concrétisent en actions ; que les Églises membres gardent en tête qu’elles ont la responsabilité d’agir en des actes de foi qui sont autant d’actes d’engagement envers l’humanité ; qu’elles (se) répètent que les « non-personnes » existent : ce sont des paysans, des pêcheurs, des réfugiés, des pauvres, des minorités exploitées… Les Églises ne peuvent s’en distancer ; les aider, ce n’est pas de la charité, ni de l’entraide humanitaire, c’est la solidarité chrétienne qui s’exprime. Il faut « espérer l’espérance ».

La plénière, durant laquelle on verra Rigorberta Menchu du Guatemala, autre récipiendaire du Prix Nobel, par vidéo interposé, est une présentation de l’histoire de l’oppression et, surtout, de la résilience des peuples de l’Amérique latine. Les marionnettes à grandeur humaine sont d’une grande efficacité. Toute l’après-midi, des chorales, des chanteurs, des troupes de danses latino-américains animent le campus de la PUC. En fin de soirée, ils nous feront vibrer en un grand spectacle sous les étoiles et les gouttes de pluie.

18/02/06: Des conflits (et) des générations

Un gros merci (muito obrigado ! ) à tous ceux et celles qui m’envoient des gentils mots d’appréciation… (Et merci à Judith Bricault qui me les transmet.) Merci à ceux et celles qui m’incluent dans leurs prières. Ici, à la 9eme Assemblée générale du Conseil Oecuménique des Églises (COE) à Porto Alegre au Brésil, on a prié plusieurs plusieurs fois pour les autres en incluant tout le monde et même ceux à qui on ne pense jamais. Il y a certainement eu un moment pour vous : « Les blancs, les Noirs, les mûlatres, les jaunes, les grands, les petits, les fins et les fous, les pauvres et les soit-disant riches, les beaux et les autrement, les personnes gais et les supposées hétérosexuelles… » C’est ainsi que le toujours inimitablement exubérant Desmond Tutu, archevêque anglican de l’Afrique du Sud, commence son discours en fin de plénière du matin. « Tous nous sommes enlacés (embraced) par les bras de Dieu».

Le thème de ce jour 7 était l’unité de l’Église. Hum ! En première conférence de presse, pendant que les délégué-es de l’Assemblée méditaient, dans les petits groupes d’études bibliques, sur le texte d’Ezéchiel 36 : « Je vous donnerai un cœur neuf et je mettrai en vous un esprit neuf ; j’enlèverai de votre corps le cœur de pierre et je vous donnerai un cœur de chair. Je mettrai en vous mon propre esprit, je vous ferai marcher selon mes lois… » (passage extrêmement bien approprié pour le sujet - et les événements, comme on verra plus tard ! - du jour), nous écoutions les représentants des Églises évangéliques (dans le sens américain et non européen du terme) et pentecôtistes. Les Églises évangéliques et pentecôtistes, tout comme l’Église catholique romaine, ne sont pas membres du COE. Cette dernière participe cependant de plein à certains comités et envoient cérémonieusement des observateurs à toutes les rencontres d’importance du COE. À la 8eme Assemblée du COE, à Harare en 1998, avait été votée la proposition de réunir « un Forum d’Églises chrétiennes et d’organisations œcuméniques ». Des contacts ont été faits et des invitations lancées si bien qu’en juin 2002 une première rencontre a lieu avec des représentants évangéliques, pentecôtistes et indépendants. Mais, pour faire une histoire courte, la réalisation de ce projet sera « un processus beaucoup plus long que prévu. (…) Jusqu’ici plusieurs organisations et Églises pentecôtistes importantes ont décliné les invitations».

Alors c’est une grande première (la venue d’observateurs à une assemblée du COE) qui a été soulignée aujourd’hui par trois des leaders du monde évangélique et pentecôtiste (plus de 400 millions de fidèles, dont 90 % selon ce qui a été dit dans les pays du Sud ! ), avec remerciements d’usage… mais mise au point qui l’était tout autant. Si « l’appel du COE arrive au bon moment » selon Geoff Tunnicliffe, un Canadien, président de l’Alliance évangélique mondiale, (qui soulignera également la remarquable diversité du COE), « nous sommes très satisfaits de l’œcuménisme tel qu’il se vit actuellement », précisera Norbert Saracco, de l’Église évangélique de la Bonne nouvelle en Argentine. Autrement dit, nous sommes bien contents du statu quo et nous en accommodons bien. « Nous sommes vos fils » ; traduction : laissez-nous aller comme on veut, là où on veut. Trois fois plutôt qu’une, l’un ou l’autre des trois leaders a souligné que leur mouvement se composait des seules dénominations du christianisme en croissance dans le monde d’aujourd’hui. Ce n’est pas encore la lune de miel, ni la confiance totale.

Tout de suite après, première plénière du matin, dans laquelle trois orateurs s’expriment sur le thème du jour, un orthodoxe et un catholique qui encadrent Isabel Apawo Phiri, une presbytérienne, professeure de théologie africaine à l’École de théologie et de religion de l’Université de KwaZulu Natal, en Afrique du Sud (elle est également coordinatrice du Cercle des théologiennes africaines concernées). Sa brillante présentation, intitulée « Appelés à être l’Église unie – L’avenir de l’oecuménisme » mériterait d’être reproduite en entier. (Une fois n’est pas coutume, mais je signale qu’elle disponible en français sur le site du COE (http://www.wcc-coe) sous le numéro PLEN5.4 French.) En conclusion, elle dira : « Si nous croyons vraiment que Dieu nous appelle à l’unité, manifestons-le concrètement en reconnaissant les ministres ordonnés ... appartenant aux autres Églises et les accueillant à la table de la Sainte Cène ; en élaborant des rituels pour les mariages entre membres d’Églises différentes ; en accueillant la spiritualité des autres dans le cadre de l’éducation et de la formation théologique ; et en déclarant que l’Église est la communion des croyants, sans manquer de nous débarrasser de tout ce qui compromet cette conviction. » (Service de traduction du COE)

Puis arrive celui que tout le monde attendait au son et au rythme du tambour africain, Desmond Tutu, aussi excité de nous voir que nous de le recevoir (et en cela je revois le même homme que j’avais rencontré au Conseil général de l’Église unie en 1982). Après sa salutation ci-haut citée, il démontre à quel point le COE a joué un rôle important dans la lutte contre l’apartheid en relatant les nombreuses occasions où il l’a condamné, et agi en appui à la libération du peuple sud-africain, tout en reconnaissant qu’un certain christianisme a voulu justifier l’apartheid. L’apartheid, c’était un système fondé sur la division, dit-il en substance, et « la division (diviseness) est péché. (…) Nous devons célébrer nos différences, car les différences viennent de Dieu. L’acception de ces différences doit se prolonger dans l’accueil des personnes des autres religions. Il n’y a plus ni Grecs, ni Juifs, ni chrétiens, ni musulmans, ni différences de niveaux socio-économiques, ni genres. (…) Dieu nous enlace tous de ses bras». Et bien sûr, il joint le geste à la parole. « Paix, louanges, gloire, honneur, aux siècles des siècles à notre Seigneur ! » Comment ne pas être transporté par la force, la fougue, l’élévation des propos de ce prophète (et quel contraste avec l’asepsie stérilisante de ceux de ce matin) !

Les chanceux journalistes auront droit à un autre temps avec lui, partagé avec l’évêque luthérienne Margot Kässmann et l’archevêque orthodoxe Anastasios d’Albanie. Ils répètent l’une ou l’autre que Dieu fait le rêve de notre unité, que l’unité est une nécessité, qu’il nous faut la passion d’être ensemble, et malgré les tensions nous avons à toujours écouter les cris des pauvres. Ils répondront à ces questions sur les Églises évangéliques, sur l’Irak, sur l’Iran. À une question sur le dialogue interreligieux, D. Tutu répond que « Dieu n’est pas un chrétien ». À une question sur le pape, M. Klässmann répond que les Églises allemandes ont encore beaucoup d’attentes. À la dernière question à savoir si Robert Mugabe (le président aux tendances dictatoriales du Zimbabwe) est oui on non un terroriste, D. Tutu aura cette suave répartie (dans un grand éclat de rire) : « Don’t do this to me ! » (Ne me faites pas ça !), pour ensuite y aller d’une réponse toute pastorale.

En après-midi, qu’avons-nous eu ? Des rapports et des rapports. Un premier sur les finances – beueuf ! – (en substance : ça va mieux que ça allait, mais la crise n’est pas terminée), un autre sur les nominations au Comité central (150 membres élus jusqu’à la prochaine Assemblée) avec des tonnes de copies de statistiques pour dire qu’on ne va pas trop changer les choses, et (notamment sur la représentativité et la nombre de jeunes) les insatisfactions diffuses fusent.

Enfin, à la deuxième plénière de l’après-midi, la présentation du rapport du Comité des questions d’actualité, notamment : trafic des femmes, pauvreté, protection des Églises qui font l’objet de discrimination, populations et langues autochtones en danger, réunification de la Corée, Amérique latine, droits de la personne et contre-terrorisme, réforme des Nations Unies, eau, armes nucléaires… Durant cette plénière, les jeunes se sont fait entendre silencieusement. À chacune des périodes de discussions en petits groupes, pour manifester leur mécontentement, en groupe compact et solidaire, ils se sont levés foulards sur la bouche et pancartes de slogans au bout des bras réclamant le 25 % de représentation ; souvenez-vous de l’appel d’Ezéchiel. Mais ça n’a pas décontenancé une miette la modératrice de la séance, Marion Best, et ça a fait la joie des tous les photographes.

La prière du soir ? Une bonne messe catholique romaine.

19/02/02: La transformation dans tous ses états

Petite journée… On ne se croirait pas arrivés à l’avant-veille de la fin de cette 9ème Assemblée générale du Conseil Oecuménique des Églises. Le thème du jour : la transformation. Alors qu’on aimerait bien se mettre sous la dent quelque chose de plus consistant, je ne sais pas moi, des orientations majeures pour les prochaines années, des prises de position sur les importants dossiers de l’heure (tiens, l’Assemblée du COE, le plus important rassemblement d’Églises de la planète n’a émis aucun communiqué sur « l’affaire des caricatures » ), on se contente, à nouveau de faire parler des gens, bien gentils et très dévoués au demeurant, qui viennent nous raconter de façon très anecdotique leur histoire personnelle de transformation.

Pourtant, la journée avait commencé par une conférence de presse de cinq personnes impliquées corps et âmes dans la lutte contre les préjugés et l’ostracisme qui accompagnent la pandémie du VIH/SIDA et dans nombre de programmes de défense de droits des individus, dont trois vivant avec le virus même. L’une d’entre elles, le chanoine anglican de l’Ouganda Gideon Byamugisha a été le premier prêtre en Afrique à exercer son ministère tout en étant séropositif. Il vit avec le virus depuis 1992, s’est remarié après son divorce et a eu des enfants sains et normaux ! En démontrant qu’il est possible de se prémunir du VIH et de contrôler le SIDA, il veut faire comprendre que cette maladie n’est pas une condamnation. « Après une longue période de condamnations, les Églises sont enfin en phase d’actions positives».

Mad Gracia Violeta Ross Quiroga (et elle nous a elle-même fait remarquer la justesse de son premier prénom) s’est retrouvée infectée à la suite d’une agression sexuelle. Cette activiste de droits des personnes atteintes est membre de la Communauté internationale des femmes vivant avec le VIH/Sida. Elle est aussi la représentante internationale du réseau international des Boliviens vivant avec le VIH/SIDA. Cette femme épanouie a voulu « transformer une histoire de mort en une histoire de grâce et d’amour».

Il y avait aussi la directrice au Brésil de UNAIDS, l’agence des Nations Unies s’occupant de cette pandémie mondiale (il y a encore 600 personnes infectées chaque jour et 60 % sont des jeunes ; ce sont ce qu’on appelle les nouvelles générations… qui sont moins informées que leurs aînées). Ce n’est quand même par rien, mais presque rien de tout cela en plénière. Et là-dessus, il y avait eu un léger désaccord en conférence de presse, car si certains ont reconnu les efforts et le travail des Églises, meilleur que jamais, d’autres ont quand même fait remarqué que la question du VIH/SIDA allait rester au second plan dans les débats de l’Assemblée du COÉ.

Non, on nous a plutôt servi une jolie mis en scène où cinq personnes, chacune peu ou prou marginalisée d’une façon ou d’une autre (une jeune canadienne d’ascendance autochtone du Canada, une femme de la Jamaïque avec un handicap physique, une théologienne féministe de Corée, un prêtre arménien et notre Gracia Quiroga) a raconté sous forme d’entrevue, l’histoire de sa transformation, où elle a trouvé l’inspiration, quel message elle peut ouvrir, etc. Je ne crois pas avoir été le seul à me demander où cela allait nous mener. À preuve, la conférence de presse qui a suivi avec ces cinq personnes a été la moins courue de toutes ; nous n’étions qu’une quinzaine de journalistes.

Les deux jeunes déléguées de l’Église Unie du Canada sont montées sur la scène aujourd’hui. Après la première, Carmen Lansdowne, dans la présentation sur la transformation, la deuxième, Wendy Evans, est venu lire le Message de la 9ème Assemblée du COE : « Représentants-es d’Églises de toutes les régions du monde réunis à Porto Alegre (Brésil) au cours de la première décennie du troisième millénaire de l’ère chrétienne pour la première Assemblée du Conseil œcuménique des Églises tenue en Amérique latine, nous nous unissons dans la prière : … » Elle a bien fait ça Wendy, mais rapidement les gens sont allés aux micros, pour dire soit que ce ne sont que des vœux pieux, que c’était « plus une prière à Dieu qu’un message aux Églises » (c’est vrai), soit que « le monde est plein de secousses, il nous faut être plus audacieux » (ce qui est aussi vrai). On prend bonne note, comme l’a dit la présidente des débats.

Bon, au moins le Rapport du Comité d’orientation du programme, présenté par Walter Altmann de l’Église d’Allemagne, nous a réservé de belles lancées. Après avoir passé – rapidement – en revue les principaux accomplissements du COE depuis l’Assemblée de Harare en 1998, le rapport a proposé quatre principaux domaines d’engagement pour les prochaines années : Unité, spiritualité et mission ; Formation œcuménique ; Une conception globale de la justice ; Une parole éthique et un témoignage prophétique face au monde.

Et en dernière plénière, c’était la présentation du deuxième rapport des nominations pour le Comité central, organe décisionnel du COE entre les Assemblées générales, avec les mêmes lamentations sur la faible représentation des jeunes... alors qu’on nous répète ad nauseam que « c’est l’Assemblée des jeunes ». Certes, si « c’est aux Églises locales à faire leur travail de nomination au préalable », les formules mathématiques et les pourcentages à atteindre (le fameux 25%) n’offriront pas la solution tant que ne seront pas trouvés et mis les « bons » jeunes aux « bonnes » places. Peut-être que je me trompe… mais les jeunes que je rencontre me paraissent trop sages, trop disciplinés, pas assez coriaces, pas assez mordants, (j’en cherche encore qui en mangent de l’œcuménisme, mais y en a-t-il ?) pour vraiment faire une différence radicale et pour influencer de manière appréciable et durable la grosse machine institutionnelle du COE. La « Déclaration des jeunes adultes » qu’ils nous avaient distribuée hier posait des constats évidents mais avait pour seule réclamation : « Pour ces raisons, les jeunes adultes demandent instamment à cette Assemblée de retirer la phrase ‘Assemblée des jeunes’ de son discours et de poser des gestes concrets pour inclure d’avantage les jeunes adultes dans toutes les catégories (délégués-es, stewards, participation au mutirao, autres) de la vie du Conseil œcuménique des Églises». Peut-être que je ne me trompe pas après tout.

Bon, la jolie surprise de la journée ? L’adorable procession dansante des enfants en ouverture du culte du soir préparé par le Conseil latino-américain des Églises.

La journée se sera terminée par une marche aux chandelles pour la paix dans les rues de la ville.

20/02/02: L’effet consensus

Avant-dernière journée de la 9eme Assemblée générale du Conseil œcuménique des Églises… On laisse les journalistes un peu tranquilles : pas de conférence de presse aujourd’hui. C’est vrai qu’il y a maintenant trois séances plénières par jour qui, en principe, doivent servir à prendre des décisions… mais le nouveau mode de décision par consensus fonctionne par à-coups, a des ratés, et parfois toussote.

Mais bon, entre les temps morts, on ne se tourne pas les pouces, c’est l’occasion de faire quelques entrevues. Après celle d’Omega Bula, responsable de l’Unité Justice, mondialisation et relations œcuméniques de l’Église unie, une autre sur la pratique du journalisme au Liban, et une troisième avec un jeune Palestinien activiste pour la paix déjà engrangées, j’en enfile plusieurs de suite : avec Chris Ferguson responsable du bureau du COE pour la Palestine et Israël à Jérusalem, une avec un vieux routier d’Allemagne qui en est à sa cinquième Assemblée et une dernière en fin d’après-midi avec le tout nouveau président de la zone du Pacifique, un pasteur de l’Église protestante de Tahiti, membre du Conseil central du COE et qui en est, comme il me l’apprendra, à sa quatrième participation à une Assemblée générale. Vous pourrez en lire tous les comptes-rendus dans les prochains numéros d’Aujourd'hui Credo, le mensuel francophone de l’Église unie du Canada ! Si vous n’êtes pas encore abonné-e, c’est le temps de la faire en téléphonant à Josée Lamarre au (450) 466-7733.

On sent un peu déjà que la fin approche. Quelques délégués-es sont déjà partis-es. Le matin, c’est la dernière rencontre des groupes d’études bibliques pour un partage un peu spécial (sur le difficile psaume 130) et une photo souvenir qui représentera beaucoup. En après-midi se tiennent les derniers ateliers-discussion du Mutirao. Mutirao est un mot en portugais qui signifie lieu de rassemblement, de discussion. Le programme Mutirao de cette Assemblée proposait une très grande variété d’événements qui permettaient à toutes sortes de groupes de présenter leur cause et leurs activités soit par des kiosques, des expositions, des ateliers-discussion à moments fixes (environ une trentaine par jour) ou encore des manifestations culturelles à toutes heures du jour et de la soirée, Le Bate-papo (qui veut dire clavarder en brésilien) offrait tous les midis un espace de discussions informelles (mais tout de même sérieuses) avec des personnalités sur des sujets allant de la théologie de la libération à l’avenir du christianisme. Demain, les kiosques du Mutirao vont être démontés.

Sans oublier les cultes quotidiens du matin et du soir, ainsi que ceux des diverses confessions. Comme il a été décidé qu’il n’y aurait pas de célébration eucharistique commune (pour la première fois dans toute l’existence du COE ! ), les dénominations ont été invitées à en organiser elles-mêmes. Je me rends, avec plus de 80 autres personnes, à celle des Disciples du Christ des États-Unis (très proches des réformés). Il y aura même une prière en français.

Mais revenons à nos plénières. On essaye de terminer tant bien que mal l’étude du deuxième rapport du Comité d’actualité, et je ne suis pas sûr, parce que ça s’est un peu compliqué dans les procédures, mais je ne crois pas qu’il ait été adopté dans son entier. (On dispose de même façon partielle du rapport sur l’ecclésiologie.) De toute façon, ça ne change pas grand-chose à nos vies. Mais surtout, je dois faire petite œuvre de contrition car dans celui-ci on trouve une déclaration sur l’ « affaire des caricatures ». Elle est intitulée « Note sur le respect et la responsabilité mutuels et le dialogue avec les fidèles d’autres religions ». Elle dose très bien et le droit fondamental de la liberté d’expression et son utilisation abusive et les échecs qui « ajoutent un sentiment de frustration à la conscience collective » de certains peuples. « La tension qui règne dans le monde oppose non pas des religions et croyances, mais des idéologies laïques et religieuses agressives, intolérantes et manipulatrices». Et en conclusion : « Il ressort de cette crise que les États et les sociétés laïques doivent mieux comprendre et respecter le rôle et la signification de la religion, élément essentiel de l’identité humaine dans un monde multiculturel et sans frontières, contribuant ainsi à aider les religions et les fidèles à combler les fossés entre les cultures et les nations et à résoudre les problèmes sous-jacents».

Ensuite c’est le vote entérinant le choix des huit présidents régionaux. Un vrai vote celui-là qui n’aurait dû être qu’une formalité mais qui sera gravement mal mené par l’incompétence de la présidente d’assemblée dont je tairai le nom par respect. Il y a deux francophones (Afrique et Pacifique) dans la liste et une hispanophone (Amérique latine).

Et enfin, une nouvelle liste de nominations pour le Comité central et une nouvelle mouture du Message officiel de la 9eme Assemblée… mais dans les deux cas, les divergences ne permettent pas d’arriver à un consensus… malgré les très méritoires efforts de la modératrice du moment, Marion Best. Tout ça est remis à demain.

La surprise de la journée : l’hommage rendu par les chauds applaudissements de toute l’assistance aux 50 et quelques stewards, ces jeunes venus du monde entier et qui s’occupent de toutes les tâches ingrates (distribution de la paperasse, ramasser les écouteurs, voir à la qualité de son, etc) mais absolument essentielles pour que se déroule bien une rencontre de cette ampleur. Sans doute aurait-on pu souligner également l’inestimable contribution des bénévoles responsables des célébrations, ou celle des choristes toujours là à 7h30 du matin pour une répétition, ou celle des personnes qui se sont occupé des pauses-café, ou celle des hommes chargés de transporter et de changer des centaines de réservoirs d’eau, ou celle des employés-es de Fellini, la compagnie touristique qui nous a guidés et transportés matin et soir en étant d’une patience d’anges…. Merci à eux tous et elles toutes.

21/02/06: Transforme le monde, Dieu, dans ta grâce

Message de la Neuvième Assemblée du Conseil œcuménique des Églises
Invitation à la prière
(Version non définitive)

Représentants et représentantes d’Églises de toutes les régions du monde, nous nous sommes rassemblés à Porto Alegre, au Brésil, au cours de la première décennie du troisième millénaire de l’ère chrétienne pour la première Assemblée en Amérique latine. Nous prions, nous méditons les Écritures, nous luttons et célébrons ensemble dans notre unité et notre diversité et nous cherchons à écouter attentivement les uns et les autres dans un esprit de consensus. Soeurs et frères, nous vous saluons.

Réunis en février 2006, nous prenons conscience, à l’écoute de participants à l’Assemblée, des plaintes qui s’élèvent quotidiennement dans leurs pays et dans leurs régions en raison de catastrophes naturelles, de conflits violents et de situations d’oppression et de souffrance. Pourtant, nous avons aussi reçu de Dieu le mandat de témoigner de la transformation qui survient dans nos vies personnelles, dans nos Églises, dans nos sociétés et dans l’ensemble du monde.

Les rapports et les décisions de l’Assemblée adressent aux Églises et au monde des interpellations spécifiques et des invitations à agir, telles que l’appel à nous engager à nouveau, à mi-chemin de la Décennie « Vaincre la violence » (2001-2010), les principes qui président à la recherche de l’unité des chrétiens, l’engagement dans le dialogue interreligieux, la pleine participation des femmes et des hommes de différentes générations, et les déclarations adressées aux Églises et au monde sur des questions d’actualité.

Le but de ce message est de refléter le cœur de l’Assemblée, de ses expériences, de ses espoirs.
Le thème de cette Neuvième Assemblée est une prière : « Transforme le monde, Dieu, dans ta grâce ». Lorsque nous prions, nos cœurs sont transformés, aussi voulons-nous faire de la prière le centre de notre message.

Dieu dans ta grâce,
par l’amour de ton Fils Jésus Christ et le souffle de l’Esprit Saint,
tu as créé ton univers,
et tu le fais vivre.
C’est vers toi que nous nous tournons dans la prière, car c’est toi qui nous unis :
Tu es le Dieu unique en qui nous croyons,
toi seul nous rends capables de faire le bien,
tu nous envoies par toute la terre pour la mission et le service au nom du Christ.
Nous confessons devant toi et devant tous :
Nous avons été des serviteurs indignes. Nous avons abusé de tes dons.
Nous sommes à la fois auteurs et victimes de violences.
En tous lieux, nous nous blessons les uns et les autres par nos divisions.
Nous avons mal usé de la création et l’avons maltraitée.
Nous n’avons pas toujours su agir fermement contre la destruction de l’environnement, la pauvreté, le racisme, la guerre et le génocide.
En tout cela, nous renions Jésus Christ qui, par son incarnation, est venu nous sauver et nous apprendre à aimer.
Pardonne-nous, ô Dieu, et appends-nous à nous pardonner les uns aux autres.

Transforme le monde, Dieu, dans ta grâce

Ô Dieu, entends les plaintes de toute la création,
les plaintes des eaux, de l’air et de la terre,
de ceux que l’on exploite, que l’on exclut, que l’on maltraite, les plaintes des victimes,
de ceux que l’on dépossède et réduit au silence en ignorant leur humanité,
de ceux qui souffrent de toute espèce de maladie ou qui subissent la violence des guerres
et des crimes des arrogants qui se cachent loin de la vérité,
qui faussent la mémoire et rendent impossible toute réconciliation.
Ô Dieu, guide ceux et celles qui détiennent l’autorité vers des décisions empreintes d’intégrité morale.

Transforme le monde, Dieu, dans ta grâce

Nous te rendons grâce pour tes bénédictions et les signes d’espérance déjà présents dans le monde,
en la personne d’hommes et de femmes de tous les temps, de ceux et celles qui nous ont précédés dans la foi,
dans les mouvements qui s’efforcent de vaincre la violence sous toutes ses formes, non seulement l’espace d’une décennie, mais en tout temps,
dans la profondeur et l’ouverture des dialogues engagés au sein de nos Églises, avec d’autres et avec les croyants d’autres religions, tous engagés dans la quête de la compréhension et du respect mutuels,
dans tous ceux qui travaillent ensemble pour la paix et la justice, dans l’exceptionnel ou le quotidien.
Nous te rendons grâce pour la bonne nouvelle de Jésus Christ et l’assurance de la résurrection.

Transforme le monde, Dieu, dans ta grâce

Par la puissance de ton Esprit qui nous conduit, ô Dieu, que nos prières ne soient jamais de vaines paroles,
mais une réponse ardente à ta Parole vivante
dans l’action directe non violente en vue de changements positifs,
des actes audacieux et lisibles de solidarité, de libération, de guérison, de compassion.
Ouvre nos cœurs afin qu’ils sachent aimer, reconnaître que tous ont été créés à ton image, prendre soin de la création et servir la vie dans toute sa merveilleuse diversité.

Transforme-nous afin que, nous offrant nous-mêmes, nous devenions tes partenaires,
recherchant l’unité complète et visible de l’Église une de Jésus Christ,
devenant les prochains de tous,
dans l’attente et le désir de la pleine révélation de ton règne,
la venue d’un nouveau ciel et d’une nouvelle terre.

Transforme le monde, Dieu, dans ta grâce. Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit. Amen


Source: David Fines / Aujourd'hui Credo, le mensuel francophone de l’Église unie du Canada

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