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EEMNI - 03.08.2006   Retour à l'aperçu

Investissement socialement responsable : la vertu ne paie pas

[Credits] Un article signé NESSIM AÏT-KACIMI et publié par le quotidien «?Les Echos?» porte sur l’investissement socialement responsable que deux pasteurs méthodistes américains avaient en leur temps encouragé fortement. Qu’en reste-t-il à ce jour?%

Au commencement, l'investissement socialement responsable (ISR) était un message de paix... C'est pour permettre aux particuliers d'investir dans des entreprises non liées à l'industrie de l'armement, à une époque de contestation de la guerre du Vietnam, que deux pasteurs de l'Eglise Evangélique Méthodiste, Luther Tyson et Jack Corbett, lancèrent le « Pax World Fund » le 10 août 1971. Qu'est-il advenu de ce message originel ? Pour peser sur l'économie et l'influencer, l'ISR doit se développer au-delà de sa clientèle naturelle (fondations, organisations religieuses, associations...). Il doit convertir de nouveaux fidèles dans le monde institutionnel, quitte à prendre le risque que son message soit dénaturé ou mal compris.

Le Forum annuel pour l'investissement responsable européen, qui se tient cette semaine, permettra peut-être de mieux cerner ces investisseurs qui ont choisi de mettre leur portefeuille en accord avec leurs valeurs comme le respect des droits de l'homme ou de l'environnement. Certains institutionnels, tels les fonds de pensions suédois, ont été contraints par leur réglementation à intégrer des dimensions éthiques et environnementales dans leurs placements sans « abandonner l'objectif d'un plus fort retour sur investissement ». Ces deux objectifs, rendement financier et valeurs, sont-ils pour autant compatibles ? Alors que les particuliers, à l'exception des Américains, semblent s'être fait une raison en privilégiant leurs objectifs non financiers plutôt que la performance de leur portefeuille, cela semble être moins le cas pour les institutionnels, qui ont souvent des obligations de résultat. Or, pour un investisseur qui doit rendre des comptes à ses clients, admettre que le rendement est un objectif secondaire suppose une révolution culturelle que peu d'entre eux ont accomplie...

Sans surprise, les sociétés de gestion qui conçoivent les fonds ISR confortent les institutionnels dans leur croyance de cette compatibilité des objectifs. Elles ne manquent d'ailleurs pas de tirer parti du fait que les investisseurs institutionnels types de l'ISR sont nettement moins sensibles aux frais prélevés par les fonds que les investisseurs classiques (1). Cela explique en partie l'empressement de certains gérants à se lancer sur ce créneau, jugé très prometteur. Moins sensibles aux frais, ces investisseurs sont aussi moins sensibles aux risques pris par les gestionnaires, peut-être l'une des conséquences de leur moindre sophistication.

Satisfaction supplémentaire pour les sociétés de gestion, les investisseurs estampillés ISR sont particulièrement loyaux et fidèles à leur gestionnaire une fois qu'ils ont investi : ils ont moins tendance que les investisseurs traditionnels à sortir d'un fonds dont la performance aurait été négative dans un passé récent. Une société de gestion attirera d'autant plus d'investisseurs que son approche ISR comportera de « filtres » permettant d'éliminer de facto les sociétés ne respectant pas les critères et aussi d'augmenter le rendement du fonds. D'après l'étude, un fonds disposant d'au moins 8 filtres délivre un rendement supérieur de 4,6 % par an à celui des autres fonds ISR.

En théorie, la performance ajustée du risque des fonds ISR devrait être inférieure à celle des fonds traditionnels du fait de la réduction de leur univers d'investissement. Ne pouvant investir sur certains titres ou secteurs, leur diversification ne peut être optimale. Leur portefeuille sera donc plus risqué. Le fait que le particulier type de l'ISR soit plus aisé que la moyenne conforte cette idée : il peut se permettre le coût et les risques d'une moindre diversification. La majorité des études sur la performance des fonds ISR investis en actions va dans le même sens : la vertu ne paie pas. En effet, leur performance ajustée du risque est, dans le meilleur des cas, égale à celle d'un fonds classique, voire très inférieure, avec des frais souvent très importants. Reste la satisfaction d'avoir investi selon ses valeurs.

(1) « Is Ethical Money Financially Smart ? », Renneboog, Horst, Zhang, Tilburg University, février 2006.

19/06/06


Source: Les Echos

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