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EEMNI - 29.10.2005   Retour à l'aperçu

France: Communautés multiculturelles - Regards croisés Antillais - Métropolitains - Notes prises par Pierre Geiser, pasteur

[Credits] Pour En route, Pierre Geiser rend compte brièvement d’une rencontre à la fois sérieuse et festive organisée le samedi 23 avril dernier à l’Institut Biblique de Nogent sur Marne sous l’intitulé : « Regards croisés Antillais – Métropolitain - S'accueillir les uns les autres... Adorer Dieu ensemble... Bâtir l'Eglise ensemble ». Notre frère est lui-même le pasteur de l’église évangélique méthodiste de Gennevilliers formée d’une majorité de ressortissants de Haïti. Ce thème lui est cher.

Comment nous accueillir ?

Jean-Claude Girondin et Gordon Margery, tous deux pasteurs en banlieue parisienne, - le premier est Antillais et le second Anglais -, posent la question de l’accueil. L’autre se manifeste sous la figure de l’étranger. Nous avons toujours à gagner en apprenant de l’autre. Le passé est passé et le futur n’est pas encore là. Le présent nous est confié. Nous ne sommes pas seulement différents, nous sommes surtout semblables ! Nous sommes tous créés à l’image de Dieu. Pour Jean-Claude Girondin, l’accueil de l’autre, l’hospitalité, qui est un invariable culturel, implique la réciprocité, laquelle ne va pas de soi.

Pour un Antillais, l’église doit apporter la chaleur humaine. Il ressent le besoin de visites fraternelles fréquentes et longues. La salutation est pour lui quelque chose de très important. Si l’on ne va pas au-delà de « bonjour », il y a un problème. Dans les églises où l’on retrouve des Antillais et des métropolitains, il y a souvent une coexistence qui nourrit des frustrations.

Peut-être convient-il de comprendre la frustration des antillais en métropole. Dans sa culture traditionnelle la communauté est un élément essentiel et le contrôle social très fort. La culture moderne (métropolitaine) accentue la place de l’individu. La communauté a besoin de l’individu et celui-ci a besoin de la communauté.
Dans les églises multiculturelles, les invitations (pour un repas par ex.) ne franchissent souvent pas les limites culturelles : les Antillais s’invitent et les métropolitains aussi, mais rarement les invitations sont « croisées ». Comment dépasser le sentiment d’infériorité pour pouvoir s’inviter ?

G. Margery (un anglais parlant au nom des métropolitains !) impute ces réserves métropolitaines à la tradition (héritée du catholicisme) de l’Église empreinte de solennité. On vient pour soi, pas pour les autres. Le métropolitain aime le silence et le recueillement plus que le mouvement et le bruit. Lorsqu’un antillais arrive pour la première fois dans une église, il trouve tout à fait normal d’être accueilli et invité à se présenter. Pour un métropolitain, c’est tout le contraire : il ne veut pas être « dénoncé » du haut de la chaire ! A moins qu’il ne soit en vacances et tout à fait décontracté. Cela tient probablement au moins en partie à l’histoire (persécution – occupation pendant la seconde guerre mondiale). Il y a aussi un facteur social. C’est très compliqué.

Du côté des métropolitains, il y a une grande frustration du fait qu’ils ont du mal à reconnaître les personnes antillaises – elles se ressemblent toutes ! De plus, il y a la peur de l’autre. « Il faut s’observer pour savoir si nous pouvons nous faire confiance. Si nous arrivons à vaincre nos peurs, nous avons beaucoup à gagner ».
Tous conviennent que l’église a gagné par l’arrivée récente de nombreux Antillais (et Africains) non seulement à cause de leur nombre, mais plus encore par leur chaleur, leur accueil et leur musique.

Témoignages
Adorer ensemble !


L’Église Baptiste de Rosny sous Bois avec Mikaël Razzano comme pasteur est une église très cosmopolite (environ 25 nationalités dont 20 à 25 % d’Antillais). Jean-Luc Mondat est l’un des membres responsables dans divers domaines, dont l’animation du culte.
Mikaël : Comment cela s’est-il passé à votre retour en métropole ?
Jean-Luc : Nous avons cherché à la fois une église locale (proche) et accueillante. Après avoir prié, Dieu nous a permis très vite de trouver cette église où nous sommes à l'aise. Il se trouve qu’il y avait aussi des Antillais, mais ce n’était pas le critère principal.
Mikaël : Dans cette église, tu participes à l’animation du culte ! Comment cela se passe-t-il ?
Jean-Luc : Il n’y a rien de spécial. L’important c’est la liberté.
Mikaël : Qu’est-ce qui est spécifiquement antillais ?
Jean-Luc : Ce qui fait la particularité de l’adoration, c’est la liberté, liberté de chanter et de prier en créole, (aussi la liberté de le faire en français) la liberté d’utiliser les instruments de musique.
Mikaël : Pour préparer l’intervention d’aujourd’hui, j’ai mené une enquête. Pour l’essentiel, il n’y a pas de sentiment inconfortable. L’un des points qui est apparu est celui de l’habillement. Il y a des européens qui viennent au culte vêtu de manière très décontractée, ce qui est difficile à admettre pour un Antillais.
Jean-Luc : Comment les non Antillais réagissent-ils ?
Mikaël : Le côté chaleureux fait qu’il n’y a pas de difficultés importantes (le fait qu’entre eux ils parlent créole en présence de personnes qui ne le comprennent pas peut créer des incompréhensions).
Jean-Luc : Si tu étais dans une église aux Antilles où il n’y a que quelques métropolitains, comment le vivrais-tu ?
Mikaël : Tout dépend du projet d’église. Le plus important est d’apprendre à écouter. J’ai aussi réalisé que pour les Antillais la question de l’esclavage est très importante ; donc il faut l’aborder.


Source: EEMNI

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