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EEMNI - 23.02.2005   Retour à l'aperçu

COE: Le consensus: “Une approche qui reflète mieux la nature de l’Eglise

[Credits] Par Walt Wiltschek (*)

Aspect essentiel de son changement de culture actuel, le comité central du Conseil Oecuménique des Eglises (COE) a ajusté ses règlements et adopté le modèle de prise de décision par consensus. Cette modification devrait permettre de renforcer la participation et l'engagement des Eglises membres. Il va bien au delà de la problématique qui avait été à l'origine de son introduction.

L'ancien président de l'Eglise en voie d'unification en Australie (Uniting Church in Australia), le pasteur D'Arcy Wood, se souvient d'une période tourmentée dans l'histoire de sa communauté.

L'Eglise en voie d'unification en Australie est née de la fusion de trois Eglises, en 1977. "Au cours de dix premières années, d'aucuns se sont sentis insatisfaits par nos règles en matière de prise de décision", se souvient Wood. Un processus apparemment simple a été mis en route pour traiter ce problème, mais il a vite pris la forme d'une discussions beaucoup plus large sur la manière de prendre des décisions en Eglise.

Et Wood de citer l'exemple d'un groupe qui s'est attaché à des questions comme "comment impliquer les gens et travailler ensemble?" ou "comment prendre des décisions qui reflètent autant que possible la diversité de l'Eglise?"

L'Eglise a donc cherché son inspiration. Elle s'est tournée vers la société des Amis (Quakers), une Eglise qui a une longue tradition de prise de décision par consensus; elle a considéré d'autres Eglises aux Etats-Unis; elle a observé les peuples aborigènes d'Australie, dont la culture en matière de décisions communautaires est étrangère au style parlementaire.

Cette réflexion a conduit l'Eglise à adopter une nouvelle réglementation en 1994, que l'on a appelé "modèle de consensus". Mais les changements se sont poursuivis pendant longtemps, indique Wood. On s'est en particulier rendu compte que le modèle aborigène se souciait peu des ordres du jour et des horaires. "Nous avons dû changer nos manières occidentales de procéder", ajoute-t-il.

L'adoption de ce modèle a aussi exigé un travail non négligeable de formation, aussi bien pour le modérateur (dont la responsabilité est grande) que pour les participants. Comme Wood l'indique en riant: "Onze ans plus tard, on apprend toujours!".

Comme il l'admet lui-même, il était sceptique au début. Il se demandait en particulier si la méthode pouvait fonctionner dans de grands groupes, comme un synode ou une conférence nationale. "Et ça a marché! Mes doutes ont été pleinement levés!"


Apprendre en pratiquant


Lorsque le Conseil Oecuménique des Eglises (COE) a commencé à s'interroger sur sa propre manière de prendre des décisions, il a pris connaissance de l'approche de l'Eglise australienne.

Pour le COE, la question est apparue à l'occasion des travaux de la commission spéciale sur la participation orthodoxe. Cette commission cherchait des moyens de s'assurer que la voix orthodoxe soit entendue lors des décisions du COE. Le système parlementaire conduit souvent à ce qu'une voix minoritaire significative soit régulièrement "perdante" lors d'un vote. Il s'agissait de trouver une alternative à ce système de vote.

Cette commission, à laquelle Wood a été nommé, a rédigé un document consacré au consensus. Ce texte a suivi son chemin en plusieurs étapes dans l'organisation, au cours desquelles il s'est élargi en taille et en portée.

Plusieurs commissions du COE travaillaient déjà selon un mode largement consensuel. D'autres, comme le comité de programme, se sont mises à tester le nouveau modèle. Finalement, à l'occasion de l'actuel comité central de février 2005, un nouveau règlement XIX a été proposé à l'ordre du jour, qui définit le processus de recherche du consensus et en fait la règle pour les procédures majeures au COE. Les membres l'ont approuvée ce lundi 21 février.

Comme le secrétaire général, le pasteur Samuel Kobia, l'indiquait dans son discours aux délégués du 15 février, le temps était venu d'envisager un pareil changement. "Certaines Eglises membres ont déjà eu l'occasion de découvrir dans leur propre vie interne et dans leur témoignage, que prendre des décisions par consensus reflète mieux la nature de l'Eglise, telle que le Nouveau Testament la décrit," disait-il. "D'autres Eglises membres affirment avec force que, dans un monde marqué par tensions, conflits et guerres, le COE peut apporter un témoignage non seulement par ses programmes, mais aussi par sa façon de conduire ses affaires".

Aussi bien Kobia que Wood ont pourtant averti les membres que la nouvelle manière de procéder allait demander quelques ajustements. "C'est comme de conduire une voiture", disait Wood en ouverture, alors qu'il introduisait la méthode: "On peut vous donner un manuel et des explications sur la façon de conduire, une fois sur la route, tout est différent! Nous allons apprendre à 'conduire', en pratiquant durant cette semaine!"

Kobia a tenu à assurer les membres du comité central que les remarques faites précédemment avaient été prises en compte, et que des "soupapes de sécurité" avaient été intégrées au processus, pour prévenir une paralysie des démarches. Par exemple, si le consensus ne peut pas être atteint, mais que les délégués estiment qu'en raison de l'urgence du sujet, il faut aller de l'avant, on pourra passer au vote sur ce sujet, pour autant que 85% des membres soient d'accord - un cas que l'on imagine fort rare. Certains sujets, comme les élections, les finances ou les changements constitutionnels, feront toujours l'objet d'un vote.
"Ce n'est pas une baguette magique qui résoudrait tous nos problèmes", indique Wood, "mais cela peut grandement aider le COE."

Construire une opinion commune


Eden Grace, une membre du Comité Central représentant la "société religieuse des amis", a invité les participants à faire preuve de flexibilité en essayant le nouveau modèle. "Ecoutez-vous les uns les autres et répondez-vous dans un esprit attentif", disait-elle. "Nous ne faisons pas qu'accumuler des arguments 'pour' et des arguments 'contre' quelque chose: Nous construisons une opinion commune. C'est une approche beaucoup plus centrée sur le dialogue que celle que nous avions jusqu'ici."

Cette approche a joué tout son rôle lors des discussions par tables, qui suivaient la présentation des sujets, en particulier lorsque ceux-ci portaient à controverse, comme dans le cas de la sexualité humaine. Chaque membre a reçu une carte orange, à brandir lorsqu'il se sent en accord avec un concept ou avec l'idée d'un intervenant, ainsi qu'une carte bleue, à montrer si au contraire il se sent "en froid". Montrer à la fois l'orange et la bleue est le signal convenu pour suggérer qu'il est temps d'aller de l'avant.

Parmi ceux qui se sont approchés du microphone, certains craignaient que des intervenants puissent être intimidés, s'ils voyaient des cartes bleues se lever autour d'eux. Les rédacteur du règlement XIX ont admis qu'il fallait s'habituer à la nouvelle manière de faire, mais ils ont aussi précisé que les cartes n'étaient pas destinées à être agitées en l'air, mais plutôt à être délicatement tenues à la hauteur du torse, pour aider le modérateur à discerner l'état d'esprit des participants.

De plus, les délégués ont été invités à ne pas bondir afin de contredire immédiatement un orateur, ni à répéter ce que quelqu'un d'autre a déjà dit. Le but du consensus, leur a-t-on expliqué, est de construire, à partir de la sagesse et du point de vue de chaque personne qui s'exprime, une opinion commune - "chercher l'avis du Christ".

Anne Glynn-Mackoul, une juriste américaine membre du comité central, qui a contribué à la rédaction du règlement XIX, a cependant noté que cette opinion commune ne signifiait pas nécessairement une unanimité. "Cela peut aussi signifier que la plupart sont d'accord, et que les autres acceptent que l'on aille de l'avant", a-t-elle expliqué. "Le corps constitué peut aussi admettre que plusieurs avis peuvent être tenus, ou remettre la discussion à plus tard".

Le comité directeur du COE s'est aussi vu conférer un rôle de discernement plus important. Il a pu discuter à l'avance et évaluer si un thème était trop sujet à controverse pour pouvoir être traité en plénière, ou s'il fallait éventuellement l'aborder d'une autre façon, comme "conversation oecuménique", ou au cours d'une session informative sans décision à prendre.

Il est vrai que tout cela peut prendre plus de temps, admettent les rédacteurs des procédures de consensus, et il faudra peut-être aborder moins de sujets lors des rencontres. "Nous pourrons être amenés a simplifier le déroulement d'une session", a dit Glynn-Mackoul, "mais je n'ai jamais vu qu'un ordre du jour surchargé soit le meilleur choix!"

De nombreux délégués pourront goûter aux joies du consensus lors de la neuvième assemblée du COE, en février 2006. Eden Grace est sûre que la plupart apprécieront cela lorsqu'ils s'y seront habitués. "Nous allons faire l'expérience des fruits du consensus, d'une manière que nous n'avons pas connue jusqu'ici", se réjouit-elle. "Il nous faut nous l'approprier, en faire l'expérience, et découvrir de quelle manière il nous transformera".


(*) Walt Wiltscheck est un ministre ordonnée de l'Eglise des Brethren (USA). Il est rédacteur du magazine mensuel de l'Eglise "Messenger".

22/02/2005


Source: Conseil oecuménique des Eglises (COE)

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