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EEMNI - 06.04.2005   Retour à l'aperçu

COE: les Eglises et le défi de la guérison dans un monde malade

[Credits] par Hugh McCullum (*)

La guérison par la foi et les guérisons spirituelles ont toujours fait partie du ministère de l’Eglise. Mais, pour beaucoup, elles ont un goût de magie, de prétention mystique à des « guérisons impossibles », autant d’éléments profondément étrangers aux modèles "occidentaux" de religion. A l’inverse, ces modèles sont parfois considérés comme des fruits secs d’Eglises vieillissantes qui ont perdu le contact avec la source vivante du pouvoir de guérison. Au coeur de cette tension, la plus grande pandémie moderne du monde, le VIH/sida, est en train de changer le concept de ce que peut signifier le ministère de guérison de l’Eglise. La prochaine Conférence mondiale sur la mission et l'évangélisation du Conseil oecuménique des Eglises, qui doit avoir lieu du 9 au 16 mai 2005 à Athènes, permettra d’aborder cette riche diversité en faisant se rencontrer des gens qui, sous une forme ou sous une autre, sont associés à de telles pratiques.

L’histoire se passe dans une banlieue de Boston, qui est l’une des plus anciennes et des plus riches villes des Etats-Unis. Dans cette paroisse, on pratique un anglicanisme modéré. C’est l’eucharistie dominicale et, le prêtre titulaire étant absent, elle est dirigée par un " suppléant ". Mais ce remplaçant, le chanoine Mark Pearson, est un charismatique ; il est co-fondateur d’un centre de guérison : le New Creation Healing Centre, dans l’Etat voisin du New Hampshire.

La liturgie eucharistique est celle du Book of Common Prayer traditionnel. Pearson n’est pas seulement charismatique, il est aussi conservateur, ou « orthodoxe », comme disent les anglicans.

" Quand est venu le moment de l’homélie, j’ai fait remarquer qu’on trouvait un service de guérison dans ce livre de prière que les anglicans révèrent tant. La plupart des membres de la paroisse n’en avaient jamais entendu parler. Je constate que beaucoup de membres de l’Eglise épiscopale s’intéressent plus à ce qui est épiscopal qu’à ce qui est biblique. Alors, j’ai essayé de leur rendre "cachère" la guérison. "

Pearson s’est soigneusement abstenu de tout exotisme. " J’ai demandé aux gens de se rappeler un événement particulièrement extraordinaire, souvent dans le contexte du culte ou de la prière personnelle. C’est ce que j’appelle des "coïncidences divines". Je leur ai rappelé que feu l’archevêque William Temple, ancien archevêque de Cantorbéry d’inspiration résolument oecuménique, disait : "Plus je prie et plus ces coïncidences se produisent" .

Pendant les prières pour le peuple, Pearson a proposé de faire une onction d’huile et d’imposer les mains à tous ceux qui désiraient s’avancer pour participer au service de guérison prévu dans le Book of Common Prayer. " Un homme m’a dit qu’on venait de diagnostiquer chez lui un cancer. J’ai prié pour lui, pour le médecin et pour les traitements appliqués. "

" Alors que je priais pour une dame âgée, j’ai eu l’impression qu’elle avait quelque chose de très grave au pancréas. Elle n’avait pas subi d’examen, mais elle me dit qu’elle demanderait à son médecin de vérifier. »

Après le service, plusieurs personnes sont venues dire à Pearson que le seul genre de liturgie de guérison qu’ils connaissaient était du genre " sauvage ", du type « rouleau compresseur spirituel ", mais qu’ils n’avaient "aucune objection " à faire à la cérémonie à laquelle ils avaient assisté ce matin-là. Pearson fait ce commentaire : " Je me demande si ce qui les préoccupe le plus, c’est que rien de "bizarre" ne se produise, et non que quelque chose de "salutaire" se passe. "

Peu après, son médecin dit à l’homme qui souffrait d’un cancer qu’il avait constaté une rémission « soudaine et inexplicable " ; quant au médecin de la vieille dame, il l’avait remerciée de lui avoir dit de regarder de plus près son pancréas parce que, à l’examen, il avait constaté le début d’un problème.

Un membre de la paroisse dit à Pearson : " Vous n’avez pas l’air d’un charismatique, vous ne vous comportez pas comme ils le font, vous n’avez jamais parlé des dons de l’Esprit dont il est question dans l’épître aux Corinthiens ». Et celui-ci de commenter : " Si j’étais venu ici "habillé" en charismatique, que se serait-il passé ? Il y aurait eu une réaction de rejet. Ce qui compte, ce n’est pas l’apparence, c’est le message. J’essaie de m’habiller en fonction de la culture, et ils ont compris. "

Mark Pearson assistera à titre de conseiller à la Conférence mondiale sur la mission et l'évangélisation qui aura lieu du 9 au 16 mai à Athènes ; à l’ordre du jour de cette conférence sera inscrite la question de la guérison par la foi et de la guérison charismatique, qui posera des questions fondamentales sur les deux parties du thème de la conférence : Viens Esprit Saint, guéris et réconcilie ! Pearson dirigera un atelier au cours de cette conférence.


> La plus grave pandémie du monde moderne

Les experts ne sont pas d’accord sur le nombre d’Indiens touchés par le VIH/sida. Pour ONUSIDA, l’estimation basse est de 2,5 millions de personnes ; l’Inde arrive en seconde position après l’Afrique du Sud, où l’estimation basse est de 4,5 millions de personnes touchées. Quant à l’estimation haute, ONUSIDA la chiffre à 8,5 millions pour l’Inde et 6,2 millions pour l’Afrique du Sud.

Certaines institutions internationales prédisent que New Delhi va devenir la capitale mondiale du sida ; c’est pourquoi les Eglises de l’Inde et leurs partenaires mobilisent toutes leurs ressources pour combattre cette pandémie. La foi est la clé de la guérison, dit la Commission ‘sida’ du Conseil national des Eglises de l’Inde, qui regroupe 29 Eglises orthodoxes et protestantes.

Si l’Inde compte environ un milliard d’habitants, les chrétiens ne représentent que 2,3% de la population ; mais l’Eglise de l’Inde mobilise des ressources pour financer des hospices, pour faire de la formation, pour informer les adolescents (14-18 ans), pour sensibiliser les prostituées et, tout particulièrement, pour combattre la stigmatisation, la discrimination et, de façon générale, l’absence de compassion à l’égard des personnes touchées par le VIH/sida.

" Il est vrai, déclare le Dr Jesudas Athyal, de l’Eglise syrienne Mar Thomas de Malabar, que les Eglises de l’Inde font déjà beaucoup, depuis longtemps, dans le domaine des soins de santé, mais elles n’ont pas encore reconnu l’énormité du problème du VIH/sida ; et pourtant, il est patent que cette pandémie se propage rapidement dans tout le pays. Si l’on veut résoudre ce problème, il faut commencer par admettre qu’il existe. "

"Le pourcentage de chrétiens affectés par le VIH/sida est encore comparativement peu important, explique le Dr Sara Bhattacharji, de l’Eglise de l’Inde du Sud, aussi les Eglises n’y voient-elles pas encore un problème. Pourtant, les responsables s’en préoccupe"

"Les réseaux chrétiens de soins de santé,
explique le Dr Bhattacharji, sont à l’avant-garde de la lutte contre le VIH/sida ; ils fournissent des soins et assurent des traitements avec ouverture et amour ; ils informent le public et les professionnels de santé, ils font de l’éducation préventive et de la recherche et ils ont constitué des réseaux avec d’autres institutions. Souvent, il s’agit d’initiatives oecuméniques, avec la participation de réseaux catholiques. "

Il n’existe encore aucun moyen de guérir le sida ; pour l’instant, on ne connaît que les antirétroviraux, qui prolongent la vie. Mais il n’y en a pas assez, et ils sont terriblement chers pour les pauvres.

Les chiffres du sida sont tellement terribles qu’ils dépassent ce qu’on peut imaginer. Pourtant, derrière chaque chiffre, il y a un être humain, une personne créée à l’image de Dieu, quelqu’un que Dieu aime. Selon ONUSIDA :

- L’an dernier, trois millions de personnes sont mortes du sida et, à l’heure actuelle, on compte 39,4 millions de personnes affectées par le VIH/sida.
- Sur les 14 000 nouvelles infections au VIH par jour enregistrées en 2003, plus de 95% se sont manifestées dans des pays à revenu faible ou moyen, et près de 50% touchaient des jeunes de15 à 24 ans.
- On estime qu’il y a en Afrique sub-saharienne, où vit plus de 10% de la population mondiale, quelque 25 millions de personnes touchées par le VIH, soit près des deux tiers de toutes les personnes qui vivent avec le virus dans le monde.

Les participants à la conférence d’Athènes ne pourront pas ignorer les effrayantes maladies, anciennes et modernes, qui accablent le Sud, privant ses habitants de leur santé et de leur avenir. Cette conférence devra plus particulièrement s’intéresser aux causes de ces maladies, notamment la pauvreté et la mondialisation. Les docteurs Bhattacharji et Athyal participeront à titre d’experts à des ateliers de la conférence consacrés au ministère de guérison de l’Eglise ainsi qu’aux ressources des populations autochtones pour favoriser la réconciliation entre communautés.

(*)Hugh McCullum est un journaliste canadien, membre de l'Eglise unie du Canada. Ancien rédacteur en chef de deux publications à grand tirage de l'Eglise et présentateur d'une émission de la télévision nationale de son pays, il a également vécu au Zimbabwe et au Kenya. McCullum s'est de longue date associé au travail de communication du COE. Parmi ses ouvrages figurent "The angels have left us: the churches and the Rwanda genocide" ainsi que "Radical Compassion: The life and times of Archbishop Ted Scott".

17 mars 2005


Source: Conseil oecuménique des Eglises (COE)

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