Vieille version de cette page EEMNI par E-Mail EEMNI auf Deutsch
             
EEMNI - 04.08.2005   Retour à l'aperçu

Ecosse, Edimbourg: l'Afrique a besoin d'un commerce plus équitable pour se sortir de la pauvreté - la voix du président de l’Eglise méthodiste du Ghana

[Credits] La betterave sucrière subventionnée en Europe, le coton américain aux prix artificiellement bas, les taxes japonaises exorbitantes sur le riz... Le commerce international semble comploter contre l'Afrique, et les règles doivent changer pour plus d'équité si l'on veut voir le continent noir sortir de la misère, estiment les ONG.

A l'heure où le G8 se penche sur l'allégement de la dette des pays pauvres, c'est surtout via un commerce véritablement équitable que les Africains s'en sortiront, jugent-ils.

L'Afrique ne «veut pas se voir comme une mendiante, toujours en train de réclamer», explique le révérend Robert Aboagye-Mensah, président de l'Eglise méthodiste du Ghana, venu en Ecosse pour le sommet de Gleneagles.

»Nous voulons pratiquer la concurrence comme n'importe quelle nation (...) Si nous avons un système commercial juste et équitable, nous serons en mesure de déterminer notre avenir», estime-t-il.

Voeu pieux? Alors que l'Asie et d'autres s'imposent sur le marché globalisé, la part de l'Afrique, elle, se rétrécit comme peau de chagrin, passant de 6% en 1980 à tout juste 2% en 2002, selon la Commission Blair pour l'Afrique.

Les obstacles sont considérables. Les milliards de dollars de subventions aux agriculteurs des Etats-Unis ou de France, notamment, ont des répercussions directes et violentes sur les Africains.

Les petits producteurs locaux ne peuvent être compétitifs contre le rouleau compresseur et les prix sacrifiés des pays riches, n'arrivant même pas à vendre dans leur propre pays... Au Ghana notamment, l'afflux de riz américain subventionné vient étouffer les producteurs locaux.

Même chose avec le sucre au Kenya: les usines locales ferment face à la concurrence de l'étranger, et les petits cultivateurs doivent désormais transporter leur récolte beaucoup plus loin, d'où des bénéfices encore réduits, explique Lynette Muga, 41 ans.

Un effondrement des cours qui a poussé, selon cette paysanne, femmes et enfants vers la prostitution et hommes vers la criminalité. Les choses ont d'ailleurs bien changé: elle avait pu »faire des études grâce à l'argent du sucre, comme mes frères et soeurs», raconte-t-elle.

Les pays riches -UE, Etats-Unis et Japon en tête- consacrent 16 fois plus d'argent à leurs subventions agricoles que ce que le monde développé fournit en aide à l'Afrique, selon le rapport de la Commission Afrique.

»Nous prêchons le libre échange au Sud, et ne le pratiquons pas au Nord», dénonce Liz Stuart, d'Oxfam, en notant les barrières douanières et autres qui protègent toujours les agricultures des pays riches, alors qu'on a poussé à leur suppression chez les pauvres.

L'Afrique est perdante dans ce cycle d'échanges: pour chaque dollar que les pays riches consacrent à l'aide à l'Afrique, ils lui en retirent deux via des règles commerciales inéquitables, estime-t-elle...

Les militants de l'aide à l'Afrique jugent donc que les pays riches peuvent restructurer ces systèmes de subventions, pour aider leurs propres agriculteurs sans porter préjudice à ceux des pays pauvres.

4 juillet 2005


Source: AP / Edicom

-----------
Toute remarque et tout courrier à propos des EEM Nouvelles Internationales sont à adresser à:
"jeanphilippe.waechter at umc-europe point org"