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EEMNI - 26.10.2004   Retour à l'aperçu

En Route, fin de vie, faim d’espérance: (2) René Riesenmey

[Credits] Questions posées par le pasteur François Roux à René RIESENMEY, membre de la paroisse E.E.M. de Genève, directeur du Foyer Béthel.

Même quand ils bénéficient d’une prise en charge permanente, vos résidents sont-ils capables de prodiguer des soins et des attentions aux autres ?


Certaines personnes âgées apportent beaucoup de soins entre guillemets, d’affection et d’attention à leur entourage. Dans bien des cas, cette dimension de la relation devient cependant problématique pour des raisons de santé. Une proportion considérable des personnes que nous hébergeons souffre de problèmes de (dés)orientation. Mais quand les personnes âgées en ont les moyens, on constate qu’elles donnent beaucoup d’elles mêmes et que leur statut est malheureusement trop peu connu et valorisé.

Selon Koffi Annan, les personnes âgées sont la valeur ajoutée du monde en devenir, partagez-vous son analyse ?

Dans notre milieu, il y aurait encore beaucoup à créer à ce point de vue-là. Cette valeur ajoutée n’est pas suffisamment prise en compte. Le statut de la personne âgée est très affecté par l’image de la personne fragile, qui a besoin de soins, etc… et les autres aspects sont négligés. Dans le lieu où j’ai suivi ma formation (œuvre chrétienne comportant à l’époque une quinzaine de homes pour enfants en Suisse orientale), il y avait également une structure d’accueil pour personnes âgées, notamment des anciens collaborateurs de l’œuvre. La direction générale de l’œuvre consultait régulièrement certaines personnes en cas de prise de décision. Les personnes âgées y jouaient le rôle de conseillers à qui une longue expérience et une distance permettant de sages avis étaient reconnues. Elles étaient aussi un véritable « mur d’intercession » autour de l’œuvre. Elles étaient mises ainsi au courant d’aspects importants de la vie de l’œuvre et de certains collaborateurs, disposaient de temps pour prier et voyaient l’évolution des situations. Dans un contexte chrétien, cette dynamique était très intéressante.

Notre maison n’est pas intégrée dans un tel réseau d’institutions sociales chrétiennes, mais cela n’empêche pas certaines analogies. A une certaine période, des résidents de la maison participaient à la réunion de prière de la paroisse. Elles étaient ainsi au courant de la situation de l’église et mettaient à profit le temps dont elles disposaient pour intercéder.

Actuellement, dans les établissements médico-sociaux (ci-après : EMS), on cherche à créer des liens intergénérationnels. L’ouverture de crèches à l’intérieur des murs de certains EMS en est un exemple. Selon les échos qui nous parviennent, il s’y passe des choses intéressantes. Mais cette expérience est encore nouvelle.

Sinon, la tendance générale est à l’individualisme. On évite de solliciter autrui, par crainte de déranger ou d’être redevable à quelqu’un.
Le lien des résidents à leurs familles varie d’un cas à l’autre. Les enfants sont généralement proches de leurs parents âgés, mais certaines personnes âgées disent ne pas connaître leurs petits enfants. C’est sans doute le résultat de tensions qui n’ont pas pu être résolues… cela se produit aussi dans les milieux chrétiens, parmi des gens qui ont participé à une vie d’Eglise durant de nombreuses années.

Parmi les membres du personnel soignant, il est important que les résidents aient chacun une infirmière (un infirmier) et une aide-soignante (un aide-soignant) qui soient ses personnes de référence. Cela permet un contact plus familier et approfondi avec deux personnes de la maison. Des personnes âgées se plaignent parfois du nombre de personnes différentes qui défilent auprès d’elles. La présence de personnes de référence compense un peu cela. Celles-ci accompagnent la personne âgée tout au long de son séjour. Une confiance peut ainsi s’établir et des questions difficiles comme celles liées à la mort et à la séparation peuvent être abordées avec un peu plus de sérénité. Les personnes de référence ont aussi pour mission de maintenir les liens avec les familles. Les familles, même chrétiennes, connaissent souvent des tensions. Il ne s’agit pas d’entreprendre des thérapies familiales, mais tout de même de permettre à des personnes de se rencontrer, de se retrouver. Des témoignages nous sont parfois rendus à ce sujet lors du décès de certains résidents, oralement ou sous forme de lettres.

Concernant la mise en présence des différentes générations en dehors de la famille, cela fait partie du programme d’animation de la maison. L’animatrice est en contact avec des enseignants d’une école du quartier et, à rythme régulier (toutes les trois semaines, ou tous les mois) des groupes d’enfants viennent dans la maison pour une demi-journée d’activités où aînés et enfants sont ensemble, dessin, bricolage, échange. Cela apporte un vent un peu nouveau et, de manière générale, chacun y trouve du plaisir.

Votre souci majeur de directeur de maison de retraite, allier une gestion saine à l’accompagnement des personnes âgées empreint d’humanité ?

La gestion saine consiste pour moi premièrement dans l’adéquation du personnel. Chacun a sa façon de rencontrer les personnes âgées. Que va-t-on faire de ce qui s’est passé lors de la rencontre ? Mis en confiance, un résident raconte un certain nombre de choses. Chacun entend bien sûr avec ses propres oreilles. Qu’adviendra-t-il de ces informations ? Contiennent elles des éléments importants du projet de la personne âgée ? Le personnel soignant est généralement peu préparé à ce genre de travail. Les infirmiers sont formés pour soigner avant tout dans une perspective de guérison. Ici, on ne guérit pas… les forces des patients s’amenuisent et on finit pas mourir. La situation est différente de celle d’une unité de soins de l’Hôpital Cantonal. Mais il y a beaucoup de rencontres très positives.

Promouvoir le respect et l’écoute fait partie du professionnalisme que nous cherchons à cultiver. Les personnes du service d’entretien auront un travail très différent de celui qu’elles feraient en nettoyant les bureaux du Crédit Suisse, par exemple. Elles entreront dans la sphère intime de la personne au service de laquelle elles travaillent, tous les jours. Elles seront parmi les personnes que les résidents verront le plus souvent (plus souvent que les membres de leur famille, dans la plupart des cas). Si elles entrent dans la chambre du résident sans le saluer et prendre quelques nouvelles, elles auront mal accompli leur tâche même s’il ne reste pas la moindre trace de poussière après leur passage. Le cuisinier aussi doit régulièrement faire la tournée des tables et accueillir les remarques que les uns ou les autres pourront lui faire. Tout ceci appartient à ce que j’appelle une gestion saine et c’est un aspect du travail auquel les candidats à un poste en EMS sont généralement peu préparés.

Une maison de retraite chrétienne, et méthodiste de surcroît, apporte-t-elle un plus par rapport à l’offre générale ?

La particularité d’une maison qui se dit chrétienne est, à mon avis, d’offrir aux personnes âgées la possibilité d’entretenir et de partager une vie spirituelle. Cela peut se produire sous différentes formes. Mais ces maisons tiennent compte du fait que l’être humain ne connaît pas que des besoins physiques et mentaux, mais aussi des besoins spirituels.

Quant à l’étiquette méthodiste, ce qui me semble caractériser notre église est son esprit d’ouverture. Il est important que nous soyons prêts à accueillir toute personne souhaitant venir au Foyer Béthel, indépendamment de son origine et de son horizon culturel et religieux. Mais il est nécessaire qu’elle soit clairement informée de l’identité de la maison. Dans un processus de choix et de décision de séjour, lorsqu’une personne qui pourrait venir habiter ici n’est pas en mesure de se positionner personnellement par rapport à cette identité méthodiste et à ces valeurs, en raison de son grand âge et des problèmes de santé qui y sont liés, il est important que les membres de la famille soient d’accord avec ce genre d’accompagnement. Sinon, la porte serait ouverte à toutes sortes de tensions et de divergences qui viendraient compliquer encore une situation déjà difficile. C’est la raison pour laquelle, chaque fois que quelqu’un vient visiter la maison avec l’idée de venir s’y installer, j’insiste sur cet aspect. Il est important que ces personnes sachent où elles mettent les pieds et qu’elles adhèrent un tant soit peu à cette identité, indépendamment de leurs convictions intimes et personnelles. Quelques unes déduisent de ces éléments de notre entretien initial que cette maison n’est pas faite pour elles, et je trouve cela très raisonnable et honnête.


Source: EEMNI

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