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EEMNI - 16.10.2004   Retour à l'aperçu

France, Clermont-Ferrand: Assises du Protestantisme - Revue de presse

[Credits] La société est confrontée quotidiennement à des actes de violence. « Nous avons tous connu des situation tangentes, qu'un rien fait basculer dans la violence. Comment trouver les mots, les gestes, l'attitude éthiquement responsable, qui évitent ce basculement ?» Ces questions peuvent se poser à l'échelle de la planète comme sur un quai de métro. Et bien souvent, au fil de conflits drapés d'habillages religieux, écrit Jacques Fortier dans les DNA (voirhttp://www.dna.fr/france/20041010_DNA007545.html).

Les délégués ont réfléchi dans 6 ateliers différents à la question de la violence sous toutes ses formes. Groupes de paroles, techniques de résolution de conflits, prévention de la violence, «confrontation fraternelle » : les ateliers ont suggéré des pistes à explorer.

Le journaliste des DNA revient sur un des 6 ateliers qui s’est penché sur la violence qui éclate dans notre société. ”La question est venue dans l'un des six ateliers des Assises de la Fédération protestante de France, samedi à Clermont-Ferrand. Animé pas l'Alsacien Pascal Hickel, cet atelier s'interrogeait, avec l'aide de deux psychanalystes strasbourgeois, Serge Lesour et Claude Schauder, sur « La violence dans notre société ».

Pour tâcher de sortir de ce cycle de la violence et à le désamorcer, les protestants prônent le recours à la non-violence comme mode de règlement et adoptent dimanche matin adopter une recommandation demandant à l'Education nationale de former, «de la maternelle à l'université, à la culture de paix et de non-violence » comme l'a demandé une résolution de l'ONU.”


Concernant la fracture sociale, les protestants sermonnent l'Etat, titre Jacques Fortier dans un article publié dimanche le 10 octobre dans les DNA (voir http://www.dna.fr/france/20041011_DNA008001.html)

Au fil de leurs travaux, les assises de la Fédération protestante de France (FPF) ont voulu rappeler l'Etat à ses responsabilités.

Dans leur réflexion - très large - sur la violence, les assises de la fédération protestante se sont fixé quelques bonnes résolutions: retravailler les passages violents de la Bible, se former à la résolution des conflits, nouer des liens avec les Eglises soeurs qui souffrent dans le monde... Mais elles ont aussi, et à plusieurs reprises, interpellé l'Etat.

Dès son discours d'ouverture, Jean-Arnold de Clermont, président de la FPF, avait souligné «le découragement des travailleurs sociaux ou des associations d'entraide devant la diminution des subsides publics pour venir en aide au nombre croissant des exclus». Ce grief est revenu dans les ateliers, et a été souligné dans le texte final: les assises invitent donc la fédération «à soutenir les lieux associatifs concernés par la fracture sociale et économique où l'Etat se désengage, sans se substituer à lui, mais pour lui rappeler publiquement ses responsabilités».

La constellation protestante que représentent les assises (réunies tous les quatre ans) comprend en effet non seulement des Eglises, mais de très nombreuses associations et oeuvres qui interviennent dans le domaine social - la diaconie, en termes d'Eglise. Leurs militants ont, en termes variés, dénoncé le décalage entre les discours publics et la réalité des budgets, qui inquiète l'ensemble de la fédération.

Bernadette SAUVAGET, du journal Réforme, insiste quant à elle sur l’expérience de la diversité protestante, en donnant la parole à une des déléguées des Assises (voir http://www.reforme.net/reforme/virtuel/view.asp?RUB=actualite&ART=actualite2), Annie Delaune, déléguée de l’Eglise apostolique (pentecôtiste) «Ici, il y a beaucoup de manières d’exprimer sa foi, d’aborder le texte biblique. Chaque Eglise vit sa forme d’expression et cela me touche», résume-t-elle. «Aux assises, on prend mieux conscience des Eglises et des mouvements qui font partie de la Fédération», souligne Angelo, membre, lui, de l’Union des Eglises évangéliques de réveil. Le culte du samedi matin en a été une vivante allégorie. Alors qu’un guitariste tendance pop faisait chanter – et bouger – des délégués parfois sceptiques, des pasteurs de l’ERF, énervés, dénonçaient bruyamment «ce scandale». Mise en scène réussie, tant chacun s’est demandé, l’espace de quelques secondes : c’est sérieux ou pas ? Et Sophie Schlumberger, du service biblique de la Fédération protestante, de prendre le micro pour évoquer la confusion des premiers temps de l’Eglise et les dangers à défendre son pré carré, sa liturgie, sa théologie. Au risque de la violence…

Béatrice Sauvaget qualifie les Assises 2004 ”comme un intéressant forum qui facilite les prises de contact et les échanges et où s’opère une mise en réseau du (ou des ?) protestantisme(s) français.” Elle y voit là le succès de la formule. D’ici que les prochaines Assises prennent la forme selon les souhaits du président Jean-Arnold de Clermont d’«un congrès de réflexion commune au protestantisme », une sorte de Kirchentag à la française, il n’y a qu’un pas? ”Pourquoi pas… L’idée est probablement à creuser, même si le poids des Eglises protestantes allemandes et françaises n’est évidemment pas comparable.”

Toilettage de la loi de 1905

Les Assises permettent au protestantisme français de faire se rencontrer le protestantisme, tel est son objectif interne, mais elles sont aussi l’occasion de manifester sa visibilité à l’extérieur, d’affirmer sa place dans le débat public. Son président a donc profité de la rencontre de Clermont-Ferrand pour reprendre position sur la loi de 1905 et développer largement sa conception de la laïcité.

A la veille du centenaire de la loi de Séparation de 1905 (qui sera aussi celui la FPF), le président Jean-Arnold de Clermont a réaffirmé l'attachement des protestants à la laïcité. Mais, a-t-il ajouté, «cette laïcité de neutralité appelle une réelle intelligence du fait religieux, un refus de sa négation, une réelle liberté pour les religions de prendre leur place dans la société française, toute leur place, et non celle dans laquelle certains voudraient les enfermer».

Désobéissance civile ?

Ce rôle peut aller loin, même dans un Etat démocratique, quand se heurtent le droit et l'Evangile. Comme Mgr Hippolyte Simon, archevêque de Clermont-Ferrand, intervenu vendredi soir devant les Assises, le président de la FPF n'écarte pas, à condition de l'expliquer, la «désobéissance civile». Questionné à ce propos sur les sans-papiers, Jean-Arnold de Clermont a jugé «indécente» l'idée de regrouper dans des camps hors d'Europe les demandeurs d'asile candidats à l'entrée dans l'Union.

Dans son court message envoyé aux Assises, Dominique de Villepin, ministre de l'Intérieur, avait d'ailleurs reconnu «les divergences d'analyse et de conclusion » entre le pouvoir et les chrétiens sur la « difficile question de l'immigration illégale ». Il a assuré que son administration recherchait « des solutions équilibrées, équitables, justes ».

La Fédération protestante et son président entendent bien obtenir du gouvernement le toilettage de la loi de 1905, ne prenant pas suffisamment en compte le rôle des religions dans la société et leur dimension publique. «Nous continuerons au cours des mois qui viennent, et particulièrement pendant l’année 2005, commémorative de cette loi, de parler de son adaptation à la situation des religions en France, situation bien différente de celle du début du XXe siècle», a déclaré Jean-Arnold de Clermont, dans son discours d’ouverture.

Par ailleurs, le président de la Fédération protestante regrette, à plusieurs reprises, le retour à une laïcité de combat et même mis en cause un certain laïcisme. Réforme rapporte ses propos: «La laïcité est pour nous la garantie qu’aucune religion, ni aucune idéologie, fût-elle antireligieuse, ne sera traitée de manière privilégiée ou, si vous préférez, qu’il n’y aura aucune discrimination à l’égard de quelques religions ou idéologies qui respectent les lois de la République. Mais cette laïcité de neutralité appelle une réelle intelligence du fait religieux, un refus de sa négation, une réelle liberté pour les religions de prendre leur place dans la société française, toute leur place et non celle dans laquelle certains voudraient les enfermer», a-t-il réaffirmé. Chacun, visiblement, prend date.

Pour Béatrice Sauvaget, le document final (publié aussi par EEMNI) a suscité un réel intérêt et a satisfait.


Source: EEMNI/DNA/Réforme

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