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EEMNI - 20.01.2004   Retour à l'aperçu

France, laïcité: vif débat autour de la loi contre tout signe religieux ostensible à l'école

[Credits] Le président de Clermont (FPF) dit non au principe d'une loi

A l'image d'une majorité des responsables religieux chrétiens, le pasteur Jean-Arnold de Clermont, président de la Fédération Protestante de France (FPF) a fait ouvertement part mercredi 14 janvier de son opposition au projet de loi sur le signe religieux à l'école

Son opposition est devenue nettement plus «ostensible». Le ton monte. Il s'éleve contre toute atteinte à la liberté d’expression des convictions religieuses. «Si dans l’espace public, un athée doit cacher son athéisme, un chrétien ou un juif ou un musulman ses convictions religieuses, c’est qu’il n’y a pas d’espace public et pas de démocratie, et son corollaire que nous appelons la laïcité», a-t-il mis en garde lors de la soirée de l’Auditoire, un nouvel espace culturel protestant à Paris.

Au regard du «travail intense de réflexion» de la commission Stasi, le président de la FPF estime que «la montagne semble n’accoucher que d’une souris, un projet de loi, copié-collé d’un propos présidentiel, qui ne résout rien et dont la précipitation semble contredire la volonté affichée de dialogue et de concertation». «Et je me tais pudiquement sur les commentaires entendus jusqu’à ce jour de politiques qui n’ont qu’à la bouche des propos destinés à surenchérir dans le sécuritaire et la négation de la liberté d’expression», a-t-il ajouté.

L'Eglise Adventiste également opposée à la loi

Tout en se déclarant favorable au principe de la laïcité qui constitue bel et bien "le cadre qui rend possible le "vivre ensemble"», le pasteur Jacques Trujillo, président de l'UFA (Union des Fédérations des églises adventistes de France), a mis en garde contre toute dérive sectaire dans le pays sous prétexte de laïcité: «aucune religion, aucune idéologie ou conception politique, ne peut imposer sa vision du monde et de ses croyances. La séparation des Églises et de l'État est une bonne chose. Mais la laïcité ne peut pas, quant à elle, stigmatiser une catégorie de citoyens particuliers - et encore moins des jeunes gens ou des jeunes filles - au risque de l'exclure. Pourquoi? Parce que les principes laïques et républicains de notre pays - liberté, égalité, fratemité - ne s'imposent pas. Ils se communiquent, s'apprennent et se vivent ». « La laïcité, dont nous sommes les enfants, ne peut se satisfaire de l'interdiction légale des signes extérieurs d'une différence religieuse. Interdire pour libérer! Voilà une bien curieuse démarche! Par ailleurs, une certaine conception de l'égalité s'apparente trop à une volonté inquiétante d'uniformisation."

Parmi les moyens que la laïcité à la française s'honorerait d'employer, le pasteur Jacques Trujillo cite "'éducation, le dialogue, le respect des libertés fondamentales et des droits de l'homme, de la femme et de l'enfant, le respect et non l'occultation ou le déni des différences - (de certaines différences, car d'autres sont beaucoup plus visibles: piercing, cheveux colorés, tatouage, vêtements disparates, string, qui sont naturellement laissés au libre choix de la personne, ce qui est normal)».

Nettes réserves du côté de l'AIDLR

Aux yeux du secrétaire de la section nationale de l'AIDLR (Association internationale pour la défense de la liberté religieuse), le chef de l'Etat n'a pas tenu suffisamment compte du droit et des conventions internationales sur la liberté religieuse, quand il a prôné une loi contre les signes religieux ostensibles à l'école. A ses yeux, la France interprète les déclarations et les conventions sur le droit international de manière plutôt fantaisiste: «depuis quelques temps, dans notre société française, on est plus crédible lorsqu'on est athée, libre penseur ou agnostique que lorsqu'on est croyant. Le code de l'Éducation nationale renferme une série de textes législatifs pour réguler la vie scolaire sans que l'on ait songé à leur donner toute l'ampleur médiatique accordée au foulard islamique. Il est vrai que le voile se situe à l'intersection des trois grands thèmes perpétués dans l'histoire de la République: l'école, l'émancipation des femmes et la laïcité. Il faut aussi reconnaÎtre que l'idée d'une loi semble rassurer la majorité des français. Pourtant, il faudra attendre le vote de cette loi, ses différents décrets d'application puis la mise en pratique. Il semble que nous ne sommes pas plus capables de régler nos relations avec les croyants musulmans qu'avec les lois d'interdiction. Pourquoi? Parce que nous confondons tout simplement Islam et intégrisme en y mettant une telle passion que la raison nous fait souvent défaut... Pensez-vous qu'une fois le foulard disparu des enceintes scolaires, les jeunes filles musulmanes accepteront, en toute sérénité, de consommer une nourriture non halaj à la cantine scolaire ou que leur pudeur disparaÎtra? On s'intéresse souvent plus à la forme de certaines choses qu'à leur fond ou à leurs différentes motivations. On prend trop souvent des raccourcis dans nos analyses. N'a-t-on pas trop souvent tort par la façon d'avoir raison?»

La Déclaration sur l'élimination de toutes les formes d'intolérance et de discrimination fondées sur la religion ou la conviction répertorie, dans son article 6, une série de pratiques dont certaines ne sont pas forcément compatibles avec une laïcité française plus exaspérée par les exigences du communautarisme que par le respect de la conscience de l'individu.

Affaire à suivre!

Voir l'article de la Croix du 15-01-2004 dans son intégralité: http://www.la-croix.com/article/index.jsp?docId=1204465&rubId=4076


Source: EEMNI, La Croix, BIA

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