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EEMNI - 17.12.2004   Retour à l'aperçu

COE: conférence mondiale sur la mission et l’évangélisation annoncée pour mai 2005 à Athènes

[Credits] MISSIONNAIRE DANS SON PROPRE PAYS - INTERVIEW DE GEORGE MATHEW NALUNNAKKAL

par Friedrich Degenhardt (*)

Le compte à rebours menant à une conférence novatrice est lancé: dans six mois, des représentantes et représentants de communautés pentecôtistes et d’Eglises évangéliques rencontreront sur pied d’égalité des femmes et des hommes venus des Eglises membres du COE et de l’Eglise catholique romaine. Dans le cadre de la Conférence mondiale sur la mission et l’évangélisation, qui se déroulera à Athènes du 9 au 16 mai 2005, ils vont formuler une vision commune de l’avenir de la mission chrétienne. «Je suis enthousiasmé par les possibilités uniques d’interaction entre chrétiens venus des traditions les plus diverses», déclare George Mathew Nalunnakkal, théologien orthodoxe de la libération qui participe à l’organisation de cette conférence.

Le père George Mathew Nalunnakkal est vice-président de la Commission de mission et d’évangélisation du COE, chargée d’organiser la conférence. Il dirige un programme pour enfants handicapés mentaux (India Center for Social Changes)à Kottayam, dans l’Etat du Kerala (Inde du Sud); il est prêtre de l’Eglise orthodoxe syrienne de Malankara (Inde) ; il est aussi l’auteur de l’ouvrage «Green Liberation Towards an Integral Ecotheology» (New Delhi 1999). Il a donné l’interview qui suit à l’occasion d’un colloque de préparation à la Conférence mondiale, organisé à l’Académie missionnaire de l’Université de Hambourg. Lors de ce colloque, il a présenté un exposé d’introduction sur le thème de cette conférence : «Viens, Esprit Saint, guéris et réconcilie – Appelés en Christ à être des communautés de réconciliation et de guérison».


--- Vous êtes venu exprès de l’Inde à Hambourg pour ce colloque. Ce long voyage a-t-il valu la peine ?


Oui. J’ai été très heureux d’accepter l’invitation de l’Evangelisches Missionswerk in Deutschland (EMW) à prononcer l’exposé principal de ce colloque. En tant qu’organisateur de la Conférence mondiale d’Athènes, c’était une occasion bienvenue de me faire une idée de l’état des préparatifs en Allemagne. Je suis très impressionné par le sérieux avec lequel ce travail s'effectue, ce qui est très encourageant pour nos travaux. Par la suite, je participerai à une conférence préparatoire pour l’Asie et l’Afrique qui se tiendra à Bangalore, et je souhaite que beaucoup d’autres Eglises membres organisent de telles rencontres.

En outre, le voyage de Hambourg m’a permis d’approfondir considérablement l’étude théologique du thème de la Conférence mondiale. Tant mes études personnelles que les entretiens que j’ai eus à Hambourg m’ont aidé à me faire une idée beaucoup plus claire de ce thème. Les réactions à mon exposé m’ont fait prendre conscience d’aspects importants du thème que je n’avais pas pris en considération jusqu’ici. Pour moi qui viens de la tradition orthodoxe syrienne, les contributions de chrétiens issus des milieux pentecôtistes et charismatiques ont été très enrichissantes.

--- Lors de ce colloque, on a beaucoup souligné le fait que l’Allemagne est devenue champ de mission. Qu’en pensez-vous, dans la perspective indienne qui est la vôtre ?

Je suis très intéressé par la manière dont la situation se modifie dans le monde entier. De nos jours, on peut rester chez soi et être missionnaire. C’est là une conception de la mission qui n’existait pratiquement pas jusqu’à présent. Le fait d’«être en mission dans son propre pays» est une conséquence frappante de la modification du contexte mondial que nous connaissons.

En Inde, les défis sont similaires à ceux que l’on rencontre en Allemagne, du fait de la sécularisation avancée. Malheureusement, mon Eglise orthodoxe syrienne ne s’intéresse pas à la mission. Dans le contexte qui est le mien, être en mission consisterait à se préoccuper des dalits, des hors-caste, pour les accueillir. Au sein de la société indienne, les dalits aspirent à la libération. Cela devrait interpeller mon Eglise.

--- Choisir le Saint Esprit comme thème d’une conférence mondiale sur la mission - qu’est-ce que cela représente pour vous ?

Comme je l’ai dit dans mon exposé sur le thème de cette conférence, en tant qu’orthodoxe je considère toujours le Saint Esprit en rapport avec la Divine Trinité, ce qui peut poser un problème, notamment dans le dialogue avec les chrétiens charismatiques. Nous avons beaucoup entendu dire lors de ce colloque que la dogmatique ne joue aucun rôle. Or, pour moi, la dogmatique a un rôle fondamental.

Le fait d’isoler un aspect du Dieu Trinitaire rétrécit la compréhension de Dieu et risque de conduire à un triomphalisme chrétien. La Sainte Trinité me rappelle constamment que ce que je comprends du Père, du Fils et du Saint Esprit demeurera toujours limité. La Divinité comporte toujours plus que le Christ seul ou le Saint Esprit seul.

Dans le contexte indien, cela a des effets très pratiques sur le dialogue interreligieux. L'Esprit est bon pour le dialogue. Il me permet d'être beaucoup plus ouvert à l’égard d’autres conceptions de Dieu. Réciproquement, si les autres religions ne connaissent pas le Christ, la notion de Saint Esprit permet d’établir des liens avec elles. En outre, le discours concernant le Saint Esprit n’est ni sexiste ni anthropocentrique mais il ouvre une perspective écologique.

--- De quoi vous réjouissez-vous le plus en pensant à la Conférence mondiale d’Athènes ?

Je suis enthousiasmé par les possibilités uniques d’interaction entre chrétiens des traditions ecclésiales et théologiques les plus diverses. Il s’agit là d’une nouveauté absolue. Non seulement les Eglises membres du COE et l’Eglise catholique romaine seront représentées, mais aussi les organisations missionnaires pentecôtistes et évangéliques. Tous participeront en partenaires égaux, comme des pèlerins, à cette Conférence mondiale. C’est la première fois qu’une telle chose se passera – et de plus dans un pays où nous serons accueillis par l’Eglise orthodoxe. Il s’agit réellement d’une percée et d’un grand défi pour cette Eglise.


(*) Friedrich Degenhardt, théologien et journaliste, travaille comme vicaire détaché par l’Eglise évangélique luthérienne du nord de l’Elbe (Allemagne) au Bureau des relations avec les médias du Conseil œcuménique des Eglises, à Genève.

13/12/04


Source: Conseil oecuménique des Eglises (COE)

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