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EEMNI - 17.10.2003   Retour à l'aperçu

A l'origine du méthodisme: Wesley a pris parti pour la couronne confrontée à l'adversité

[Credits] Par John Singleton*


Alors que tout au long de cette année se déroulent des cérémonies marquant le 50e anniversaire de l'accession au trône de la reine Elisabeth, il apparaît que les prédictions annonçant la disparition prochaine de la monarchie étaient prématurées. L'opinion publique britannique a voté avec ses pieds lorsque plus d'un million de personnes ont célébré le jubilé au centre de Londres pendant deux jours consécutifs, tandis qu'un autre million de personnes participaient à des fêtes de rues et autres réjouissances dans tous les coins des Iles britanniques. La popularité de la famille royale semble, du moins pour l'instant, avoir sérieusement repris l'ascenseur au sein de toutes les classes d'âge.

Le débat sur l'avenir de la monarchie n'a certes jamais été un thème de discussion majeur des méthodistes britanniques. Leur Conférence Annuelle (CA) continue à envoyer un "loyal message" à la reine et l'hymne national du pays - "God Save our Gracious Queen" (Dieu sauve notre gracieuse reine) - figure dans le recueil de cantiques de l'Eglise méthodiste.

Et même les méthodistes les plus réservés quant aux privilèges et à la fortune de la couronne pourraient bien avoir pris part aux festivités du jubilé. Tous les prétextes sont bons pour faire la fête !

Qu'aurait pensé de tout cela John Wesley, le fondateur du méthodisme - d'autant que le monarque est aussi le chef de l'Eglise d'Angleterre? Il apparaît que, dans le contexte de son époque, Wesley fut un sujet loyal, encore que parfois critique, du roi. En certaines occasions, comme dans la question de l'indépendance américaine, sa loyauté fut partagée et il finit par changer complètement d'opinion (de partisan de l'indépendance, il devint opposant).

Mais sa loyauté fut totale lorsque le roi Georges II fut menacé par une rébellion interne. Arrivant en 1745 dans la ville septentrionale de Newcastle, Wesley y trouva la population en état de "profonde consternation", car la révolution jacobite avait éclaté et l'on avait entendu dire que les forces de Bonnie Prince Charlie - le prétendant au trône - étaient entrées dans Edinburgh, située à seulement 100 miles au nord de Newcastle, et s'apprêtaient à faire mouvement vers le sud.

En ces temps troublés, Wesley écrivit au maire de Newcastle: "Tout ce que je peux faire pour Sa Majesté, que j'honore et que j'aime - pas moins que ne le fit mon père - est ceci: Je crie à Dieu, jour après jour, en public et en privé, de mettre tous ses ennemis en déroute. Et j'exhorte tous ceux qui m'écoutent à faire de même; que partout où ils sont, ils s'efforcent d'être de loyaux sujets; car aussi longtemps qu'ils craignent Dieu, ils ne peuvent qu'honorer le Roi".

Une semaine plus tard, et alors que les murs de la ville étaient hérissés de canons et d'autres moyens défensifs mis en place pour repousser un assaut, Wesley prononça un sermon plein d'émotions devant une congrégation de Gatehead, une localité proche de la ville.

"L'après-midi, j'expliquais une partie du texte du jour - la lutte de Jacob avec l'ange" -écrivit-il dans son journal. "L'assemblée était si émue que je dus recommencer plusieurs fois et je ne savais pas comment conclure. Et nous avons crié avec force à Dieu pour que de son lieu saint, il envoie du secours à Sa Majesté le roi Georges et pour qu'Il veuille préserver encore un peu de temps un pays pécheur, pour qu'ils puissent avoir le bonheur de connaître le jour de leur visitation".

L'attaque des rebelles n'eut jamais lieu, encore qu'une bande de 1000 d'entre eux soit arrivée jusqu'à quelques miles de Newcastle.

Plus tard, Wesley eut l'occasion de rencontrer personnellement le roi; il ne fut guère impressionné par sa stature et en tira rapidement une leçon salutaire. "J'étais dans la garde-robe jouxtant la Chambre des Lords; le roi était en train de passer ses vêtements d'apparat. L'âge avait imprimé des rides profondes sur son front assombri par les soucis. Est-ce là tout ce que le monde peut donner à un roi? Autour des épaules, un manteau d'hermine, si pesant et encombrant qu'il peut à peine se mouvoir ! Et sur la tête, un gros paquet de cheveux d'emprunt, quelques lamelles d'or et des pierres brillantes! Hélas, quelle babiole est la grandeur humaine ! Et même cela ne durera pas".

Le bien-être de son successeur, le roi Georges III - dont, en novembre 1788, un accès de démence déclencha un conflit politique entre ceux qui jouissaient de ses faveurs et ceux qui poussaient à donner les pleins pouvoirs au Prince de Galles, au caractère dissolu - préoccupa fortement Wesley. Le roi recouvra ses esprits moins d'une demi-année plus tard et reprit le pouvoir le 10 mars 1789.

Une note du journal de Wesley, en date du 29 mars, indique que le fondateur du méthodisme a prêché dans le New Room de Bristol devant "une nombreuse assistance". Il ajouta: "J'ai prêché sur la maladie et le guérison du roi Ezéchias et du roi Georges, et notre joie fut grande".

On peut se demander ce que Wesley aurait dit du carrosse royal doré dans lequel la reine Elisabeth et le prince Philippe d'Edinburgh ont pris place pour se rendre du palais de Buckingham à la cathédrale St-Paul pour le grand service religieux du jubilé? Le carrosse fut mis en service à l'époque de Wesley, en 1762, lorsque le roi Georges III se rendit à l'ouverture solennelle du Parlement. Commandé par le roi, le carrosse avait coûté 7'562 livres sterling - l'équivalent de 700'000 livres d'aujourd'hui, soit plus d'un million d'Euros. La propension de Wesley à ne pas trop dépenser pour lui-même et son style de vie quelque peu austère nous permettent d'imaginer ce qu'il aurait pensé de cette prodigalité royale. Et pourtant, il se sentait à l'aise dans tous les milieux sociaux et l'on trouve nombre de gens fortunés parmi ses admirateurs et ses disciples.

Dans le contexte de son époque, il est difficile d'imaginer que Wesley n'aurait pas appuyé la stabilité et l'autorité assurées par un souverain britannique craignant Dieu. Mais, s'il était resté en Amérique, il aurait peut-être pensé différemment.

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*Singleton écrit pour le Methodist Recorder de Londres. Il est actuellement administrateur des églises et des projets méthodistes de Tower Hamlet, dans l'Est londonien. Son adresse électronique est john@towerhamlets.org


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Source: Service de presse évangélique méthodiste (UMNS)

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