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EEMNI - 14.03.2003   Retour à l'aperçu

Etats-Unis, Washington: l'évêque Talbert plaide pour la paix, s'oppose aux menées guerrières de Bush

[Credits] "Le président se comporte comme un dictateur"

Un haut responsable de l'Eglise Evangélique Méthodiste (EEM) des Etats-Unis, l'évêque Melvin G. Talbert, chargé des relations oecuméniques au sein du Conseil des Evêques méthodiste, a déclaré que George W. Bush, pourtant méthodiste pratiquant, "ne respectait pas les enseignements de sa propre Eglise". Il trouve "dérangeant que pour combattre un dictateur le président Bush se comporte lui-même comme un dictateur".

Dans une interview accordée au magazine "Newsweek", Melvin G. Talbert critique sévèrement la politique belliciste du président des Etats-Unis. Ce dernier ne cesse d'en appeler à la religion pour justifier son projet de guerre et va jusqu'à déclarer qu'il "prie pour la paix". Pas dupe, le Rvd Talbert considère que le président Bush poursuit une "claire idéologie de domination, qui ne fait partie de l'enseignement d'aucune Eglise".

Melvin G. Talbert remarque également que le gouvernement Bush opte pour la voie diplomatique en réponse à la crise nord-coréenne, alors que l'option militaire est privilégiée pour éliminer la dictature et l'armement de destruction massif en Irak. La Corée du Nord est pourtant une dictature disposant de capacités nucléaires, indique le prélat. Il rappelle également que les méthodistes n'acceptent la guerre uniquement en tant "qu'ultime moyen de légitime défense".

L'interview de Newsweek

L'évêque Melvin G. Talbert et le Président George W. Bush partagent la même foi, mais l'un prêche en faveur d'une résolution pacifique de la crise irakienne tandis que l'autre se prépare pour la guerre

Quand on l'interroge sur sa foi, Bush déclare aux journalistes qu'il ne cesse de prier pour la paix. Mais il prépare aussi la guerre. Ses propos n'ont pas manqué de déclancher de vives réactions chez un certain nombre de leaders religieux, dont les prières préfèrent se concentrer sur des solutions plus diplomatiques. Un jour plus tôt, le Pape Jean Paul II avait imploré les catholiques romains du monde entier à jeûner et à prier en faveur de la paix et envoyé une demande expresse au Président Bush. Même des membres de l'Église Evangélique Méthodiste, l'Eglise du président, ont demandé publiquement au président de donner une chance à la paix - et aux inspections en désarmement de l'ONU. Écoute-t-il ces appels? Jennifer Barrett de NEWSWEEK a parlé avec l'évêque Melvin G. Talbert, chargé des relations oecuméniques au sein de l'EEM, qui est apparu dans des spots télévisés pressant le gouvernement américain "de laisser travailler les inspecteurs". Extraits de cet interview qu'on trouve intégralité à http://www.msnbc.com/news/879601.asp

NEWSWEEK : Vous et le président partagez la même foi méthodiste. Vous avez dit qu'une attaque contre l'Irak "violerait la loi de Dieu et les enseignements de Jésus Christ" tandis que le président continue à soutenir le recours à la force, si nécessaire, pour destituer Saddam Hussein et il dit qu'il vise la paix avec cette décision. Comment l'expliquez-vous?
Évêque Melvin G. Talbert: il est clair pour nous que Bush ne suit pas les enseignements de sa propre église ou les enseignements des églises qui croient en la théorie d'une "juste guerre". Il suit manifestement une idéologie étrangère à toutes les églises que je connais. C'est une idéologie qui vise la domination, à laquelle nous sommes en totale opposition .
Notre église prend énergiquement position contre la guerre, mais apporte son soutien à ceux qui veulent s'engager dans l'armée. C'est une affaire de conscience. Il y a des moments où, si vous êtes attaqués, par exemple, vous devez vous défendre. Mais on ne doit jamais être le premier à recourir à la force, cela doit toujours être le dernier recours.

Y-a-t-il moyen de légitimer la guerre avec l'Irak à votre avis?
Personnellement, je ne désirerais la considérer légitime que si les Nations Unies soutiennent cette vue et que si nous avons épuisé tous les autres recours. Mais avant qu'on en soit là, je pense que nous n'avons pas le droit unilatéralement de nous en prendre à une autre nation pour la dominer. Si Saddam est bel et bien un dictateur, on doit se rappeler qu'il y a beaucoup d'autres dictateurs au monde. Allons-nous jusqu'à dire que nous devons renverser chaque dictateur? En fait, nous en avons un en Corée du Nord [Kim Jong Il] qui dit qu'il a des capacités nucléaires et nous n'avons pas adopté dans son cas une attitude belliqueuse, mais avons opté pour la diplomatie.

Vous a voyagé à Bagdad avec d'autres leaders religieux à la fin de l'année 1990 pour essayer d'empêcher la dernière Guerre du Golfe. Qu'est-ce qui s'est passé?
C'était une mission très éprouvante. Nous avons été au bord de la guerre. Nous avons pensé que nous réussirions à faire ouvrir les yeux des Irakiens. Nous avons reconnu qu'ils n'avaient aucunement le droit d'envahir le Koweït. Mais nous avons rencontré Tariq Aziz, [maintenant Premier ministre d'Irak] et il s'est montré très dur vis-à-vis de nous et nous a dit de rentrer chez nous et de parler à notre gouvernement. Mais nous sommes partis conscients que la guerre allait éclater parce qu'ils avaient refusé d'ouvrir les yeux.

Vous faisiez aussi partie d'une mission de paix en Irak au commencement de cette année et vous avez rencontrés de nouveau Aziz. Etes-vous partis cette fois avec de meilleurs sentiments?
Nous étions 13 dans la délégation et nous avons passé quatre jours pleins en Irak. Cette fois, nous avons rencontré un certain nombre d'irakiens - des leaders d'églises et de mosquées et plusieurs ORGANISATIONs NON GOUVERNEMENTALEs. Nous n'avons pas projeté de rencontrer des représentants gouvernementaux, mais ils ont cherché à nous rencontrer. Les responsables du Département de la Religion et du Ministère de la Santé nous ont rencontrés et également Tariq Aziz. Je ne pense pas qu'il se rappelle de notre passage en 1990 autant que nous. Il était beaucoup plus cordial et ouvert au dialogue cette fois. Il a été frustré de constater que les Etats-Unis refusaient systématiquement d'ouvrir le moindre dialogue avec le gouvernement d'Irak. Lui et les gens que nous avons rencontrés étaient heureux d'entendre d'autres voix que celles du gouvernement voulant la paix et ne voulant pas aller à la guerre.

Mais croient-ils que la guerre soit imminente?
Ils croient que les Etats-Unis sont très déterminés à partir en guerre contre eux. Ils espéraient que nos efforts pour éviter la guerre seront couronnés de succès.

Estimez-vous que vos efforts ont été couronnés de succès?
Nous avons fait certains pas dans cette direction, mais il paraît évident que notre gouvernement a arrêté sa position. C'est devenu de plus en plus clair ces derniers jours. Cependant, nous ne renonçons pas à nous battre et nous continuons à être vigilants et à dire à tous les gouvernements qui veulent bien nous entendre que nous ne pensons pas que la guerre soit la solution. Nous avons envoyé des délégations à Rome, à Londres, en Allemagne et en Russie. Nous étions en mesure de voir les responsables de ces pays. Mais notre propre gouvernement a refusé de nous voir. Ça me dérange énormément. Nous sommes une démocratie et nous parlons de la paix et pourtant notre propre gouvernement refuse d'entendre une voix discordante.
Et si nous écoutons Bush, il s'agit d'abattre la dictature d'une personne comme Saddam - Et je suis d'accord avec ça - mais il est inquiétant de voir qu'il agit comme un dictateur. Voilà ce qu'il dit au fond: j'ai arrêté ma position et je n'écouterai pas ceux qui ne sont pas d'accord avec moi.

Voyons-nous plus d'opposition parmi les leaders religieux à une attaque contre l'Irak qu'à l'époque qui précédait la Guerre du Golfe en 1991?

Oui, l'opposition est bien plus forte. J'ai parlé avec d'autres leaders religieux et nous constatons que les responsables religieux sont davantage opposés à une guerre éventuelle que jadis ils ne l'ont été deux ans après le déclenchement de la Guerre du Viêt-Nam.

Pourquoi pensez-vous constater plus de réactions chez les leaders religieux cette fois?
Il y a beaucoup de raisons. La façon dont notre nation fait usage de la force nous inquiète. Nous sommes absolument convaincus que nous avons besoin des Nations Unies et que notre gouvernement n'a pas montré de respect et n'a pas appuyé sincèrement le processus de l'ONU. Au lieu de cela, notre gouvernement contrecarre les Nations Unies. Nous croyons que nous avons besoin maintenant plus que jamais des Nations Unies.

Pensez-vous les interventions dans le pays ainsi que les appels à la prière pour la paix aient eu beaucoup d'effet sur le public - et sur le président?
Je pense que le président a été influencé. Quand il a annoncé pour la première fois qu'il allait à la guerre, son langage était tout à fait différent du sien ces jours-ci. Au commencement, il ne parlait pas du tout de recourir à l'ONU, mais dans un second temps il a parlé d'obtenir l'appui de l'ONU.
Je crois que les gens ont aussi changé. Ils ne seront pas 50 % à soutenir la guerre avec l'Irak à moins que l'ONU n'ait indiqué son intention de soutenir la guerre. Nous avons abordé cette question depuis juin de l'année dernière auprès du public. Quand nous avons commencé, ils étaient une majorité écrasante à soutenir le président. Si maintenant il va de l'avant sans l'appui de l'ONU et unilatéralement, il ira au-devant de sérieuses difficultés.

Jusqu'à quel point vous êtes optimiste maintenant et espérez-vous une résolution pacifique de la crise?
Si nous pouvions apporter notre soutien aux inspecteurs, je pense que nous pourrions continuer a désarmer petit à petit les Irakiens. Je pense que nous pouvons toujours le faire. Ils démontent les armes qu'ils ont trouvées. Je ne pense pas que nous ayons utilisé toutes nos options diplomatiques. Mais il semble bien que notre président n'est pas prêt de céder maintenant. Il continuera à se donner des excuses pour partir à la guerre. La question qui se pose maintenant semble être: quand éclatera la guerre et non si la guerre aura lieu ou non.

10 mars 2003


Source: EEMNI/APIC/MSNBC

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