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EEMNI - 06.05.2003   Retour à l'aperçu

A l'origine du méthodisme : Wesley abhorrait la "malédiction" de la guerre

[Credits] En ces temps troublés, l'engagement du mouvement méthodiste en faveur de la paix et de la justice sociale est un impératif de l'Evangile - exactement comme il l'était à son époque pour John Wesley, le fondateur du mouvement. John Singleton, rédacteur à l'hebdomadaire Methodist Recorder à Londres, revient dans les lignes qui suivent sur la position adoptée par John Wesley par rapport à la guerre. Un discours qui n’est ni déphasé ni dépassé en ces temps qui courent. (ndlr)

En un temps où il semblait ne pas y avoir d'alternative à l'usage de l'épée pour résoudre les querelles internationales - seule une poignée de Quakers criait dans le désert - Wesley s'est en fait élevé en termes énergiques contre ce qu'il considérait comme étant la pure folie de la guerre. Bien qu'on ne puisse l'appeler un pacifiste, il n'en pensait pas moins que la guerre était la "plus infecte des malédictions" qui défigurent l'humanité. Il l'a décrite comme étant la négation - voire la crucifixion - de tous les meilleurs attributs de la civilisation; elle n'est rien moins qu'une rébellion contre l'humanité et Dieu.

"La guerre est un ignoble reproche contre le nom de Chrétien - oui, au nom d'homme, à toute raison et humanité", a dit Wesley, ajoutant: Et quand la guerre éclate, Dieu est oublié. "Aussi longtemps que ce monstre se déplace de façon incontrôlée, où sont la raison, la vertu, l'humanité? Elles sont complètement exclues".

En 1758, la Guerre de 7 ans étant à son paroxysme - la France et l'Autriche se battaient contre l'Angleterre et la Prusse - les frères Wesley, John et Charles, publièrent leurs "Hymnes d'intercession pour toute l'humanité". Les lignes suivantes reflètent leur point de vue sur les conflits armés: "Nous nous lamentons sur l'aspect actuel de notre terre / Où les flots de méchancetés débordent / Où les hommes, tels des ennemis, s'entredéchirent / Dans la rage infernale de la guerre"

En 1759, Wesley marcha jusqu'à Knowle, près de Bristol, pour y voir un camp de Français faits prisonniers pendant la guerre de 7 ans. "On nous a dit qu'environ 1'100 d'entre eux étaient enfermés dans ce petit endroit, sans rien d'autre qu'un peu de paille sale pour s'y coucher, sans rien pour se couvrir, de jour comme de nuit, sinon des hardes sales et élimées, …" rapporte-t-il. "J'en ai été très affecté et ai prêché ce soir-là sur "Tu n'opprimeras pas l'étranger; vous connaissez vous-mêmes la vie de l'étranger, car vous avez été étrangers au pays d'Egypte". (Exode 23, 9)

Wesley se mit ensuite à récolter des fonds pour acheter des pièces de lin et de laine, de quoi fabriquer des vêtements, qui furent par la suite distribués aux prisonniers de guerre les plus nécessiteux. Après cela, il ne fallut pas longtemps pour que les autorités de la ville de Bristol offrent une grande quantité de matelas et de couvertures. Dès lors, des dons commencèrent à affluer en provenance d'autres régions de Grande-Bretagne. Les méthodistes avaient mis en route une réaction en chaîne de compassion.

Plus tard, lorsque les tensions avec les colonies américaines gagnèrent en intensité, Wesley écrivit à Thomas Rankin et à d'autres parmi ses pasteurs en Amérique, les suppliant d'user de leur influence en faveur de la paix. En 1776, au plus fort de la guerre révolutionnaire, Wesley rédigea son "Opportune adresse à la partie la plus sérieuse des habitants de la Grande-Bretagne au sujet du malheureux conflit entre nous et nos frères américains". Ce document montre de façon éloquente l'horreur extrême que la guerre inspirait à Wesley.

Décrivant les armées lancées l'une contre l'autre dans la bataille, il demanda: "Mais que vont-ils faire? Se tirer mutuellement des balles dans la tête ou le coeur, se poignarder ou s'étriper les uns des autres?…Pourquoi cela? Quel mal s'étaient-ils infligé les uns aux autres? Aucun, vraiment. La plupart d'entre eux sont de parfaits inconnus pour les autres. Mais il y a désaccord sur le mode de taxation. Alors ces concitoyens, enfants des mêmes parents, doivent s'assassiner les uns les autres le plus rapidement possible - pour démontrer qui a raison. Qu'est-ce là pour une argumentation? Quelle est cette méthode d'apporter une preuve? Quelle stupéfiante façon de décider de l'issue d'une controverse!"

Puis, suggérant un arbitrage impartial au lieu de l'effusion de sang, il demande: "N'y a-t-il pas d'hommes sages parmi nous ? Personne qui soit capable de juger entre frères ? Mais le frère va en guerre contre le frère, et cela en pleine vue des païens. Il y a certainement un vilain mal parmi nous. Comment les sages ont-ils perdu leur sagesse? Quel déferlement de folie et de démence qui s'abat sur nous!"

Une chose est certaine: Wesley n'était pas le genre de personne à donner des conseils en se tenant à distance, sans être prêt à les mettre lui-même en pratique. Il a constamment encouragé les premiers méthodistes à ne pas rendre coup pour coup lorsque des foules hostiles cherchaient à les intimider. Et lorsqu'il était attaqué personnellement, il a toujours cherché à garder une attitude paisible et non-violente. Il cite dans son Journal un incident - un parmi bien d'autres - qui a eu lieu en 1743, alors qu'il était en tournée de prédications dans l'Ouest de l'Angleterre.

"La populace de la ville fit irruption dans la salle et provoqua un grand désordre; ils hurlaient et frappaient ceux qui étaient sur leur passage comme s'ils étaient possédés par Légion lui-même", écrivit-il. "J'aurais volontiers demandé aux nôtres de rester tranquilles; mais ni le zèle des uns, ni la peur des autres n'avaient d'oreilles. Comme le tumulte augmentait, j'allai au coeur de la mêlée, saisis le meneur de la bande et le traînai jusqu'à la chaire. Je reçus un coup sur le côté de la tête, après quoi nous avons discuté jusqu'à ce qu'il devienne de plus en plus conciliant et finalement commence à calmer ses compagnons".

Aune époque où l'arrivée de demandeurs d'asile des pays plus pauvres continue à confronter les gouvernements et les églises d'Europe occidentale à des choix difficiles en termes de vies humaines, nous pouvons nous rappeler la manière dont Wesley fut un ami pour l'étranger dans son pays.

Après tout, ne dit-on pas que les méthodistes sont les amis de tous et les ennemis de personne?

Même si la guerre en Irak appartient maintenant au passé, l'exemple de Wesley ne peut qu'encourager les méthodistes. (ndlr)


Source: Service de presse évangélique méthodiste (UMNS)

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