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EEMNI - 28.02.2003   Retour à l'aperçu

Oscar Bolioli retourne en Uruguay prend la direction de l'Eglise Méthodiste

[Credits] Quand le pasteur Oscar Bolioli était encore président de l'Église Méthodiste de l'Uruguay dans les années 70, le régime militaire alors à la tête du pays avait essayé de l'expulser, parce que l'Eglise apportait son soutien aux familles de prisonniers politiques et pour son engagement en matière de droits de l'homme.

Finalement, vers la fin de son mandat, il est parti aux Etats-Unis, sachant qu'il serait en danger une fois qu'il aurait quitté son poste de dirigeant d'église.

Mais maintenant, après 22 ans passées au sein du Conseil National des Églises américaines, le pasteur âgé de 68 ans retourne dans sa patrie. En mars, il redevient président de l'Église Méthodiste de l'Uruguay, une position semblable à celle d'évêque mais exercée à titre bénévole. Cette fois, il ramène deux décennies d'expériences en matière ecclésiale comme sur les questions sociales en Amérique centrale et Latine et dans les Caraïbes.

Bolioli était encore un adolescent quand il s'est engagé personnellement dans l'Eglise; il a suivi plus tard des études théologiques dans le cadre de l'Union Theological Seminary à Buenos Aires, Argentine. Il était engagé dans le mouvement oecuménique, au moment du coup d'état militaire en 1973 en Uruguay. "Nous, comme pays, nous n'avions jamais connu cette expérience, nous n'avons donc pas su comment agir dans une situation de non-droit," s'est-il rappelé.

Avec un grand nombre de pasteurs et de laïcs méthodistes jetés en prison, Bolioli s'est trouvé "au milieu d'une situation critique"; il a fait de son mieux en tant que président de la dénomination de 1974 à 1979; à la tête de l'Eglise, il a veillé à l'accompagnement spirituel des prisonniers politiques et à la protection de leurs familles. Des églises américaines ont soutenu la cause des méthodistes uruguayans, a-t-il dit, mais le gouvernement militaire n'a pas été sensible aux pressions et la situation a peu évolué.

"Au cours de ce temps d'oppression, nous étions la seule Eglise qui a osé se confronter au gouvernement pas ou lui exprimer son désaccord," a-t-il ajouté.

Quand il est arrivé aux Etats-Unis, il a pensé qu'il pourrait prendre en charge une congrégation, mais il a décidé de travailler pour le compte du Conseil des Églises de New York. Après avoir constaté l'impossibilité pour lui de retourner en Uruguay, il est devenu le directeur du du département d'Amérique Latine et des Caraïbes du Conseil National des Églises (NCC) et du Church World Service, son agence humanitaire, en 1981. Il est resté 18 ans à ce poste avant de devenir le secrétaire général associé du NCC pour les relations internationales. Il s'est retiré de l'agence en février dernier.

Bolioli a dit qu'il avait rapidement découvert que quelques programmes d'aide en Amérique Latine étaient détournés des buts initiaux fixés par le NCC et le CWS. Au Chili, par exemple, l'aide humanitaire du CWS a été utilisée pour importer des Volvos et des télévisions en couleurs pour les officiers d'Augusto Pinochet, le dictateur du Chili.

Il a consacré cinq ans au démantèlement de tous les bureaux du CWS à travers l'Amérique Latine et au démarrage de nouveaux programmes, qui soient cette fois initiés et contrôlés par les gens du pays: les bénéficiaires du programme comme les donateurs assis autour de la même table décident conjointement de l'usage de l'argent.

Le travail de Bolioli au cours de sa carrière au sein du NCC n'est pas parti inaperçu des leaders d'église à travers l'Amérique Latine.

Le pasteur Bruce Robbins, directeur de la Commission évangélique méthodiste sur l'unité chrétienne et les relations interreligieuses, en a témoigné lors d'une célébration du ministère de Bolioli par le Conseil cubain des Églises en février dernier.

"Une personne après l'autre a parlé du rôle important qu'Oscar a joué et joue encore, depuis 1964," a-t-il dit. "Oscar a commencé à établir les relations toujours encore en place aujourd'hui."

Bolioli lui-même considère avoir contribué à faire naître à travers son engagement au sein du NCC et du CWS un nouveau modèle de relation entre les églises du Sud et les églises du Nord; l'aide humanitaire apporte la réconciliation en Amérique Latine, au même titre que l'engagement en faveur d'un accord de paix au Guatémala, au même titre que la création d'un réseau en Amérique Latine pour traiter de la question des enfants de la rue ainsi que les démarches entreprises pour le retour d'Elian Gonzalez à Cuba.

Et il n'a jamais oublié l'Uruguay. Par l'intermédiaire de son bureau NCC, Bolioli a aidé des membres et bien d'autres à élucider le mystère des quelques 165 Uruguayens disparus entre le coup militaire 1973 et la restauration de la démocratie en 1985.

Bien qu'il n'y ait plus de dictature, il a dit devoir faire face à une nouvelle forme de tyrannie en Uruguay: la tyrannie économique. Le gouvernement ne tue pas les personnes, a-t-il expliqué, mais les tue par la faim. La corruption et le détournement des fonds ont "développé un épouvantable sentiment de frustration chez les gens."

Le gouvernement ne sait pas comment aborder la crise économique, selon Bolioli. Un leader politique lui a dit récemment que l'Eglise était la seule institution qui ait encore la confiance des Uruguayens, a-t-il dit.

Quoique petite, avec environ 20 congrégations, l'Église Méthodiste a gagné la confiance des gens à cause de sa forte présence dans la société. Il espère profiter de cette confiance pour instruire à la fois les laïcs et le grand public "dans ce que nous appelons la foi et la citoyenneté"; il s'assurera qu'ils soient parfaitement informés sur la crise économique. Avec l'aide financière du Conseil Oecuménique des Églises (COE), l'église projette d'accueillir cinq ou six séminaires d'études cette année.

A un niveau plus pratique, l'Église Méthodiste, avec l'appui de la Commission d'entraide de l'EEM (UMCOR), a mis en place des soupes populaires en Uruguay l'été dernier après l'écroulement du système bancaire. Vers la fin de l'été, les cuisines alimentaient 8,000 personnes et Bolioli est en pleine négociation avec l'UMCOR pour la mise enplace d'autres programmes d'assistance économiques.

La situation économique de l'Uruguay a aussi généré de sérieux problèmes psychologiques au sein de sa population. "Les bourgeois se sont appauvris en moins de trois mois et ils ne savent pas comment être pauvres," a-t-il expliqué.

Le pasteur espère que la dénomination pourra aider à remplir le vide moral que la crise économique a créé et s'est donné pour objectif une croissance de l'Eglise de l'ordre de 10 % de membres tous les ans.

La femme de Bolioli, Stella, est aussi native de l'Uruguay et sur le point de partir à la retraite cette année de la Commission de la mission et de la diaconie à New York. Mariés depuis presque 43 ans, ils ont quatre enfants et sept petits-enfants.

Le 27 février 2003


Source: Service de presse évangélique méthodiste (UMNS)

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