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EEMNI - 08.03.2002   Retour à l'aperçu

Etats Unis: l'implication spirituelle de George W. Bush fait la une du «Newsweek» et du "Courrier International"

[Credits] George W. Bush et Dieu s’entendent comme larrons en foire, aux dire du magazine «Newsweek». L’hebdomadaire américain souligne sur son site Internet la place grandissante de la spiritualité à la Maison-Blanche. Le magazine français Courrier International adapte dans sa dernière édition ce même article. Rappelons que le président Georges W. Bush revendique son appartenance à l'Eglise Evangélique Méthodiste (EEM). Nous faisons ci-dessous la synthèse de ces deux articles: «Dieu m’a montré la voie...»Église et Président ou «Dieu m’a montré la voie...»

Après plus d'un an en fonction, Bush s'ouvre davantage sur ses convictions religieuses - et leur influence sur son travail

"l'Amérique est une nation guidée par la foi," voilà ce que disait un Président Bush très inspiré à une foule d'étudiants chinois pendant sa visite à Beijing. "Quatre-vingt-quinze % d'Américains affirment croire en Dieu et je suis l'un d'entre eux." C'était la dernière fois qu'il a témoigné publiquement de sa foi depuis qu'il a mené campagne dans le Sud Profond.

IL A EXPLIQUÉ COMMENT, quand il avait rencontré le Président Jiang Zemin pour la première fois à Shanghai il y a quelques mois, "je lui ai dit comment ma foi avait transformé ma propre vie et comment la foi contribue à la vie de mon pays." Cette fois, il a fait pression sur Jiang pour pouvoir rencontrer le Dalaï-lama du Tibet et l'ambassadeur du pape, le nonce papal.
Pour quelques politiciens, professer sa foi ou aller à l'église le dimanche font partie des rites obligatoires d'une campagne: cela semble une bonne chose, mais le coeur n'y est pas. L'évocation par Bush de sa propre rédemption lui a certainement fait gagner des voix dans le "Bible Belt" lors des élections présidentielles de l'an 2000. Son parler du Sud un peu traînant lui a été favorable. Mais Bush ne s'est pas plié seulement au devoir religieux, comme quelques cyniques l'ont prétendu. Sa foi est très réelle et influence profondément sa présidence.

Si Bush a grandi au sein de l'Eglise Episcopale, il n'a été gonflé à bloc dans la religion que tardivement. Son copain pétrolier Don Evans, à présent ministre du Commerce, l'a amené un jour dans une classe d'étude biblique pour hommes à Midland, Texas. Peu après son mariage, Bush a rejoint l'Eglise Méthodiste avec sa femme, mais n'a pas été à proprement parler un homme pieux. Aux dires d'un paroissien, ... Bush actionnait le chrono de sa montre chaque fois qu'un pasteur particulièrement prolixe commençait à prêcher. Un petit signal sonore se répercutait à travers la pièce au moment où commençait le sermon.
Une fois qu'il a eu des gosses et renoncé à boire, Bush a commencé à prendre sa foi plus au sérieux. Il n’est devenu «croyant et pratiquant» que depuis 1985. A quarante ans, W. découvre en effet l’existence de Jésus lors d’un «entretien à coeur ouvert avec le révérend Billy Graham». Bush rappelle avec lyrisme cet épisode dans son autobiographie: «Le révérend Graham a semé dans mon coeur les graines de la foi... C'était le commencement d'une nouvelle vie où je remettais mon coeur à Jésus Christ."
Courrier International (voir http://www.courrierinternational.com/actual/hebdo.asp) rappelle que ce «moment christique» est le réel tournant de sa vie. Dès lors, il oublie ses penchants alcooliques et revient, pétri de bons sentiments, vers sa famille. Entrant en politique en 1994, Bush use à fond de ses préceptes religieux pour qu’ils lui «dictent sa conduite dans le marigot de la politique américaine». A coups de «conservatisme compassionnel», W. séduit l’Amérique puritaine et devient président des Etats-Unis.
Les convictions religieuses de Bush sont directes. Quand on lui a demandé pendant la campagne 2000 quel était son philosophe politique préféré, il a répondu Jésus Christ, parce qu'"il avait changé mon coeur." Pour Bush, la politique et la religion sont entremêlés. Ce n'est pas une coïncidence si la personne qui lui écrit ses discours, Mike Gerson, soit un chrétien conservateur. W. semble, regrette le Courrier International, et c’est peu dire, oublier la nature laïque de son poste à la tête des Etats-Unis... Il déclare sans gêne: «Notre pays n’a jamais eu de religion officielle. Pourtant, nous avons tous été témoins depuis le 11 septembre du pouvoir de la foi qui nous a permis de surmonter les blessures et les pertes infligées à notre pays.» Vous en entendez des échos presque chaque jour dans la guerre menée contre le terrorisme. Il y a du bon et il y a du mauvais. Il y a "des scélérats". Pas un moment donc où le président se départit de sa rhétorique religieuse manichéenne, dénonçant dans tout ennemi le mal qui rôde.
Qu’il soit en visite en Chine ou en Europe, le président américain ne se défait jamais de sa rhétorique politico-religieuse. Car George W. Bush est fier d’être un croyant... ... Le président est un homme très religieux. Il va même jusqu’à prier dans une salle attenante du bureau ovale avec ses hôtes. Le dernier en date, le président macédonien Boris Trajkovski, (ndlr, lui-même responsable laïc de l'Eglise Evangélique en Macédoine) se rappelle s’être «agenouillé avec W. Bush, avant de joindre les mains et de prier» en mai dernier. ...
Depuis le 11 septembre, la Maison Blanche a cherché davantage que par le passé à montrer le président en prière. Les temps appellent à la foi spirituelle, estime-t-on. D’ailleurs, «demander au président de réfréner sa religiosité serait comme lui demander de parler anglais parfaitement. Ce ne serait pas naturel.» Quand l'avion-espion américain EP-3 a été cloué au sol en Chine l'année dernière, Bush a demandé si l'équipage avait deux choses: accès à des Bibles et la liberté de faire de l'exercice physique. Pour Bush, ce sont là deux choses de première nécessité dans son existence quotidienne.
On a appris récemment que lui et son Cabinet faisaient une prière avant leurs réunions. De la même façon à Camp David, Bush invitera aléatoirement un de ses employés à rendre grâces au dîner. Souvent, il choisira Kathleene Card, ... La chapelle Evergreen à Camp David est devenue le nouveau foyer spirituel de Bush, quoiqu'il prend aussi le temps de communier au téléphone avec Kirbyjon Caldwell, le pasteur de Houston qui lui a donné la bénédiction inaugurale. La plupart du temps, la prière de Bush est privée. Pas un instant de sa vie privée ou publique, depuis qu’il a été élu à la Maison-Blanche, où W. ne s’en remette à la Bible, son livre de chevet. Il dit qu'il lit la Bible chaque jour. La foi est entrée effectivement au sein du bureau ovale. Le président «fait précéder d’une prière chaque réunion du cabinet». Il prie pour être guidé depuis le Bureau ovale - maintenant plus que jamais.

Quelques libertaires civils s'inquiètent que la séparation entre l'Eglise et l'Etat s'érode sous George W. Bush. Son initiative préférée, les oeuvres de charité soutenues par la foi, disent-ils, efface cette ligne de démarcation. Ils élèvent aussi une objection au fait, que le Procureur Général John Ashcroft, qui est pentecôtiste (oui, ceux qui parlent en langues et ne dansent pas, note Neewsweek) tienne une réunion de prière quotidienne dans son bureau.
La scène se passe à Pékin dans une pièce muni d'un grand plafond. George W. Bush s’avance, solennel, et déclare devant un parterre d’étudiants chinois athées tel un prédicateur inspiré du haut de sa chaire: «La foi nous structure moralement et nous enseigne à respecter nos valeurs, à aimer et aider notre prochain ainsi qu’à vivre notre vie de manière responsable.» a-t-il dit aux étudiants chinois forts à l'aise. Son auditoire- la plupart des étudiants ne connaissent aucune religion - n'a pas semblé particulièrement touché par l'Esprit. Mais le président l'était manifestement - et a voulu que nous tous le sachions, déclare le journaliste de Newsweek. Pour le Courrier International, «l’audience médusée semblait peu émue par la force spirituelle du message d’un président américain métamorphosé, le temps d’un discours, en pasteur méthodiste».
De l’«axe du mal» aux prières qui génèrent le bien, le Courrier International en conclut avec ironie que les Américains sont menés aujourd’hui par un pasteur qui se prend désespérément pour le président des Etats-Unis.

27 février 2002


Source: Newsweek

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