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EEMNI - 24.06.2002   Retour à l'aperçu

Suisse, Bâle: Conférence annuelle 2002 - Prédication lors du culte d'ordination: Evêque Heinrich Bolleter

[Credits] Texte: 1 Corinthiens 8, 6
"Il n'y a pour nous qu'un seul Dieu, le Père, de qui tout vient et vers qui nous allons, et un seul Seigneur, Jésus Christ, par qui tout existe et par qui nous sommes."

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La version allemande du thème de la Conférence - une source et de nombreuses fontaines - incite à une variété d'associations et de développements intellectuels. La version originale française s'intitule Source, Ressources et Ressourcement. A partir de là, tout s'éclaire: il s'agit de notre spiritualité, de cet élément central dont nous vivons. Pour utiliser une image: il ne s'agit pas de l'architecture de la fontaine. Il s'agit de la question toute simple: As-tu de l'eau? Es-tu raccordé à la source? Ou encore: Il ne s'agit pas de savoir combien d'essieux a ta locomotive ou combien de wagons sont accrochés au train de ta paroisse. Il s'agit de la question centrale: es-tu branché sur le courant?

Dans son livre "La nouvelle Réforme - 95 thèses sur l'avenir de l'Eglise" (version allemande: Kreuzverlag 2001, 346 p.), Klaus Douglass déplore qu'on ne parvienne plus guère, dans les églises à des points de vues communs; chacun bricole sa propre vision. Douglass écrit: Demande à 100 pasteurs quelle est leur ecclésiologie et tu reçois 100 réponses différentes. Moi je dis: si chaque pasteur voulait écrire 346 pages pour développer ses thèses sur la nouvelle Réforme, nous serions noyés dans les bons conseils et rien ne changerait.
Ce n'est pas la question des concepts qui est au centre de la question quant à l'avenir de l'Eglise, mais la question de la spiritualité.
La question quant à notre spiritualité est la question portant sur notre relation avec la source, de notre proximité de la source.
"Il n'y a pour nous qu'un seul Dieu, le Père, de qui tout vient et vers qui nous allons, et un seul Seigneur, Jésus Christ, par qui tout existe et par qui nous sommes".


1. Nous vivons et nous survivons grâce à cette source unique


C'est l'affirmation fondamentale de la Réforme: Solus Christus, Christ seul!
Plus notre spiritualité est marquée par le Christ et son message, moins nous avons à craindre de perdre la direction et le but dans la confusion du temps présent. Parce que nous vivons à partir du centre, le Christ, nous ne cherchons vraiment pas à nous isoler craintivement par rapport aux autres. Ancrés au centre, nous pouvons rencontrer ces autres dans un climat de liberté. C'est pourquoi nos paroisses ne sont pas des cercles fermés de croyants de stricte obédience et de fidèles baptisés comme il se doit; elles sont une assemblée de personnes qui croient et qui cherchent. C'est précisément parce que la communauté de l'Eglise vit en Christ seul, qu'elle peut être ouverte à tous les êtres humains. Parce que nous connaissons le Christ et savons qu'un jour tous les genoux devront se plier devant lui, nous pouvons regarder droit dans les yeux, posément, tous ceux qui évoquent la fin de l'Eglise.
Notre avenir, notre ouverture l'un vers l'autre et vers les autres dépendent de notre proximité de la source. Cela veut dire: l'avenir et l'ouverture de notre Eglise ne sont pas seulement une question de buts, de méthodes et de stratégies, mais avant tout une question quant à notre spiritualité. Es-tu proche de la source?


2. A qui appartient la source?

Le domaine religieux est aujourd'hui largement subordonné à l'individualisme. Certes, quand nous affirmons: chacun a accès à la source, nous sommes tout à fait dans la ligne du sacerdoce universel. Le problème commence là où chacun estime qu'il possède la source et s'arroge le droit de n'amener l'eau qu'à son moulin. C'est ainsi que se crée, d'en bas, un nouveau cléricalisme; celui qui veut toujours avoir raison et aspire à posséder et dominer, enfonce un coin destructeur dans chaque communauté.
A qui appartient la source? La réponse la plus simple est qu'elle appartient à Dieu seul. Personne ne peut la monopoliser ou revendiquer le droit de l'interpréter ou la commercialiser.
Nous avons aujourd'hui dans les Eglises un problème d'autorité. La question de l'autorité dans l'Eglise n'est pas une question de hiérarchie ou de démocratie, mais bien une question de spiritualité, donc de proximité de la source.
Christ dit: "là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d'eux". Cette communion avec le Christ détermine l'essence de l'Eglise. La communauté néo-testamentaire se développe à partir de la communion, du dialogue en présence du Christ. Le mystère de la foi, Jésus Christ, n'est donc pas confié à un individu, mais toujours à une communauté de croyants. La question de l'autorité dans l'Eglise n'est pas une question de hiérarchie ou de démocratie, c'est une question de spiritualité, donc de proximité par rapport à la source et de communion en présence du Christ.

L'Eglise Méthodiste conçoit, elle aussi, l'autorité dans l'Eglise comme dialogue en présence du Christ. C'est pourquoi nous nous réunissons en Conférences de circonscription et en Conférences Annuelles. Nous ressentons parfois ces conférences comme des contraintes structurelles importunes et ne percevons pas leur relation avec le Nouveau Testament.
A qui appartient la source? La question de l'autorité dans l'Eglise est aujourd'hui une question vitale. Nous trouvons la réponse à cette question au travers de la spiritualité.

"Il n'y a pour nous qu'un seul Dieu, le Père, de qui tout vient et vers qui nous allons, et un seul Seigneur, Jésus Christ, par qui tout existe et par qui nous sommes".


3. Il faut se baisser pour puiser à la source


Nos pasteures et pasteurs, comme aussi nombre de collaborateurs et collaboratrices de nos paroisses, sont soumis aujourd'hui à une intense pression; ils et elles se doivent de réussir. Les demandes de départ en retraite anticipées ou encore de mise au bénéfice d'un temps partiel indiquent que nous ne pouvons que difficilement nous soustraire au stress. L'un de nos pasteurs EEM, lui aussi stressé, a déclaré à sa paroisse: pendant le culte, vous avez prié pour tout et tout le monde, mais il ne vous est jamais venu à l'idée de prier pendant le culte pour moi et ma famille. La pression du succès nous oblige à être des femmes et des hommes debout et nous ne voudrions pas être vus courbés. Mais qui veut puiser à la source doit se baisser.
Dans un petit groupe de partage sur notre spiritualité, un collègue du Conseil des évêques nous a confié: "I need a disciplined openness to God". J'ai besoin d'une ouverture vers Dieu consciente, disciplinée. C'est la pièce maîtresse de la spiritualité.
Il faut se baisser pour puiser à la source. La spiritualité nécessite une discipline spirituelle.

Le fait de devoir se baisser vers la source pour pouvoir y puiser est à l'opposé de l'arrogance spirituelle. A l'époque des diligences, trois classes différentes étaient offertes aux voyageurs. Le billet de première classe signifiait que l'on pouvait rester assis dans la diligence quoi qu'il arrive. Que la diligence soit embourbée ou qu'il y ait un essieu cassé, on pouvait rester à l'abri du compartiment, car on avait un billet de première classe. Le billet de deuxième classe signifiait que l'on pouvait rester assis jusqu'à ce que survienne un problème; il fallait alors sortir et attendre au bord de la chaussée que le problème ait été résolu. Le billet de troisième classe signifiait que quand un problème surgissait, il fallait descendre et aider à sortir la diligence de l'ornière. Cela décrit exactement la relation de nombreux membres et amis à l'égard de l'Eglise. Quelques-uns croient qu'ils possèdent un billet de première classe; ils viennent à l'église pour recevoir, mais pas pour prendre leur part des charges. La plupart croient qu'ils ont un billet de deuxième classe; c'est à dire que dès que surviennent des problèmes, ils se muent en spectateurs. Et puis, il y a les fidèles en troisième classe: ils retroussent leurs manches et font la vaisselle.
Qui est proche de la source, qui est proche du Christ, voit que le Christ a choisi, non pas un billet de première - qui pourtant lui serait revenu de droit - mais un billet de troisième classe. Le Fils de l'homme est venu pour servir et donner sa vie en rançon pour une multitude. Qui veut être proche de Jésus prend un billet de troisième classe. Je suis en faveur de l'engagement dans la paroisse en fonction des charismes. Mais veillez bien à ce que l'engagement en fonction des charismes ne dégénère pas en une église à trois classes. Qui veut puiser à la fontaine, doit se baisser. Notre spiritualité donne le ton de la culture de la communauté.

"Il n'y a pour nous qu'un seul Dieu, le Père, de qui tout vient et vers qui nous allons, et un seul Seigneur, Jésus Christ, par qui tout existe et par qui nous sommes".



4. La source qui ne tarit pas


Une question qui se pose avec toujours plus d'acuité est celle de la vocation. Notre conception du ministère pastoral part du principe que cette vocation vaut pour toute la vie. Aujourd'hui, beaucoup de jeunes gens refusent cette notion. Ils sont marqués par une culture qui ne laisse pas de place aux plans à long terme. On exige mobilité et flexibilité. Il y a peu, mon secrétaire m'a surpris en me faisant constater qu'il travaille au secrétariat depuis 10 ans. Et il a aussitôt ajouté qu'un collègue, avec lequel il voyage pour se rendre au travail, a trouvé assez extraordinaire qu'une personne jeune reste 10 ans à la même place. Je sais qu'il y a là derrière une vocation qui s'est affirmée avec le temps.
Faudrait-il, en matière de vocation, nous adapter et surfer sur la crête des vagues culturelles ? N'est-ce pas plutôt une question qui interpelle notre spiritualité ?
La spiritualité est proximité de la source qui ne tarit jamais. La spiritualité s'oriente par rapport à la fidélité de Dieu.
La fidélité de Dieu n'est pas une simple idée. Preuve en est le fait qu'elle reste vivante de génération en génération. Aujourd'hui, notre vécu de chrétiens et notre piété sont trop souvent déterminées par l'instant présent et les sentiments. Ne faudrait-il pas poser, à côté de ces instantanés, la nuée des témoins qui ont puisé à la source et y ont reçu force et joie ? Il y a un potentiel spirituel plus important que celui que nous percevons en ce moment.
Tout ceci est important pour le pasteur, la pasteure en tant qu'accompagnant dans les situations limites de la vie. Il est alors bon de connaître une source qui ne tarit pas.
"Il n'y a pour nous qu'un seul Dieu, le Père, de qui tout vient et vers qui nous allons, et un seul Seigneur, Jésus Christ, par qui tout existe et par qui nous sommes".


5. De l'eau vive - un jaillissement contre la mort


Ceux et celles qui, malgré les déceptions et leurs propres échecs, gardent espoir, parce qu'ils croient et espèrent en la puissance du Christ, sont finalement des étrangers dans ce monde. Ils deviennent des signes d'espérance en un nouveau ciel et une nouvelle terre. Ils deviennent signes prophétiques de la vie contre la mort.
La proximité par rapport à la source, notre spiritualité donc, nous donne la force de nous dresser contre les structures de mort dans ce monde.
Il est intéressant que Marie, aussi bien que Pilate, aient trouvé place dans le Symbole des Apôtres. Pilate représente les puissants de ce monde, ceux qui ne cessent de poursuivre la construction de structures de mort. Et Marie, qui a été prête à faire place au Christ dans sa pauvre vie.
Pilate nous est montré comme le prototype de celui qui s'adapte à l'opinion majoritaire et aux contraintes du système. Nous voyons que la tendance actuelle mène la société vers l'abîme. Déjà, nous récoltons les fruits de l'injustice. Par notre silence consentant, nous remettons en question la source d'où jaillit la vie contre la mort.
La spiritualité, la proximité de la source, font place au Christ et élèvent une voix prophétique contre les conditions régnantes. La résistance et la souffrance avec les plus pauvres de ce monde n'apportent évidemment ni la richesse, ni le succès, mais renforcent notre aspiration à atteindre l'eau vive.

"Il n'y a pour nous qu'un seul Dieu, le Père, de qui tout vient et vers qui nous allons, et un seul Seigneur, Jésus Christ, par qui tout existe et par qui nous sommes". Abordons donc les questions relatives à notre mission et à notre ministère, les questions sur l'avenir de l'Eglise, les questions sur la justice et la paix, à partir d'une spiritualité profonde, de la proximité de la source. En présence de tant de donneurs de conseils, n'oubliez pas la source éternelle et puissante de votre spiritualité: "solus Christus".

Amen

© Eglise Evangélique Méthodiste - Evêque Heinrich Bolleter


Source: EEMNI

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