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EEMNI - 29.07.2002   Retour à l'aperçu

Visite du COE dans la Corne de l'Afrique

[Credits] De retour d'une visite oecuménique de 16 jours, avec un programme très chargé, dans la Corne de l'Afrique et en Tanzanie, le pasteur Konrad Raiser, secrétaire général du Conseil oecuménique des Eglises (COE) souligne la complexité des relations interreligieuses dans la région et déclare qu'il faut "les prendre beaucoup plus au sérieux" que la communauté oecuménique internationale ne l'a fait jusqu'à présent.

"Nous ne pouvons pas nous contenter d'exprimer nos préoccupations à l'égard du fondamentalisme musulman sans admettre qu'il existe aussi un fondamentalisme chrétien", déclare le pasteur Raiser. Il souligne que les chrétiens acceptent trop souvent l'idée reçue que leur rôle consiste à "contenir ou repousser" l'influence musulmane, mais que cela ne fait qu'inciter les deux parties à poursuivre leur lutte pour gagner du terrain et de l'influence.

La visite de la délégation du COE avait pour objectif principal d'examiner les causes profondes du conflit. "Nous devons prendre nos distances à l'égard de la théorie selon laquelle c'est «l'injustice» qui constitue cette cause profonde". Il est d'avis que les questions politiques, la lutte pour le pouvoir, l'accès aux ressources naturelles, y compris la terre et les ressources minières, l'identité ethnique et religieuse, le militantisme religieux, le vide juridique et l'impunité sont au coeur des conflits que la région connaît actuellement. "Voilà les causes plus profondes et plus précises de la violence et de l'injustice", déclare-t-il. "Tandis que l'édification de la paix doit prendre en compte l'injustice, nos stratégies doivent être plus affinées et considérer les causes véritables. Dans la perspective de «Priorité à l'Afrique» et de la Décennie «vaincre la violence», c'est dans cette direction que le COE doit aller."

Situation inquiétante en Erythrée


La délégation oecuménique conduite par le pasteur Raiser a terminé sa visite en Erythrée. Le secrétaire général a fait part de sa "vive préoccupation" à l'égard de la situation de ce pays. "A première vue, l'accord entre l'Erythrée et l'Ethiopie est accepté, les frontières sont reconnues, la mission des Nations Unies se poursuit et les deux gouvernements semblent collaborer", fait-il observer. "Mais pour les gens qui étaient impliqués dans la guerre, cet accord est de pure forme. Leur haine et leur profonde désillusion réciproques sont encore loin d'être surmontées."

M. Raiser est troublé par l'attitude du gouvernement érythréen à l'égard de sa population et de toute critique de sa politique. Qualifiant cette attitude de "mentalité de guerre perpétuelle qui se nourrit de la présence d'ennemis", il craint que l'Erythrée ne présente un nouvel exemple d'un mouvement de libération incapable de passer de la stratégie militaire à une politique gouvernementale responsable. "Avec cette mentalité d'assiégés qui voit des conspirations partout, les gens ne pourront pas vivre en paix les uns avec les autres."

Toutefois, M. Raiser souligne que tant en Ethiopie qu'en Erythrée, les efforts de rapprochement entre responsables religieux donnent de bons résultats. "Il est encourageant de voir avec quelle facilité les responsables chrétiens et musulmans entretiennent des rapports", déclare-t-il. "Ils font aussi de grands efforts pour faire adopter cette attitude aux populations."

M. Raiser salue le rôle de l'Entraide norvégienne des Eglises (Norwegian Church Aid) pour favoriser les efforts de paix oecuméniques. Il souligne toutefois que la communauté internationale devra accorder une plus grande attention à l'aide aux personnes déplacées dans le pays, qui ne peuvent compter que sur les secours des organisations non gouvernementales. Les membres de l'Action commune des Eglises (ACT) ont été très actifs dans ce domaine. "Le moment viendra", déclare M. Raiser, "où nous devrons envisager de passer des «secours d'urgence» à une stratégie de reconstruction."

Pas d'espoir de paix sans la collaboration de la population


La délégation s'est également rendue au Soudan du Nord et du Sud et a rencontré des représentants du gouvernement de Khartoum, de l'Armée populaire soudanaise de libération (SPLA), des Eglises et de la société civile.

Alors que les deux parties sont en train de négocier sous l'égide de l'IGAD (Inter-gouvernmental Authority on Development), le pasteur Raiser souligne que les gens que la délégation oecuménique a rencontrés dans le Sud lui ont affirmé que "tant que l'accord de paix ne portera pas sur les rapports entre la religion et l'Etat et sur le droit à l'autodétermination, nous ne pourrons pas l'accepter."

"Pour la population, la possibilité de faire ce choix est indispensable, tandis que l'Eglise n'a pas de position sur quelque option que ce soit; elle se contente de demander que la population ait la possibilité d'exprimer ses convictions"
, affirme M. Raiser. "Pour les Eglises, il est évident que si elles considèrent l'autodétermination comme un droit fondamental, celle-ci ne constitue pas en elle-même une solution."

"Il faut écouter la voix de la population si l'on veut qu'un accord de paix soit durable"
, souligne-t-il. "Il est de l'intérêt du gouvernement de Khartoum et de la SPLA que cette voix se fasse entendre et qu'on en tienne compte dans les négociations, mais pour le moment, on en est encore loin." Le pasteur Raiser souhaite que le COE soutienne la volonté des Eglises de se faire entendre. Il déclare que le COE ne cherche pas à jouer un rôle particulier mais uniquement à aider les Eglises à se faire entendre, dans le cadre du Forum oecuménique du Soudan. Dans un avenir proche, le Conseil des Eglises du Soudan (SCC), de Khartoum, et le Nouveau conseil des Eglises du Soudan (NSCC), qui vient du Sud, envisagent de réunir des responsables des Eglises et des représentants des parties en négociations pour examiner les problèmes fondamentaux qu'il faudra résoudre pour assurer une paix durable.

"Il ne fait pas de doute que les gens veulent la paix", déclare le pasteur Raiser, "mais ils ne veulent pas la paix à n'importe quel prix."

Le 22 juillet 2002


Source: Conseil oecuménique des Eglises (COE)

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