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EEMNI - 08.07.2002   Retour à l'aperçu

Haïti: la politique haïtienne, un frein à l'aide au développement, selon des responsables d'église

[Credits] Haïti coule chaque jour un peu plus

Sur le terrain de la misère, Haïti bat tous les records. Selon l'UNICEF, le taux de mortalité infantile est de 81 pour 1,000 naissances (en comparaison 7 pour 1,000 aux Etats-Unis), moins de la moitié de la population a accès à de l'eau potable et à peu près un quart de la population seulement a accès à des conditions sanitaires adéquates.

Le revenu moyen d'un Haïtien tourne autour de 1.40 $ par jour et l'espérance de vie est d'environ 53 ans, un taux que des organisations internationale craignent de voir descendre, à un moment où Haïti doit faire face à l'endémie du sida - plus de 5% de la population adulte est affectée par le virus. "Les gens deviennent de plus en plus pauvres, parce qu'aucun investissement ne peut être fait en raison de la situation politique," a dit Rafael Dessieu, le président de l'Église Méthodiste de Haïti.

La situation politique en Haïti est en effet à l'origine de la suspension de quelques subventions et de l'arrêt de quelques programmes d'aide destinés aux plus pauvres, selon des représentants de l'Église Méthodiste dans les Caraïbes.

UNE ÉLECTION CONTROVERSÉE

Les troubles politiques ont mis à mal Haïti. Tandis que les Haïtiens célèbrent le fait que le pays ait été la première république noire au monde, Haïti n'est sortie de décennies de dictature qu'en 1990, quand Aristide, le prêtre charismatique devenu politicien, a été élu président - pour être évincé sept mois plus tard par un coup militaire.

Le 19 septembre 1994, une force multinationale de l'ONU placée sous la gouverne américaine a été déployée en Haïti pour y garantir un minimum de sécurité et permettre le retour d'Aristide un mois plus tard.

Depuis lors, Aristide a dominé le paysage politique; il s'est retiré de la présidence en faveur d'un allié en 1996, mais a gagné sa réélection en 2000. L'opposition lui conteste la victoire, au même titre qu'elle contestait déjà les élections municipales et législatives, qui s'étaient tenues un plus tôt dans l'année.

Une dictature ne passe pas à la démocratie sans peines, fait remarquer Inette Durandis, directrice de l'aide au développement au sein de l'Église Méthodiste en Haïti. Elle croit que la communauté internationale a réagi de manière excessive aux élections du pays. Les discussions engagées entre le parti au pouvoir du Président Jean-Bertrand Aristide et l'opposition sur les résultats controversées des élections parlementaires de Mai 2000 avaient eu pour effet de stopper l'aide étrangère, selon des dépêches haïtiennes.

Il s'en est suivie une paralysie politique et, sur le plan économique, la situation n'a pas cessé de se détériorer. Selon un rapport publié en 2001 par Roberto Machado, un économiste de la Banque de Développement Interaméricaine, "le facteur principal de la stagnation économique" est à chercher dans le refus des pays occidentaux à fournir l'aide au développement promis, estimée à 500 millions de $.

Le pasteur Rafael Dessieu, président de l'Église Méthodiste en Haïti, confiera à MSNBC: "[Des deux côtés], on joue au jeu du chat-et-de-la-souris. Ils oublient que les négociations stoppent les secours. Au lieu de cela, ils pensent à leur propre pouvoir, plutôt qu'à ces millions d'êtres qui souffrent à cause de leurs ambitions."

Pour sa part, les Etats-Unis exigeaient préalablement à toute aide financière quelques gestes significatifs et des réformes politiques de la part du gouvernement Aristide.

"Nous ne pouvons pas dissimuler notre déception: cela fait presque huit ans que la démocratie a été restaurée, et Haïti n'a pratiquement pas fait de progrès," déclarait le mois dernier Lino Gutierrez, secrétaire adjoint pour les affaires de l'Hémisphère Occidentale.

Le pasteur Rafael Dessieu, président de l'Église Méthodiste en Haïti, a souligné que les habitants d'un pays devraient d'abord être au bénéfice de la stabilité économique et sociale et de conditions de vie convenables avant d'avoir à choisir la démocratie. "La pauvreté ne peut pas aider à construire la démocratie," a-t-il déclaré à la fin de sa visite en mars dernier à la Commission pour la Mission et la Diaconie à New York.

Tout en étant moins de 20,000 membres, les Méthodistes haïtiens supervisent des programmes d'aide au développement pour une communauté supérieure à 200,000 personnes.

Ils apportent leur appui à la production agricole et à l'élevage; à cet effet, ils fournissent des animaux, des semences, des engrais, des outils et des conseils techniques aux organisations agricoles comme aux agriculteurs pour les aider à augmenter leur production, selon Durandis.

Les banques communautaires permettent à plus de 40 à 60 femmes d'unir leurs ressources financières et de renforcer leurs petits commerces. Lancé en 1993 avec deux banques et 111 femmes, le programme de micro-crédit implique maintenant 416 banques et plus de 12,000 femmes.

Les femmes et les hommes qui participent à ce programme de micro-crédit et d'élevage sont parmi ceux qui profitent du programme d'éducation communautaire de l'Eglise, qui met l'accent sur l'alphabétisation. En apprenant aux participants à lire, à écrire et à apprendre les équations mathématiques les plus simples, l'Eglise les aide à améliorer la gestion de leurs petits commerces.

Par son programme de santé communautaire, l'Église Méthodiste de Haïti est la seule organisation qui a développé des soins ophtalmologiques et des projets de lutte contre la tuberculose, selon Durandis. La prévention se concentre sur la lutte contre le SIDA et les autres maladies sexuellement transmissibles.

Mais le financement des programmes de lutte contre le SIDA et d'autres programmes lancés par l'Eglise est menacé en raison des positions adoptées par la communauté internationale quant à Haïti, a-t-elle expliqué. Par exemple, la Communauté européenne a décidé de ne pas fournir à l'Eglise de subvention pour des projets de développement 2002-2006. "Cela nous a mis dans une situation très, très difficile," a-t-elle ajouté.

Le financement de l'Eglise en général est même encore plus précaire dans un pays comptant une population de 75% à 80% au chômage, selon Dessieu. Tout en disposant de plus de 300 prédicateurs laïcs pour l'aider dans ses programmes et la desserte de ses 150 congrégations, la dénomination ne peut soutenir financièrement que 10 pasteurs ordonnés.

L'Eglise essaye de diversifier ses sources de revenus pour faire face à ses dépenses, mais c'est une lutte de chaque jour. "Nous vivons pour de vrai par la foi," a-t-il dit.

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Le 10 avril 2002

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Source: Agence de presse évangélique méthodiste - MSNBC - EEMNI

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