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EEMNI - 21.01.2002   Retour à l'aperçu

Les femmes africaines ont du mal à trouver un peu de repos vu le genre de vie qu'elles mènent

[Credits] Le concept occidental du repos dominical n'est pas une réalité pour les femmes pasteures en Afrique.

"Il n'y a aucun dimanche pour nous à la maison. Nous travaillons 24 heures sur 24 avec peu ou rien," a dit la pasteure Nelly Wright du Libéria. "Vous êtes bénis en Amérique et vous avez l'occasion de tout avoir. Vous pouvez nous aider à faire évoluer les choses."

Wright ainsi que d'autres pasteures venues d'Afrique ont parlé de leurs vies quotidiennes avant et pendant la Consultation Internationale des pasteures évangéliques méthodistes 2002. La Consultation (du 7 au11 janvier) avait été conçue pour aider les femmes pasteures à se rappeler de l'importance du sabbat: il faut savoir se ménager du temps pour le repos et pour son bien-être physique et spirituel. Au cours des interviews, beaucoup de pasteures africaines ont décrit leurs conditions de vie: la vie qu'elles mènent ne leur autorise qu'un court moment de repos et de ressourcement, mais elles ne sont pas les seules en cause, les femmes africaines en général ont du mal à respecter un temps de repos.

Le corps pastoral homme et femme en Amérique fait face à ses besoins grâce à la coommunauté locale. "Je ne peux pas m'identifier à ce modèle," a dit la pasteure Dorothy Macully, originaire également du Libéria. "Dans mon pays, une ecclésiastique est la mère de la communauté, le père et aussi son tout." Si un paroissien a faim ou n'a pas de nourriture, il attend de l'aide de la pasteure, bien qu'elle soit aussi démunie. "Vous n'avez pas de temps pour vous requinquer. Vous ne pouvez pas marcher à ce rythme longtemps."

Wright et Macully étaient parmi les quatre pasteures du Libéria présentes à la Consultation. Chacune d'entre elles se sentait coupable d'être à San Diego, de pouvoir s'y amuser et accéder à de grandes quantités de nourriture, tandis que leurs familles restées à la maison n'avaient presque rien à manger, leurs collègues y font face simplement et leurs communautés ont été déchirées en mille morceaux par des conflits tribaux. La situation est la même dans beaucoup d'autres pays africains, déchirés par des guerres tribales et civiles et en prise à une très forte pauvreté, au chômage et à d'autres problèmes (épidémies).

Ce sentiment de culpabilité ressortait au moment des repas. Lors du dîner du premier soir, la pasteure Rebecca Sackor a dit, "je ne peux pas manger. J'ai pensé aux six enfants, dont je suis responsable, et aux raisons si mineures qui m'ont fait quitter la maison." Sackor est pasteure de l'Église Evangélique Méthodiste (EEM) de Weamah à Pami Hills, Libéria.

Quand on lui a dit que la somme de 35 $ par jour était allouée aux repas de chacun chaque jour, Sackor et sa collègue libérienne étaient étonnées: "Trente-cinq dollars suffiraient à nourrir une famille pendant presque trois semaines dans mon pays," a-t-elle dit.

Elle a observé la quantité de nourriture restée dans les plats, que l'on s'apprêtait à jeter et elle fait la remarque suivante: "j'aurais souhaité pouvoir me saisir de ces déchets, les prendre avec moi et ma famille aurait eu assez à manger aujourd'hui," a dit la pasteure Nelly Wright, de l'Église Evangélique Méthodiste de Tubman à Paynesville, Libéria.

La pasteure Anna Kpaan, surintendante du district de Monrovia, a dit que le fort sentiment de culpabilité qu'elle ressentait à la Consultation était lié à la situation désespérée de son pays. 75 % de la population est en chômage, a-t-elle dit. "Dieu pourvoit à notre nourriture chaque jour et nous trouve une issue à partir de rien."

Les femmes souffrent du rejet et de l'extrême pauvreté, a dit Macully de New Georgia, Libéria. La visite de l'Amérique a été une bénédiction, mais à voir les autres femmes pasteures être elles-mêmes dans la joie, elle fut poussée à dire: "Pourquoi ne ne feriez-vous pas quelque chose pour aider les femmes et les enfants moins chanceuses à la maison?"

Les femmes libériennes ont reçu de la Commission pour la formation supérieure et le ministère des bourses pour suivre la Consultation et chacune d'entre elles a reçu 125 $ des mains de l'Évêque libérien John Innis. Chaque femme a laissé une partie des fonds à la maison pour le soin de sa famille et en a utilisé une autre partie pour payer la taxe de sortie de son pays. "Malgré ce que l'on nous a donné, nous sommes venus ici avec rien et nous retournerons chez nous avec rien," a dit Wright.

Kpaan, également présidente des pasteures évangéliques méthodistes dans son pays, a dit qu'être pasteure au Libéria "était un travail sacrificiel." Le seul revenu qu'elles reçoivent est parfois 15 $ par mois qui provient du salaire de l'Eglise, a-t-elle dit. "Nous ne touchons pas assez. Les femmes pasteures, rien que pour nourrir leurs familles, ont à faire des efforts supplémentaires. Nous n'avons pas le nécessaire vital, et encore nous devons être des modèles à suivre." Elle a exprimé de l'empathie, quand elle visitait dernièrement les quelques cent femmes pasteures et observé que la plupart n'avaient pas de maris et n'avaient pas d'enfants pour les soutenir, étaient déchaussées et portaient des vêtements usés. Parfois, a-t-elle dit, elle est dans la même situation.

Les Libériennes ont dit qu'elles et leurs collègues ne pouvaient pas se permettre d'acquérir un col clérical, le Règlement de l'Eglise, la liturgie ou du matériel d'étude de la Bible. "Nous exerçons le ministère avec des bouts de ficelle," a dit Wright.

Beaucoup exercent leur ministère et s'engagent dans leurs activités quotidiennes sans un moyen de transport, sans le téléphone ni l'électricité. "Nous employons des bougies et nous marchons des kilomètres," disait Kpaan.

Pendant la Consultation (du 7 au 11 janvier), plus de 1,185 femmes pasteures du monde entier redécouvraient et proclamaient le principe du repos dominical. Les femmes se sont concentrées sur le thème "le Dimanche pour une Femme: se retirer et prendre du Repos à l'écart," et les participantes ont l'occasion d'approfondir ce que signifie le repos en Dieu.

"Je crois que Dieu est sur le point de considérer mon pays avec des yeux de compassion," a dit Wright.

"Nous voulons que les femmes pasteures d'ici aident les pasteures de chez nous. Les femmes en Amérique ne seront pas libres, si nous ne sommes pas libres," disait de son côté Macully.

Au cours d'un atelier sur "le Dimanche dans différentes Traditions Africaines," les orateurs - un Kenyan, un Zimbabwéen et une ecclésiastique du Congo - ont dit que le concept occidental du Dimanche n'était pas une réalité pour les femmes pasteures en Afrique.

La découverte de cas de femmes kenyanes observant le repos dominical était un défi pour Anne Gatobu, étudiante à la Faculté de Théologie Iliff évangélique méthodiste de Denver. Il lui était difficile de trouver un lieu où le repos dominical est respecté dans un contexte traditionnel, parce que la plupart des pratiques dans son pays militent contre le bien-être psychologique, physique et spirituel de la femme, a-elle dit. Elle a cité la polygamie, l'isolement pendant les règles, l'excision et d'autres cas d'abus comme autant d'exemples de déshumanisation des femmes dans son pays et à travers le continent.

Tout en préparant son sujet, elle a buté sur des obstacles qui l'ont conclue à s'interroger: "Comment la femme kenyane pourrait-elle se reposer, être en paix ou observer le jour de repos?"

"Comment la femme kenyane jouirait-elle de la paix de l'esprit, du corps et de l'âme, quand on sait les responsabilités et les demandes qui l'attendent et le peu de liberté dont elle jouit?" a-t-elle demandé à l'auditoire.

Gatobu a relevé des cas, dit-elle, où la femme kenyane partait à l'écart pour se reposer, renouer avec sa féminité et retrouver le sens d'une vie épanouie. Mais ces occasions-là, dit-elle, ne correspondent pas vraiment à l'objet traditionnel du repos sabbatique; elles se retrouvent actuellement dans des coutumes que la femme moderne considère comme des atrocités et qu'elle cherche à changer.

Un exemple, la polygamie pratiquée dans quelques tribus: la femme kenyane est souvent impliquée dans le choix d'une deuxième ou troisième femme pour son mari. "Il lui donne du répit dans ses demandes sexuelles," disait Gatobu et la femme de bénéficier d'une forme de repos.

Au Kenya, une femme est considérée comme étant impure pendant ses règles et isolée de trois à cinq jours, une pratique semblable à la coutume hébraïque citée dans la Bible. Gatobu a dit que cette femme se voyait accorder du repos de trois à cinq jours par mois: elle est alors quitte de ses devoirs habituels et se repose pendant quelques temps. La femme n'est pas responsable pendant ce temps-là de l'alimentation et du souci pour sa famille. Cette observation se vérifie aussi dans le cas d'une femme qui a donné naissance à un enfant. Elle est isolée pendant trois mois et son ménage est placé sous la responsabilité d'une autre femme.

Gatobu a noté que, dans toutes ces pratiques déshumanisantes, les femmes ont trouvé le moyen de créer le repos sabbatique. "Il y avait autour d'elle une communauté de femmes qui lui permettait de faire l'expérience du repos. En effet, le sabbat pour la femme kenyane n'est pas juste une simple retraite individuelle, mais a une dimension commune."

La pasteure Kabamba Kiboko de Prairie View, Texas, et originaire de la République Démocratique du Congo, décrit comment sa compréhension du sabbat a été déterminée par les traditions de la tribu Sanga, dont elle fait partie. Le terme le plus proche de sabbat dans sa langue maternelle est "kisungu", qui signifie l'éducation, mais pas dans le sens occidental du terme. Par définition, kisungu est holistique et implique l'apprentissage de l'être, a-t-elle dit.

Kiboko a dit que kisungu impliquait l'étude de ce que vous êtes dans le but de comprendre pourquoi vous êtes. C'est un processus d'apprentissage continu de vous et de vos origines, de vos relations, de votre personnalité - "tout cela dans le but de comprendre le but de votre existence, pourquoi vous êtes ici dans ce temps et cet espace et pourquoi vous existez en premier lieu," a-t-elle ajouté.


Source: Service de presse évangélique méthodiste (UMNS)

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