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EEMNI - 14.01.2002   Retour à l'aperçu

Le secrétaire général du COE salue l'attitude des Eglises d'Argentine

[Credits] A l'heure où l'Argentine affronte une très grave crise, le secrétaire général du Conseil oecuménique des Eglises (COE), le pasteur Konrad Raiser, a salué les Eglises, les organisations oecuméniques et la société civile pour l'attitude qu'elles avaient adopté face aux événements. Dans sa lettre du 10 janvier 2002 aux Eglises argentines, Konrad Raiser se dit profondément ému de la manière dont elles font face à cette crise qui, dans une certaine mesure, est aussi «éthique et spirituelle».

Le pasteur Raiser appelle «les chrétiens, les Eglises et les autres religions, ainsi que tous les hommes et les femmes attachés à la paix à unir leurs efforts pour surmonter la crise et bâtir une Argentine plus juste et plus fraternelle, fondée sur des relations régionales plus solides». Comme les Eglises et les autres groupes sociaux, Konrad Raiser rappelle aussi aux dirigeants politiques les responsabilités qui leur incombent à cet égard. En outre, dit-il, il est essentiel «d'en finir avec la corruption, l'impunité et les abus de pouvoir» et d'entreprendre des démarches immédiates en vue d'une véritable réconciliation nationale axée sur la justice.

C'est en décembre qu'a démarré le mouvement de protestation générale contre la situation économique catastrophique. Le Fonds monétaire international (FMI) a refusé de verser une tranche d'un prêt de plusieurs milliards de dollars, le pays ayant largement dépassé les niveaux d'endettement convenus. Avec une dette de 132 milliards de dollars, le pays est désormais au bord de la faillite. L'Argentine connaît une profonde récession depuis 3 ans et demi. Selon les chiffres officiels, il y avait au mois d'octobre 18,3 pour cent de chômeurs. Le gouvernement de l'ancien président de La Rua, qui a démissionné, a sévèrement coupé dans les dépenses publiques et pris des mesures économiques draconiennes pour essayer de satisfaire aux conditions de prêt du FMI.

Voici le texte intégral de la lettre que le secrétaire général du COE, le pasteur Konrad Raiser, a adressée aux Eglises d'Argentine:

«A vous grâce et paix» (1 Th 1,1). En ces heures sombres, le salut que l'apôtre Paul adresse aux Eglises prend tout son sens.

Ces dernières semaines, les informations ont fait une très large place à la douloureuse situation que votre pays, l'Argentine, vit depuis quelque temps déjà. Les médias ont abondamment montré et relaté les violents affrontements entre la population et les forces de l'ordre, les pillages de magasins, les manifestations devant le Congrès et la Casa Rosada. Nous déplorons profondément les dizaines de morts, femmes et hommes, jeunes pour la plupart, et les milliers d'arrestations. Mais nous savons aussi que, pendant ce temps, les chrétiens et les Eglises d'Argentine prient et agissent avec détermination.

Avec les Eglises et le mouvement oecuménique mondial, nous avons part à votre souffrance. Avec vous, nous nous efforçons d'entendre les cris du peuple et de discerner la présence de l'Esprit dans cette situation marquée par une grande confusion, par la colère et la violence, mais aussi par des gestes de solidarité et par la profonde inquiétude des Argentins concernant leur avenir. Depuis les premiers instants, nous prions pour le rétablissement et le renforcement des institutions démocratiques dans ce pays cher à nos coeurs. Nous rendons grâces à Dieu pour le témoignage que les chrétiens et les Eglises d'Argentine rendent en ces moments si difficiles, et nous lui demandons de les soutenir dans la foi, l'espérance et l'amour solidaire.

Comme l'ont souligné de nombreux analystes et les Eglises et organismes oecuméniques eux-mêmes, l'ampleur de la crise est particulièrement préoccupante. La démission de deux présidents en quelques jours en est peut-être le signe le plus frappant. Mais le plus grave est l'état de pauvreté et d'insécurité dans lequel vivent des millions d'Argentins, et qui est largement imputable à la politique économique des dernières années. Il ne nous appartient pas d'analyser ici les causes de cette crise que vous connaissez mieux que quiconque. Nous voudrions seulement dire que ces événements nous montrent à quel point il est important de poursuivre notre réflexion éthique et spirituelle sur le rôle et l'attitude des dirigeants politiques, des organismes financiers internationaux et des divers secteurs de la société. Ils nous montrent aussi la nécessité de poursuivre l'engagement que nous avons pris en faveur de la vie, de la justice et de la solidarité.

Nous sommes émus par les cris du peuple argentin et par les réponses que les Eglises, les organismes oecuméniques et les autres acteurs de la société civile apportent à cette crise qui est aussi éthique et spirituelle. Dans le cadre de la Décennie «vaincre la violence», lancée au début de 2001, nous encourageons les chrétiens, les Eglises et les autres religions, ainsi que tous les hommes et les femmes attachés à la paix à unir leurs efforts pour surmonter la crise et bâtir une Argentine plus juste et plus fraternelle, fondée sur des relations régionales plus solides. Il sera indispensable, comme l'ont demandé les Eglises et les autres acteurs sociaux, d'en appeler à la responsabilité de la classe politique, d'en finir avec la corruption, l'impunité et les abus de pouvoir, et d'entreprendre des démarches concrètes et immédiates en vue d'une véritable réconciliation nationale axée sur la justice. Dans la situation actuelle, cela ne sera possible que par le renforcement de la démocratie, le respect et la défense des droits de la personne, expression du respect pour la vie que le Créateur nous a confiée.

J'écrivais récemment dans le Message de Noël 2001 que le monde ne serait sauvé que par la grâce et la miséricorde. «Dieu donne et pardonne généreusement, et offre la vie en abondance (Jn 10,10), surtout aux perdants de notre monde sans merci». Cette logique de la miséricorde est étrangère à la logique du pouvoir, de la violence et du marché qui, bien souvent, régit nos sociétés. Et pourtant, du point de vue chrétien, avoir part à la miséricorde de Dieu est la condition sine qua non pour obtenir la justification.

Avec les chrétiens du monde entier, je prie pour que vous soyez fortifiés dans la foi, et je reprends les paroles du Psalmiste, familier de la peine, de la misère et de la violence: «Des profondeurs, je t'appelle, Seigneur ... Mon âme désire le Seigneur, plus que la garde ne désire le matin... car le Seigneur dispose de la grâce et, avec largesse, du rachat» (Ps 130).

11 janvier 2002


Source: Conseil oecuménique des Eglises (COE)

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