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EEMNI - 16.11.2001   Retour à l'aperçu

France, Paris: lettre du Conseil de la FPF aux Eglises et associations, à propos des événements internationaux

[Credits] Voici un texte élaboré par le pasteur Jean-Arnold de Clermont, président de la Fédération Protestante de France (FPF) pour encourager la réflexion après les attentats aux Etats-Unis au sein des Eglises et des Institutions, Oeuvres et Mouvements membres de la FPF. Mais cette réflexion mérite la plus large audience, d’où sa citation dans EEMNI.

Chers frères, chères soeurs,
Membres des Eglises et Associations réunies dans la Fédération protestante de France, Le Conseil de la FPF s'est réuni les 5 et 6 octobre pour la première fois depuis les tragiques événements du 11 septembre dernier. Il leur a consacré une large part de son attention et de son travail dont il m'a chargé de vous transmettre les principaux éléments. Cette réflexion a lieu alors que chaque jour semble nous rapprocher d'une intervention militaire dont nous ne savons pas quelles seront la portée et les conséquences. Elle veut aussi tenir compte des nombreuses questions qui ont surgi de toutes parts sur la nature de la crise mondiale dans laquelle nous sommes engagés et sur le sort de celles et ceux qui en sont les victimes directes ou indirectes.

En vous écrivant ces lignes, le Conseil veut vous encourager à prendre part à une réflexion qui sera sans doute longue et difficile tant les événements de septembre sont lourds d'interrogations sur notre compréhension du monde et de la place qu'y tiennent les religions.

Nous avons été profondément touchés par les messages courageux et lucides de nombreuses Eglises soeurs des Etats-Unis. Elles ont plaidé pour que le peuple américain ne cède pas à la volonté de revanche mais exerce une forme de justice qui sache nommer le crime et identifier ceux qui en sont responsables pour les conduire devant une cour de justice. A l'écoute de ces appels et au nom de nos propres convictions, nous voulons dire combien le déploiement de forces armées, aussi légitime soit-il, nous inquiète. Nous ne pouvons, en effet, cautionner la guerre d'où qu'elle vienne; nous ne pouvons envisager que des populations civiles puissent être impliquées dans des actes de guerre qui ne feraient que répondre au sang par le sang.

Pour autant nous croyons au droit d'une société à établir sa sécurité, aux devoirs de ses responsables de s'y consacrer. Cette sécurité ne pourra être établie que dans l'exercice de la justice au niveau national. Mais cette société doit aussi se donner les moyens de réaliser cet objectif de sécurité au niveau international. La lutte internationale contre le terrorisme en est un élément déterminant. Des réseaux d'une extrême complexité, des financements multiples, devront être mis à jour et démantelés.

C'est ici l'occasion de rappeler l'importance que revêt à nos yeux la création du Tribunal pénal international (TPI) dont la ratification se fait encore attendre.

En évoquant la lutte contre le terrorisme, il nous semble aussi utile de souligner combien il nous faut éviter de céder à la tentation de focaliser notre attention sur un seul responsable, un seul pays, désignés.

Au-delà de la nécessité d'un jugement pour les auteurs des attentats de septembre, il nous faut entendre la question lancinante de la place et de l'usage de la religion dans un tel drame. Nous affirmons qu'il n'est pas possible de tuer ou de se tuer au nom de Dieu. Pourtant c'est une justification donnée à ces crimes.

- Nous l'avons dit au lendemain du 11 septembre, nous devons résister à toute diabolisation de l'islam. Mais il nous faut analyser une situation où des courants islamiques se combattent: un courant théocratique et fanatique tente de faire basculer dans une dérive intégriste un islam modéré

- Il nous faut résister à l'emploi de termes qui n'ont plus de sens pour nous comme ceux de croisade, ou de guerre sainte.

- Il nous faut récuser l'assimilation de la religion et du pouvoir, et rendre toute sa signification à la religion comme consolation, accompagnement des faibles, promesse de paix et de justice.

- Il nous faut plus que jamais repenser la laïcité comme le lieu où le religieux participe à la construction d'une société capable d'intégrer la dimension spirituelle de l'être humain comme l'une de ses composantes, ni plus, ni moins.

Pour cela nous voulons vous inviter à multiplier les occasions de rencontres, de dialogues avec ceux et celles qui sont profondément choqués par l'usage ambigu qui est fait de la religion, avec les juifs, les musulmans et les croyants d'autres religions. N'oublions pas de conduire aussi ces dialogues avec d'autres chrétiens qui au nom de leur foi récusent le dialogue inter-religieux.

Réfléchir. Comprendre. Il est évident que les attentats aux Etats-Unis ne peuvent être réduits à des actes désespérés de pauvres-révoltés. Ils apparaissent paradoxalement comme l'oeuvre de puissants et de riches utilisant comme alibi la révolte des pauvres, mais ils trouvent un soutien dans un réservoir de haine attisé par le fossé sans cesse accru entre un monde occidental dont la richesse et la puissance arrogantes sont jugées inacceptables et un nombre toujours plus grand de pays qui s'enfoncent dans la misère. Il nous faut, aujourd'hui, nous trouver résolument aux côtés de celles et ceux qui oeuvrent pour que les pôles de richesse et de puissance, dont l'Europe, deviennent des pôles de développement et de solidarité. Cela ne pourra se faire que par une profonde révision de nos choix de vie, et des priorités que nous donnons à notre propre développement.

Mais la justice internationale n'a pas de dimensions qu'économiques. Elle suppose que nous récusions toutes formes d'oppression et que nous sachions nous tenir aux côtés des pays qui donnent place égale à tous leurs citoyens.

En cela, nous pouvons avec le recul et en puisant au plus profond et au plus essentiel du message biblique trouver pour chacun de nous, et partager avec le plus grand nombre de nos contemporains les chemins de la compassion, du partage, et de l'espérance, au service de l'ensemble de la communauté humaine.

Cet appel que nous vous adressons, nous vous demandons de ne pas le conserver pour vous-même, mais de le répercuter aussi largement que possible. Il n'est pas une réponse aux évènements dramatiques de notre monde, mais le témoignage de notre volonté de chercher avec toutes et tous des réponses adaptées.

Je vous prie de croire en mes fraternelles salutations en Christ. Jean-Arnold de Clermont


Source: FPF/BIP

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