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EEMNI - 01.03.2001   Retour à l'aperçu

Territoires Palestiniens: une nation soumise à un siège

[Credits] Voici en quels termes le pasteur Alex Awad commente la situation présente des Palestiniens: L'Etat hébreu impose un bouclage des Territoires Palestiniens en représailles à l'Intifada à laquelle se livrent ses habitants. Le pasteur Alex Awad et sa femme, Brenda, sont des missionnaires engagés avec la «Commission pour la mission et la diaconie» (EEM) auprès du «Bethlehem Bible College» et auprès de l'«East Jerusalem Baptist Church». Après six ans de demandes répétées au gouvernement israélien, Awad, américain palestinien, a reçu en 1995 un visa officiel pour son travail de missionnaire.
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Dix hommes palestiniens étaient debout près d'un mur situé au point de contrôle israélien du nord de Bethléem. Je ne voyais pas leurs visages parce que les soldats israéliens leur avaient fait tourner le dos face contre le mur et les bras levés. La seule faute de ces hommes de 25 à 35 ans avait été de sortir de Bethléem pour aller faire leur journée de travail à Jérusalem à cinq miles de distance. Cependant, ils ont été arrêtés avant de pouvoir revenir chez eux à Bethléem.
Quand je suis passé à mon tour au point de contrôle, j'ai montré mon passeport américain. Le soldat m'a souri et m'a souhaité une agréable journée. Je suis passé par le point de contrôle sans avoir subi d'humiliation, mais ce dimanche soir j'ai continué à me demander ce qui était arrivé aux 10 hommes palestiniens. Combien de temps ont-ils dû rester les bras levés dehors dans la rue en cette nuit froide de février?
Ils étaient certainement plus chanceux que ces deux ouvriers du bâtiment palestiniens tués par des colons, alors qu'ils se rendaient vers une colonie de peuplement israélienne près de Bethléem et peut-être plus chanceux que ces autres palestiniens abattus brutalement par des soldats israéliens au moment où ils tentaient de passer par les champs. Certains, au lieu de rentrer à la maison le soir, ont dû passer cette nuit-là à l'hôpital pour y soigner leurs blessures.
On pourrait être témoin de telles scènes déchirantes aux faubourgs de chaque ville et village palestiniens. Les principales villes et cités palestiniennes ont été soumises à un bouclage assez strict durant les quatre derniers mois depuis le début de la dernière vague de violence. Ce sont approximativement 3 millions de personnes qui sont retenues prisonnières dans leurs villes et villages. On ne leur permet pas de voyager en Israël et on ne leur permet souvent pas de voyager dans d'autres villes palestiniennes. Dans quelques cas, comme à Hebron et à Beit Jala, les Palestiniens ne peuvent même pas voyager en voiture d'un endroit à l'autre dans la même ville.
Il faut alors se poser la question: est-ce que le bouclage des Territoires palestiniens constitue une mesure de sécurité ou est-ce que c'est un crime contre l'ensemble d'une population?
Les Israéliens prétendent que le bouclage est nécessaire pour faire cesser le terrorisme palestinien. En réalité, le bouclage augmente la haine, l'amertume et la défiance; il a pour effet d'augmenter les actes de violence et la vengeance et le nombre de victimes innocentes israéliennes et palestiniennes.
À maintes reprises, il a été prouvé que le bouclage des Territoires est une punition collective imposée à une population palestinienne qui n'est pas engagée dans des actes de vengeance et de violence contre les Israéliens. Les quelques Palestiniens projetant la violence contre Israël savent comment éviter les points de contrôle et les camps de l'armée et réussissent à pénétrer au coeur des villes israéliennes avec une habileté et une aisance peu communes. Le bouclage n'arrête pas les terroristes; ils empêchent seulement des travailleurs palestiniens d'arriver sur leurs lieux de travail.
Le siège a des conséquences désastreuses sur tous les aspects de la vie palestinienne. Prenez, par exemple, ce qui se passe dans la ville d'Hébron. En raison de la présence de 100 familles juives dans cette ville, l'ensemble des 40,000 habitants palestiniens de la ville sont soumis à un couvre-feu strict. Cela signifie qu'aucun véhicule palestinien ne peut entrer ou sortir de la ville pendant le couvre-feu, pas même les ambulances censées transporter des Palestiniens malades dans un état critique ou gravement blessés.
Prenons l'exemple de Sawsan Ahmad Jaber, une femme palestinienne qui était dans le coma. Sa mère n'a pas pu trouver d'ambulance pour l'amener à l'hôpital, Jaber a donc été placée dans une benne à ordures et conduite sur des routes cahoteuses pendant des heures avant d'atteindre l'hôpital. Dans des circonstances normales, ce trajet jusqu'à l'hôpital n'aurait pris que cinq minutes. Jaber a reçu le traitement nécessaire, mais un autre citoyen d'Hebron n'a pas été aussi chanceux. Ahmed Abd Alkhader Sbitani, bien qu'il ait trouvé une ambulance pour l'amener à l'hôpital, est mort, parce que des soldats israéliens ont refusé de laisser passer le véhicule par le point de contrôle.
Le bouclage étrangle lentement la vie palestinienne dans tous ses aspects: économique, social, éducatif et même religieux.
Comme pasteur d'une Eglise à Jérusalem, je peux voir comment le bouclage des Territoires porte atteinte à la liberté religieuse. Le chrétiens palestiniens qui veulent suivre un culte à Jérusalem ne peuvent pas se permettre de croiser des points de contrôle israéliens pour se rendre à leurs églises. Le culte en langue arabe que nous avions le dimanche soir dans notre église a été supprimé, parce que les chrétiens palestiniens ne pouvaient pas venir de Bethléem ou de Ramallah pour le suivre. Seule une petite fraction de musulmans des territoires occupés qui essayent de venir adorer à la mosquée Al-Aqsa de Jérusalem, passent par des points de contrôle israéliens.
Sil est un domaine où le siège a de fâcheuses répercussions, c'est celui de l'éducation des Palestiniens à tous les niveaux et particulièrement au niveau de l'enseignement primaire. Kawthar Salam, un journaliste d'Hébron, rapporte: "À partir d'aujourd'hui, 41 écoles sont fermées; trois de ces écoles ont été transformées en bases militaires. Depuis ces écoles, les soldats israéliens tirent des munitions à balle réelle, des balles en plastique et du gaz lacrymogène aux lanceurs de pierre palestiniens. Cela signifie que 14,000 étudiants palestiniens sont privés d'éducation. Ils restent maintenant dans leurs maisons qui ressemblent plutôt à des cellules de prison. Ces enfants souffrent d'un injustice. Mais ils reçoivent une autre forme d'éducation; les Israéliens leur apprennent la haine et la violence. Ce n'est pas bon pour nos enfants et ce n'est pas bon pour l'avenir de notre coexistence sur cette terre."
Au «Bethlehem Bible College» de Bethléem, où je suis le doyen des étudiants, nous suspendons ou annulons souvent les cours du soir, parce que les enseignants et des étudiants ne peuvent pas passer par les points de contrôle.
Le bouclage des Territoires vise en fait à casser la volonté des palestiniens et à leur imposer une autorité de poigne. De cette façon-là, les Israéliens cherchent à forcer les Palestiniens à faire d'importantes concessions dans les négociations de paix en cours. L'ensemble d'une nation est sévèrement punie et écrasée pour répondre à la volonté d'expansionnisme d'une autre nation.
La fermeture de la Cisjordanie et de la Bande de Gaza est un crime qui doit être stoppé. La paix et la réconciliation entre Israéliens et Palestiniens ne peuvent pas se réaliser aussi longtemps qu'une des parties est la geôlière de l'autre.
Les hommes et les femmes qui aspirent à la paix et à la justice sur cette terre doivent agir pour mettre un terme au bouclage des territoires palestiniens et prier pour que cesse cette terrible occupation.
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Source: Service de presse évangélique méthodiste (UMNS)

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