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EEMNI - 21.12.2001   Retour à l'aperçu

Peshawar, Pakistan: les Afghans doivent diriger eux-mêmes la reconstruction de leur pays, déclare un travailleur humanitaire

[Credits] A l'heure où les chefs de guerre anti-talibans d'Afghanistan se muaient en politiciens en Allemagne et se mettaient d'accord sur un plan intérimaire de gouvernement pour leur pays déchiré par la guerre, des membres de ACT (Action by Churches Together / Action commune des Eglises) se préparaient à un effort accru pour reconstruire ce pays d'Asie centrale.

Des collaborateurs de Norwegian Church Aid (Entraide des Eglises norvégiennes) et de Christian Aid (Aide chrétienne, britannique), deux organisations membres de ACT, ont participé du 27 au 29 novembre à une "Conférence préparatoire à la reconstruction de l'Afghanistan", réunie à Islamabad, capitale du Pakistan. Parmi les membres de ACT, on relève notamment Church World Service (CWS, Service mondial des Eglises, USA) et UMCOR, le Comité évangélique méthodiste pour les secours.

Organisée sous l'égide de la Banque mondiale, du PNUD (Programme de développement des Nations unies) et de la Banque asiatique de développement, la réunion devait permettre une discussion préliminaire de plans à long terme pour la reconstruction de l'Afghanistan, une tâche qui, selon les estimations officieuses de collaborateurs de la Banque mondiale, pourrait atteindre un coût de US$ 25 milliards.

Selon Geir Valle, directeur du programme Pakistan / Afghanistan de Norwegian Church Aid/ACT, il est essentiel de parler maintenant d'argent pour cette nation en détresse, avant que le monde ne se tourne vers d'autres priorités. "Ce sont les 15 minutes de gloire de l'Afghanistan", a-t-il déclaré. "Il est important d'avoir accès maintenant aux ressources dont les Afghans vont avoir besoin à l'avenir pour remettre leur pays en état".

Cependant, a souligné Valle, il n'appartient pas aux organismes financiers internationaux de décider du sort de l'Afghanistan. "Jamais ça ne marchera si les Afghans ne dirigent pas eux-mêmes la manœuvre. Il faut que ce soient eux qui prennent les décisions".

Le 1er décembre, des responsables de CWS ont rejoint Norwegian Church Aid/ACT et Church Aid/ACT à Peshawar pour une réunion de suivi d'une journée, consacrée à des entretiens avec 10 organisations non-gouvernementales afghanes sur l'expansion des activités de secours et de reconstruction prévue pour les prochains mois. Cette réunion a représenté un nouvel effort de la part des organisations membres de ACT pour travailler ensemble, de manière coordonnée, sur le terrain en Afghanistan et au sein de la communauté afghane réfugiée au Pakistan.

Les participants à la réunion ont indiqué que les organisations afghanes avaient demandé au réseau ACT de les aider à développer leurs propres capacités, notamment par des ateliers sur des thèmes tels que le renforcement des organisations et le projet SPHERE sur les critères minimaux en matière de travail humanitaire.

Les groupes partenaires ont exprimé leur préoccupation quant au fait que, compte tenu du manque prévisible de professionnels du développement compétents dans le gouvernement post-talibans, nombre d'ONG afghanes risquent de perdre leur personnel le plus qualifié au profit de postes mieux rétribués offerts par le nouveau gouvernement ou par des organisations internationales renforçant leurs activités en Afghanistan, a dit Nick Guttman, directeur des secours d'urgence de Church Aid/ACT. Les membres d'ACT se sont engagés à aider les ONG afghanes à garder leur personnel le plus qualifié.

Les participants ont aussi souligné combien il était important que les Afghans eux-mêmes formulent les stratégies de développement, évitant ainsi des "scénarios téléguidés par les donateurs et qui ne correspondent pas toujours avec précision aux réalités du terrain", a rapporté Kjell Helge Godtfredsen, directeur du programme d'aide d'urgence pour l'Afghanistan de Norwegian Church Aid/ACT. Des stratégies de reconstruction efficaces devront tenir compte de l'esprit d'entreprise agressif des commerçants et hommes d'affaires afghans, a-t-il ajouté.

Reconstruire l'Afghanistan est un défi colossal. Quelque 10 millions de mines sont éparpillées dans la nature, la plupart d'entre elles étant des restes de la meurtrière aventure russe dans ce pays; suite à la campagne de bombardements US, ce sont maintenant des milliers de bombes à fragmentation non explosées qui tuent et mutilent quotidiennement. Le pays n'a pas de gouvernement central à Kaboul, la capitale. L'habitat est ravagé, les terres agricoles ne sont pas cultivées, les systèmes d'irrigation sont détruits, les écoles sont fermées et les enseignants - pour la plupart des femmes - dispersés ou en exil.

Les boutiques de prêteurs, qui constituent le système bancaire du monde arabe, ont été pillées, les routes sont des fondrières, la communication est cauchemardesque et l'hiver arrive en force, coupant des régions entières du reste du pays pour les mois à venir. Et la sécheresse perdure.

Les membres d'ACT répondent au défi en élargissant leur action dans la région. Tandis que les efforts pour aider les réfugiés au Pakistan et les personnes déplacées à l'intérieur du pays se poursuivent malgré d'énormes difficultés en matière de sécurité et de communication, de nouvelles action se mettent en place. Norwegian Church Aid/ACT, par exemple, en coopération avec des organisations partenaires afghanes et des agences de l'ONU, va prochainement mettre en place un programme destiné à aider les réfugiés à faire face aux problèmes psychologiques et sociaux auxquels ils sont souvent confrontés.

Selon Mirza Ali Nazim, directeur de l'Association afghane de réhabilitation rurale - un organisme appuyé par ACT - l'entreprise consistant à reconstruire l'Afghanistan prendra bien plus de temps que certains le pensent. "Au cours des 24 dernières années de guerre, nos enfants ont grandi sans éducation. Ils ont grandi avec la guerre tout autour d'eux, se sont entraînés à faire la guerre et pensent que la vie consiste à tuer", a-t-il déclaré. "Il va falloir du temps pour reconstruire non seulement l'infrastructure physique, mais aussi la pensée et l'esprit de gens qui sont devenus trop habitués à la guerre".

Nazim a insisté sur le fait que les femmes afghanes doivent être intégrées à l'effort de reconstruction.

"En Afghanistan, un grand nombre de femmes instruites n'ont fait que rester dans leur maison, incapables de contribuer à quoi que ce soit à cause des Talibans", a-t-il dit. A l'exception de la faction des combattants dirigée par l'ancien président Burhanuddin Rabbani, a-t-il ajouté, "chacun en Afghanistan veut que les femmes participent au gouvernement et à la reconstruction du pays.”

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7 décembre 2001


Paul Jeffrey est un missionnaire évangélique méthodiste détaché en qualité de chargé de l'information auprès de l'Action commune des Eglises au Pakistan.


Source: Service de presse évangélique méthodiste (UMNS)

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