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EEMNI - 07.12.2001   Retour à l'aperçu

Sécurité et symbolisme: un groupe oecuménique réfléchit sur les conséquences des attaques du 11 septembre

[Credits] "Nous sommes confrontés à un conflit à dimension symbolique," affirmait le pasteur Dr Konrad Raiser, secrétaire général du Conseil Oecuménique des Églises (COE). Intervenant pendant la réunion qui se tenait du 29 novembre au 1er décembre à Genève sur le thème "Au-delà du 11 septembre: évaluation des implications globales", Dr Raiser a dit que les attaques contre le World Trade Center et le Pentagone annonçaient un nouveau type de guerre - non pas une guerre menée pour des territoires ou des ressources économiques, mais plutôt autour de symboles. Nos outils d'analyse actuels dans le domaine politique, sociale et économique sont inadéquats pour comprendre la nature du conflit actuel, qui tourne autour "de l'hégémonie symbolique" - la perception que certains systèmes et croyances économiques, militaires et politiques soient imposés partout dans le monde, a-t-il dit. C'est précisément cette dimension symbolique qui représente un défi particulier pour les Eglises, étant donné que la religion est "le véhicule principal du symbolisme", a joutait Raiser.

Elles ont été une vingtaine de personnes à participer à cette réunion du COE en provenance d'Eglises du monde entier; leur objectif était d’évaluer et de réfléchir, avec le personnel du COE, aux conséquences et à l'impact à long terme des attaques du 11 septembre et des actions militaires qui les ont suivies. La réunion avait eu pour but de discerner ensemble la signification de ces événements, plutôt que de formuler une déclaration commune ou d'esquisser pour l'immédiat un plan d'action pour les Eglises.

Les participants ont chacun partagé comment était perçue la situation mondiale dans différentes régions du monde et concentré ensuite la discussion sur les secteurs suivants:

Direction globale: M. Peter Weiderud, directeur des programmes internationaux au niveau de l'Église de Suède, a analysé l'impact des événements sur la direction légale et globale internationale à trois niveaux:

- la riposte à la menace immédiate: la réponse à cette menace a été principalement militaire;
- la guerre au terrorisme, qui a une dimension criminelle; et
- remédier aux causes premières, démarche qui s'impose dans la prévention des conflits.

Parmi les sujets discutés en profondeur, le rôle des gouvernements nationaux, le système des Nations Unies, les Eglises et la manière dont des pays puissants pourraient être tenus pour responsables conformément à la loi internationale, le besoin d'affirmer la nécessité d'une approche multilatérale et la question de la polarisation croissante du monde, tout cela est une conséquence directe du 11 septembre.

Weiderud a affirmé que le but de toutes les mesures de direction globale devrait être "de protéger les droits de l'homme et la démocratie, sans en saper leurs principes".

Sécurité Globale: Docteur Patricia Lewis, directeur de l'Institut des Nations unies pour la Recherche en matière de Désarmement (UNIDIR), évoquait les concepts de sécurité qui sont en train de changer et le besoin de nouveaux accords de sécurité pour assurer la sécurité humaine et collective plutôt que de compter sur le pouvoir militaire. La vulnérabilité et la sécurité, le Dr Raiser les identifient ensuite comme étant des questions centrales; il a noté qu'une des "nouvelles" conséquences du 11 septembre était l'apparition d'un sentiment de vulnérabilité parmi les citoyens de la nation la plus puissante du monde.

Droits de l'homme: le Docteur Bertrand Ramcharan, haut commissaire des Nations unies en matière des Droits de l'homme, a souligné l'indivisibilité des droits de l'homme, de la paix et de la sécurité, soulignant la nécessité de conforter les droits de l'homme dans toutes les régions. Il a relevé que l'impact des événements sur les libertés civiques et les contrôles à la frontière était notamment évident dans les pays du Nord, où ils affectent le plus souvent les immigrés de ces régions.

Économie mondiale: le Docteur John Langmore, directeur de la Division pour la Politique Sociale et le Développement / le Département des Affaires Économiques et Sociales des Nations Unies, a évalué les conséquences économiques des attaques du 11 septembre dans le contexte global de l'inégalité des personnes dans le domaine du pouvoir et des ressources et a distingué les conséquences à court terme des conséquences à long terme. Il a noté que les relations entre les marchés et les Etats ont pu varier suite aux attaques; les gouvernements, a-t-il dit, interviennent davantage dans la sphère économique. C'est uneévolution toute nouvelle , étant donné les tendances à la globalisation où les marchés sont rois.

Aide Humanitaire: le Docteur Elisabeth Ferris, membre du COE, a analysé la question humanitaire telle qu'elle se pose suite aux actions militaires en Afghanistan. Tandis que beaucoup de ces questions - l'interaction militaire-aide humanitaire, la sécurité, les mines antipersonnelles, l'accès - ont déjà caractérisé bien des situations d'urgence précédentes, elles sont actuellement d'une actualité dramatique . Les participants ont souligné le besoin de repenser l'éthique de l'aide humanitaire et en particulier le besoin pour l'aide "humanitaire" de retrouver son caractère de neutralité et d'impartialité initial.

Défi aux religions: l'Évêque Manowar Rumalshah du Pakistan a présenté le sujet du défi lancé aux religions et en particulier aux relations interreligieuses musulmanes-chrétiennes. Il a suggéré qu'il était naïf de nier la puissance de la religion dans ce conflit. Les participants se sont coltinés cette question difficile et ont tâché de préciser dans quelle mesure la religion était un facteur dans le présent conflit.

Geneviève Jacques, directrice du groupe du COE chargée des Relations, faisait remarquer d'emblée que les questions sociales, politiques et religieuses et que les défis discutés lors de cette réunion n’étaient pas nouvelles; la différence, c'était qu'après le 11 septembre, "les contradictions étaient plus visibles qu'auparavant". "Nous partageons plus de questions que de réponses, mais nous sommes tous convaincus qu'une vision simpliste - c'est un conflit du 'bien contre le mal' - n'est pas la réponse," a-t-elle noté.

Les participants ont estimé qu'on avait besoin de réfléchir plus à fond au concept de terrorisme, puisqu'il était défini différemment selon les gens. Idem pour le concept de victimisation, puisqu'il est nécessaire non seulement d'identifier les victimes des attaques et des actions militaires en Afghanistan, mais aussi de comprendre le rapport entre les victimes et les oppresseurs.

Une nouvelle "imagination" est nécessaire, déclarent les participants, pour discerner la signification de ces événements. Voilà qui nécessite l'appui financier et politique des instituts et des organisations explorant des alternatives aux systèmes actuels de sécurité; ce sera important, ont-t-ils ajouté,d’y inclure les perspectives et les stratégies de groupes populaires aussi bien que celles provenant d’intellectuels.

Il n'existe aucune parade contre le type d'attaques survenues le 11 septembre, suggérait Raiser dans sa conclusion. La compréhension de cet axiome mène à une compréhension différente du pouvoir: le pouvoir ne sera pas tant basé sur la capacité de se protéger ni d'assurer une sécurité maximale que dans "l'énergie de vie en relation".

"Tout le pouvoir est légitimé par des symboles et le symbolisme du pouvoir a des racines religieuses... Toutes les formes du pouvoir humain sont les miroirs de votre propre compréhension du pouvoir divin," a dit Raiser. Et parce que des symboles religieux ont été employés à la fois par ceux qui effectuaient les attaques et par ceux qui ont lancé la campagne militaire, Raiser pense que nous devons apprendre à communiquer entre les différents systèmes symboliques. Autre point, parce que nos formes traditionnelles d'analyse s'avèrent inadéquates, une approche religieuse et la théologie sont nécessaires pour comprendre cette nouvelle forme de conflit - symbolique -.

Les réflexions menées pendant la réunion guideront le travail en cours de participants et du personnel du COE dans ce secteur. Des réunions régionales, avec des participants internationaux, pour discuter des conséquences du 11 septembre sont en projet. Le rapport de la réunion sera bientôt disponible.


Source: Conseil oecuménique des Eglises (COE)

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