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EEMNI - 23.04.2001   Retour à l'aperçu

France, Strasbourg: Signature de la “Charta Oecumenica”

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La rencontre oecuménique de Strasbourg s'est séparée dimanche après la signature solennelle de la Charte oecuménique élaborée depuis deux ans. La Charte affirme la liberté religieuse, appelle à un oecuménisme renforcée et à un témoignage commun des chrétiens d'Europe.
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Les Eglises européennes en session

La Conférence des Eglises Européennes (KEK) et le Conseil des Conférences épiscopales d'Europe (CCEE) se sont rencontrées, du 17 au 22 avril 2001 à Strasbourg, sur le thème: "Je serai avec vous tous les jours, jusqu'à la fin des temps".

Les 17 et 18, étaient consacrés aux rencontres d'une centaine de jeunes européens anglicans, orthodoxes, protestants et catholiques. Le 18 et 19, se tenaient les réunions des organes directeurs de la KEK et du CCEE. Du 19 au 22, se sont enchaînées conférences de presse, discours, célébrations oecuméniques, études bibliques et témoignages. Lors de son intervention lors de la célébration oecuménique inaugurale, la théologienne luthérienne française Elisabeth Parmentier a déclaré que l’Europe comptait de nombreuses places comme Strasbourg, "qui portent les blessures des combats nationalistes, qui ont vu les déchirements des familles, des amitiés, des villages, des querelles entre confessions chrétiennes, des luttes entre cultures".

Le culte solennel

Le dimanche 22 avril à 11h30 en l'Eglise Luthérienne Saint-Thomas, la signature de la Charta oecumenica clôturait ce moment fort de l'oecuménisme européen et le lançait dans le troisième millénaire.

«Merci d'être venu à Strasbourg ranimer la flamme de l'oecuménisme, trop vacillante pour beaucoup d'entre nous»: le président Marc Lienhard (Église de la Confession d'Augsbourg d'Alsace et de Lorraine -ECAAL-) a accueilli, dimanche, en l'Eglise St-Thomas une assemblée des plus bigarrée. Toutes les formes et les couleurs du christianisme européen y étaient représentées pour la célébration finale de la rencontre commune de la Conférence des Églises européennes (KEK/ protestante, anglicane, orthodoxe) et du Conseil des Conférences Episcopales d'Europe (CCEE/ catholique).

La parole de Dieu de ce jour (le dialogue du Christ ressuscité avec l'apôtre Thomas dans Jean) a été commentée par le Dr Anastasios, archevêque orthodoxe d'Albanie. «Si nous, les Églises européennes, nous refermons sur nous-mêmes, ne nous préoccupant que de nos propres fidèles, laissant à des entités laïques, financières et politiques le soin de prendre des initiatives et d'assumer des responsabilités dans la mondialisation en marche, nous risquons au bout du compte de trahir l'Évangile».

Le cardinal Vlk, président du Conseil des conférences épiscopales d’Europe, côté catholique, (CCEE) et le métropolite Jérémie, président de la Conférence des églises européennes – KEK - (protestantes, anglicanes et orthodoxes) ont signé à l’issue de ce culte la charte oecuménique.

La célébration a été perturbée un moment par un militant millénariste belge brandissant un panneau: «L'Évangile vendu à Rome à un prix oecuménique»... A l'issue de la célébration en plusieurs langues, les participants ont tous été dotés d'un sac à dos renfermant le texte de la Charte oecuménique. Mission: la diffuser en Europe.

Une Charte pour les chrétiens d'Europe

Cette Charte est destinée à promouvoir la collaboration entre les Eglises chrétiennes du continent. Les Eglises s'y engagent à travailler ensemble à la réconciliation des peuples et des cultures en Europe. A tous les niveaux de la vie ecclésiale, une culture du dialogue et de collaboration doit être encouragée. Cette Charta oecumenica n’a pas de valeur contraignante pour les Eglises locales. Elle se fonde sur la reconnaissance de la "liberté de religion et de conscience" et sur l’engagement à s’opposer "à toute tentative d’abuser de la religion et de l’Eglise à des fins ethniques et nationalistes".

Il ne faut s’attendre à une percée oecuménique avec cette Charta Oecumenica sur le plan théologique; elle parle seulement en général de la communion eucharistisque comme d’un objectif à atteindre; autrement dit, la charte ne change rien du tout au statu quo actuel, -séparation à la Table du Seigneur et séparation des confessions-. Un oecuméniste patenté a formulé à Strasbourg la situation actuelle en ces termes: "le réalisme objectif prenant au sérieux l’enseignement et la vie effectives dans l'Eglise Orthodoxe et protestante ainsi que dans l'Eglise Catholique Romaine- nous donne à penser que rien n’y changera dans un proche avenir."

Le seul espoir réside dans les réactions de la base: comment va-t-elle réagir à ce document et jusqu’où va-t-elle faire siens les engagements qu’il comprend? Que vont-elles en retenir et appliquer localement?

Le CCEE est la fusion des 34 Conférences Episcopales Catholiques Romaines en Europe; 125 Eglises européennes appartiennent à la KEK, à savoir les Eglises Orthodoxes, Réformées, Anglicanes, Libres, dont l’Eglise Evangélique Méthodiste (EEM) et Vieux-catholiques .

Le texte allemand officiel de la CHARTA OECUMENICA est disponible sur le site du Service de Presse Adventiste sous la forme d’un fichier PDF sur le Web: http: // www.stanet.ch / APD / en 2001 / charta_d.pdf.

Analyse du texte

Ce texte assez court est titré «Lignes directrices en vue d'une collaboration croissante entre les Églises en Europe».

Son préambule précise qu'il n'a «aucun caractère magistériel, dogmatique ou canonique». Chacune des trois parties (sur l'Église «une, sainte, catholique et apostolique», sur le «chemin de la communion visible» et sur la «responsabilité commune» des Églises en Europe) se compose d'affirmations et d'engagements. Parmi ces derniers, on peut relever quelques points-clés:

*Non-concurrence: la Charte s’aligne sur le document d'étude du même nom produit par le groupe de travail commun du Conseil Oecuménique des Eglises (COE) et de l'Eglise Catholique Romaine- (1995). Sous le titre "Annoncer ensemble l'Evangile" les Eglises s'engagent à:
- éviter entre Églises «une concurrence dommageable ainsi que le danger de nouvelles divisions».
De façon à éviter tout esprit de compétition dommageable et le risque de nouvelles divisions, les Eglises s’engagent à:
- "parler de nos initiatives en matière d’évangélisation avec les autres Eglises,
- conclure des accords sur ce sujet
.

* Oecuménisme: «agir ensemble à tous les niveaux de la vie de l'Église», «prier les uns pour les autres», «tendre vers le but de la communion eucharistique», poursuivre le dialogue oecuménique. Les Eglises européennes s'engagent à pratiquer l’oecuménisme entre elles dans le but ultime d’atteindre un jour la communion eucharistique. Les Eglises ont vocation à témoigner ensemble de l’Evangile.

* Autres religions: les Eglises s’engagent à:
- "reconnaître aux personnes comme aux communautés la liberté de religion et la liberté de conscience et à
- veiller à ce que chacun puisse pratiquer sa religion ou suivre sa vision du monde, individuellement et collectivement, en privé comme en public, dans le cadre du droit en vigueur."
Les Eglises européennes veulent être ouvertes "à la discussion avec toutes les personnes de bonne volonté, poursuivre avec elles des objectifs qui leur sont communs et leur témoigner de la foi chrétienne".
Le dialogue avec le judaïsme est privilégié. Les Eglises s’engagent à:
- combattre l'antisémitisme, l'antijudaïsme dans l'Eglise et la société,
- intensifier le dialogue «avec nos frères et soeurs juifs».
En outre, la charte invite à des relations avec l'Islam et à la rencontre d'autres religions et spiritualités. Les Eglises s’engagent à:
- aller à la rencontre des musulmans «avec une attitude d'estime» et «travailler avec eux à des objectifs communs», reconnaître «la liberté de religion et de conscience» des autres croyants et aider à la garantir en Europe.
Les Eglises s'engagent en outre à:
- refuser les conversions «par pression morale ou incitations matérielles»,
- n'empêcher personne de se convertir «selon sa libre décision».

* Politique européenne: En plus de leurs missions théologiques et spirituelles, les Eglises veulent aussi coopérer à l'unification de l'Europe. Sous cet angle, la Charte en gage les Eglises à défendre la responsabilité sociale, «les valeurs fondamentales» et à refuser «toute tentative d'abuser de la religion et de l'Église à des fins ethniques et nationalistes», à renforcer la place des femmes, mettre l'accent «sur une qualité de vie responsable et durable» pour la sauvegarde de la création.

Les premières réactions

Quelques jours avant la rencontre, le pasteur Jean-Arnold de Clermont, président de la Fédération protestante de France, déclarait dans les colonnes du quotidien "Les Dernières nouvelles d'Alsace". "J'attache une très grande importance à la rencontre elle-même, d'autant plus qu'elle sera, en parallèle, une rencontre de jeunes Européens. Il est bon de dire que catholiques, protestants et orthodoxes ont à jouer un rôle important dans la société européenne, parce que ce continent a été forgé dans une histoire où les religions chrétienne, juive et musulmane se sont confrontées mais ont aussi dialogué. Quant à la Charte, je crains un peu le "flop". L'intention est excellente, qui est de dire quelles sont les valeurs essentielles autour desquelles nous nous retrouvons. Mais la Charte n'a pas pu faire l'économie des tensions très fortes entre un certain nationalisme orthodoxe, surtout russe, et notre monde occidental très libéral, peut-être trop."

La construction de l’Europe ne peut pas se faire sans tenir compte de ses racines chrétiennes, rappelle le pape Jean Paul II dans un message adressé au cardinal Miloslav Vlk, ancien président du Conseil des Conférences Episcopales d’Europe - le CCEE -, présent à la rencontre oecuménique de Strasbourg.

"L’Europe ne peut pas se construire en rejetant la spiritualité chrétienne dont elle est imprégnée", écrit Jean Paul II dans son message. "Tissée de différentes cultures, traditions et valeurs liées aux pays qui la composent, l’Europe ne peut être ni comprise ni édifiée sans tenir compte des racines qui font son identité originale", explique le pape. Pour affronter cet important objectif, il invite à une plus "intense" collaboration "à tous les niveaux sociaux et ecclésiaux" et à un "approfondissement" du dialogue.


Source: APD/DNA/APIC/IMED/PR/FPF

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