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EEMNI - 19.04.2001   Retour à l'aperçu

Angleterre: Sheffield: un leader méthodiste d’origine sikh critique 'l'isolationnisme' chrétien

le pasteur Ghopal accompagnée d'une des 25 méthodistes brittaniques à la recherche de ses racines en Inde[Credits] Le pasteur Inderjit Bhogal se décrit comme un disciple de Jésus Christ, avec des racines dans la religion Sikh.

Devenu pour un an le président de la Conférence Méthodiste Britannique, Inderjit Bhogal est né dans une famille dévote sikh au Kenya. À l'âge de 10 ans, il était un réfugié en Tanzanie et de l'Afrique il a immigré, lui et sa famille, jusqu’en Grande-Bretagne.

C'était il y a 37 ans en arrière. Bhogal est actuellement le directeur de l'Unité de Théologie Urbaine de la dénomination à Sheffield et un pasteur engagé au sein de la Mission Intérieure Oecuménique de la ville de Sheffield.

Assurer la présidence de l'Église Méthodiste Britannique, c’est juste un chapitre de plus dans une vie forgée littéralement dans la rencontre de différentes traditions religieuses. Pour Bhogal, les relations interreligieuses sont une réalité personnelle et un impératif théologique. Il croit qu’au cours du 21e siècle, les chrétiens vivant dans un monde multireligieux auront besoin d'une théologie reconnaissant l'expérience de Dieu en dehors du Christ et à l'extérieur de l'Eglise.


Réfléchissant sur le voyage qu’il a effectué récemment en Inde pour y retrouver ses racines spirituelles et personnelles, Bhogal a dit à l'Agence de Presse Evangélique Méthodiste que les chrétiens ont pu trop longtemps dans leur ignorance dire qu’aucune expérience de Dieu n’était possible en dehors de Jésus-Christ.


La fidélité à Jésus Christ va de pair avec l’ouverture aux gens partageant une autre foi, a-t-il expliqué. Nous ne pouvons plus soutenir des affirmations chrétiennes isolément des autres fois en présence.

Bhogal sait trop bien ce qui peut arriver dans un climat d'intolérance et d'ignorance religieuse. Comme adolescent, il était la seule personne dans la ville de Dudley qu’il venait d’adopter, en Angleterre, à avoir porté un turban sikh. D'autres garçons l'ont régulièrement frappé à la tête et ils ont même essayé une fois de le lier avec le turban.

Mais pendant cette même période, il a aussi fait l’expérience de la communauté chrétienne comme d’un véritable sanctuaire, qui l’a accueilli et l’a mis à l’abri de tout jugement. Ne disposant pas de temple sikh tout près de chez lui, Bhogal a commencé par suivre une classe biblique au milieu de la semaine dans une Eglise Méthodiste locale.

Le fait de savoir que Dieu était honoré à cet endroit a fait que je me suis senti chez moi, s'est-il rappelé. L'amitié avec laquelle on m’a accueilli contrastait avec l'hostilité que j'ai éprouvée à l'école.

C'était pendant un voyage de l’Eglise en Ecosse qu'il s’est retrouvé à genoux prêt à s’engager à servir l'Eglise. En lutte avec l'inquiétude de sa famille traditionnelle sikh et sa propre confusion spirituelle, il en est venu à croire que Dieu l'avait choisi pour exercer un ministère au sein de l'Eglise Chrétienne au lieu de la tradition sikh.

Les premiers disciples de Jésus l'ont suivi et étaient des Juifs leur vie durant. Paul, après son expérience sur le chemin de Damas, n'a pas cessé d'être hébreu.... J'essaye donc de suivre le Christ dans la culture sikh. Je ne me décris pas comme un ancien Sikh,a-t-il expliqué.

En juillet dernier, Bhogal est devenu le tout premier président de couleur élu par la Conférence Méthodiste Britannique. Comme partie intégrante de son année présidentielle, il a décidé de visiter les gens et les places qui faisaient partie de son histoire. Ce voyage l'a ramené en Inde, à la patrie de la religion Sikh et aux villages de ses ancêtres.

Initialement, Bhogal avait imaginé un voyage en famille qui lui permette de présenter à sa femme, Kathy et à leurs deux enfants, de 10 et 12 ans, leurs racines indiennes. Mais le groupe finalement parti le 16 février incluait en plus 25 Méthodistes Britanniques qui ont voulu faire partie du pèlerinage présidentiel.

Le groupe s’est d'abord arrêté à Delhi pour des réunions avec des responsables de l'Église de l'Inde du Nord et a ensuite continué par le Punjab. Là-bas, les voyageurs ont visité les deux villages où les parents de Bhogal ont grandi. Quand sa mère, qui est toujours une Sikh pratiquante, a découvert que son fils faisait partie d’un groupe de Grande-Bretagne revenant dans son village familial, elle a rejoint le groupe pour s'assurer qu'elle serait là pour l’accueillir au mieux.

Un point culminant du voyage a été une visite au site le plus saint des Sikh, le Temple d'Or dans la ville d'Amritsar et une réunion la première du genre entre un responsable chrétien et un jathedar Sikh, Jojinder Singh. Ce jathedar, ou responsable spirituel, est considéré comme un des cinq jathedars qui dirige à égalité avec les autres la communauté sikh.

Pendant leur échange, Bhogal a demandé ce que le jathedar pensait de l’affirmation qu’on ne peut venir à Dieu que par Jésus. Le responsable sikh a dit qu’en ce qui concerne les Sikhs, ils ont accès à Dieu, ils font l'expérience de Dieu et qu’ils font la connaissance de Dieu, mais ne voudraient pas nier aux chrétiens l'expérience de Dieu.

Le pasteur Keith Reid, secrétaire adjoint de la Conférence Méthodiste Britannique, également du voyage disait que cette expérience à Amritsar lui donnait à penser que, malgré quelques désaccords, il subsistait toujours un grand respect pour les convictions de chacun.

Lui et la laïque Elaine Robinson étaient parmi la poignée de gens qui se sont levés à 2 du matin avec Bhogal pour suivre une cérémonie de très bon matin pendant laquelle le livre sikh saint, le Gourou Granth Sahib, était transporté de son lieu de repos la nuit jusque dans le Temple d'Or. Les Sikhs sont manifestement les gens d'un livre saint, des gens de prière, poursuivant leur vision de Dieu, a dit Reid. Et nous, chrétiens, nous faisons de même.

Robinson, qui était resté assise en tailleur avec Reid dans le balcon du temple pendant deux heures, a dit qu'ils s’étaient sentis accueillis à cet endroit comme enfants de Dieu. Chacun était venu pour prier et vous y étiez, a-t-elle ajouté.

A Amritsar, le groupe a aussi visité les langars, ou cuisines communautaires, qui sont une partie des gurdwaras ou temples sikhs. Les Langars servent de la nourriture, gratuitement, à chacun, que l’on soit Sikh ou non. Ces cuisines sont responsables de millions de repas gratuits servis quotidiennement partout rien qu’en Inde. À ces repas communautaires, il n'y a aucune chaise, aucune table, aucune fourchette, pas plus qu’il n’y a de couteaux ni de cuillères. Personne n’a droit à des privilèges particuliers et chacun mange de ses mains.

C’est en de tels endroits que Bhogal situe les points communs entre Sikhs et chrétiens. La tradition chrétienne porte sur un repas, sur une réunion autour de ce repas... Le génie de Jésus a consisté à mettre de la nourriture, un repas au centre de sa communauté," a-t-il noté. Il a dit, 'Chaque fois que vous vous rencontrez en mon nom, ayez un repas et vous ferez souvenir de moi ' Les gourous sikhs enseignent aussi que d'abord nous mangeons et qu’ensuite nous nous rencontrons.

Bhogal est conscient de ce que dans l'Eglise tous ne partagent son enthousiasme pour des rencontres interreligieuses, partant de l’idée que de telles conversations peuvent diluer la foi chrétienne. Mais loin de diminuer la foi, Bhogal estime que ces rencontres approfondissent la foi et élargissent les horizons d'un individu par rapport à Jésus.

Le voyage en Inde n'était pas une visite officielle des Méthodistes Britanniques mais une initiative que Bhogal cru devoir prendre personnellement. Il a personnellement financé toutes les dépenses que ce voyage a occasionné pour lui et sa famille. J’espère avoir réussi à prouver à chacun dans l'Eglise que nous devions faire ce voyage,, a-t-il dit. Quelle que soit l’action en vue, il est nécessaire de rencontrer ceux qui pensent différemment et de discuter avec eux.

Robinson croit que le défi de Bhogal est important pour toute l'Eglise. Dans les questions qu’il soulève, il demande aux personnes d'explorer ce que vous croyez. Que vous soyez d'accord avec lui ou non, vous grandissez dans votre foi, a-t-elle dit.

Pendant les mois de sa présidence qui lui restent, Bhogal projette de visiter des maisons d'arrêt partout dans le Royaume-Uni où sont retenus des milliers de demandeurs d'asile. Il compte suivre la Conférence Méthodiste Mondiale à Brighton du 25 au 31 juillet, mais à ce moment-là, à cette réunion, il n’occupera plus de responsabilité officielle.

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*L’auteur de l’article, LaCamera est un correspondant de l’UMNS en Angleterre
26/03/2001

Commentaire:
Cette dépêche appelle le commentaire suivant: de nos jours, le dialogue est de mise entre religions;
- il est toujours positif de favoriser le dialogue entre gens de conviction différentes de manière à réduire les risques de tension et d’opposition stériles. Surtout qu’il permet aussi de relever les points communs, les valeurs communes.
- Mais ce dialogue comprend un risque, le nivellement des différences et des divergences entre les spiritualités, la relativisation des traditions les unes par rapport aux autres. Ce nivellement a pour nom le syncrétisme. Le courant évangélique s’est exprimé clairement contre toute forme de relativisme et de syncrétisme, dans le Manifeste de Manille (juillet 1989): Nous rejetons donc à la fois le relativisme, qui considère toutes les religions et spiritualités comme également valables pour s’approcher de Dieu, et le syncrétisme qui voudrait mêler la foi au Christ aux autres croyances.
Il n’est pas question d’ignorer pour autant les parcelles de vérité que les spiritualités peuvent avoir conservé. Le même Manifeste de Manille admet que les diverses religions comportent des éléments de vérité et de beauté.
La religion sikh, dont le pasteur Bhogal est issu et qui le subjugue, est empreinte d’un idéal d’égalité, de tolérance et de service, auquel les chrétiens ne peuvent que souscrire. La devise des Sikhs: accomplis ton travail, partages-en le fruit et médite sur le Nom n’a pas de quoi heurter les chrétiens. Un Sikh est aussi censé prier trois fois par jour: tôt le matin, le soir et avant de se coucher. Un Sikh doit également se rendre aussi souvent que possible au gurdvara et y participer aux prières collectives. Enfin, il se doit d’être au service de la communauté, comme le faisait remarquer le pasteur Bhogal. Une telle conduite peut aussi inspirer des chrétiens.

On comprend ainsi que la spiritualité des Sikhs puisse attirer et séduire plus d’un:
- Elle prône le respect de Dieu sans attributs, la dévotion au Dieu suprême et la méditation sur son nom, et ne dispose pour rituel que le chant d’hymnes de louanges. Au cœur de l’enseignement de Nanak se trouve en effet la foi en un Dieu unique, révélé par sa création: le vrai Guru. Ce Dieu est tout-puissant, infini, éternel, sans forme ni attributs, inconnaissable et ineffable, omniprésent. À la fois extérieur à l’homme et présent en lui, il peut lui manifester sa grâce et le faire accéder ainsi à la vérité.
- Quant à l’homme, il est réputé, selon la tradition sikh, prisonnier de son illusion et incapable de délivrance. Son moi est prisonnier de la vie matérielle et de ses fautes. L’essentiel pour lui consiste à prêter attention en son cœur la voix de Dieu, appelée guru et murmurer son nom, remémorer et répéter le Nom divin. Ainsi chemine-t-il de purification en purification... Invoquer Son Nom pour être sauvé! Jusqu’à ce que son moi régénéré se fond en Dieu dans une suprême béatitude. (d’après l’Encyclopédie Universalis)

Même si le croyant sikh est invité à invoquer le nom de Dieu, il s’efforcera de s’en tirer par lui-même, sans avoir la moindre certitude d’y parvenir. Comme toutes les autres religions de facture humaine, la religion sikh butte inéitablement sur les limites humaines: Les humains sont pécheurs, et le monde entier est au pouvoir du Malin, c’est pourquoi même les personnes les plus pieuses ont besoin d’être rachetées par le Christ. Rien ne permet donc d’affirmer que le salut peut se trouver en dehors du Christ et sans une reconnaissance explicite, par la foi, de son oeuvre, ajoutait le Manifeste de Manille.
Comme tout autre peuple sur la terre, le peuple sikh a par conséquent besoin de connaître et de reconnaître la grâce telle qu’elle s’est manifestée en Jésus-Christ. Qui l’invoque, en effet est sûr du salut!
Ce message est unique et irremplaçable, il a une portée universelle, les chrétiens ont pour mission de le partager à tous en toute humilité et sans arrogance, sans mépris ni hostilité, comme nous y invite le Manifeste de Manille: Nous sommes résolus à rendre un témoignage positif et sans compromission aucune au caractère unique de notre Seigneur, à sa vie, sa mort et sa résurrection, dans tous les aspects de notre évangélisation, y compris dans le dialogue avec les autres religions.
Jean-Philippe Waechter


Source: Service de presse évangélique méthodiste (UMNS)

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