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EEMNI - 27.08.2001   Retour à l'aperçu

Thabo Mbeki demande l'aide aux églises pour résoudre les conflits en cours dans le sud de l'Afrique

[Credits] Parlant à une délégation du Conseil Oecuménique des Églises (COE) et aux représentants du Conseil des Églises sud-africaines (SACC) la semaine dernière, le président sud-africain Thabo Mbeki a pressé à la fois le COE et tous les autres instances religieuses du sud de l'Afrique d'apporter leur concours dans la résolution des conflits dans la région de la SADC (la Communauté de Développement du Sud de l'Afrique). La délégation du COE effectuait une visite de dix jours dans le sud de l'Afrique (du14 au 27 août), voyage qui incluait la Namibie, le Botswana et le Zimbabwe.

La délégation était reçue à la présidence de Etat à Pretoria, le 16 août. A cette occasion, le Président Mbeki a dit que la SADC réclamait l'aide des églises dans deux domaines: la question agraire au Zimbabwe et la guerre en cours en Angola. Les chefs d'Etat de la SADC ont essayé tout ce qui était en leur pouvoir pour mettre un terme à la guerre de 41 ans, mais en vain. Mbeki faisait savoir que le rebelle et leader angolais (UNITA) Jonas Savimbi et le gouvernement angolais étaient loin d'être en bons termes; fort heureusement, cependant, le président de l'Angola José Eduardo Dos-Santos a reconnu que seul le dialogue et non l'action militaire pourrait mettre un terme au conflit.

Au même titre que les responsables politiques, les instances religieuses de la région sont perplexes quant à la manière d'aborder cette guerre. Selon un membre de la délégation COE de l'Angola, le pasteur Caetano, les églises ne sont pas unies sur la question. Le pasteur et secrétaire général du COE Dr Konrad Raiser a suggéré que seule la réunion de tous les groupes religieux en Angola avec le gouvernement et les groupes de rebelles pourrait permettre de faire avancer les choses. "Le problème de l'Angola ne peut pas être réglé de l'extérieur et le COE peut seulement aider et soutenir les églises," a noté Raiser.

Sur la question agraire au Zimbabwe, le président Mbeki a annoncé que le président du Zimbabwe Robert Mugabe avait récemment consenti à une visite au Zimbabwe des six chefs d'Etat de la SADC. "Nous avons reconnu que le groupe devait intervenir. Il parlera avec les fermiers, les anciens combattants, les gens sans terre et tous les autres protagonistes de la question agraire au Zimbabwe," a-t-il dit. Il a aussi souligné que la situation économique critique du Zimbabwe, particulièrement un défaut de nourriture prévu d'ici la fin de l'année, requiert une attention immédiate. "La direction politique ne se rend compte que maintenant des sérieux ennuis présents," a dit Mbeki. Il a invité les partis d'opposition du Zimbabwe non seulement à critiquer le gouvernement, mais aussi à se concentrer ensemble sur la crise à venir.

La visite de quatre jours de la délégation du COE en Afrique du Sud a coïncidé avec la 2ème "Triennial National Conference" de la SACC autour du thème suivant "Avec le Christ en Afrique aujourd'hui". Dans sa prédication lors du culte d'ouverture, Raiser a défié la communauté chrétienne à être le sel et la lumière du monde. En guise d'exemple, il a renvoyé au rôle joué par les églises d'Afrique du Sud pendant le régime d'apartheid; au Brésil, où les églises se sont battues pour les droits des indigènes; et à l'ancienne République démocratique allemande où les églises sont devenues une source d'inspiration et d'encouragement pour une révolution non violente.

En s'adressant à la conférence, le président de la SACC, l'Évêque Mvume Dandala, a mis en évidence certains des défis auxquels l'Afrique du Sud fait face sept ans après la chute de l'apartheid. "Il est établi que l'héritage de l'apartheid continue à hanter la nation sud-africaine. Cet héritage s'est manifesté dans une myriade de voies, y compris pour une majorité de nos gens dans le fait d'être sans terre et de connaître un appauvrissement massif et pour les bénéficiaires des régimes passés d'accroître leurs propriétés et leur richesse," a-t-il déclaré.

Renversements de guerre en Namibie

La guerre en Angola était aussi au centre de la seconde partie de la tournée du COE. La guerre en Angola s'est propagée jusqu'à Kavango en Namibie et jusque dans les régions de Caprivi, où l'UNITA a posé des mines anti-personnelles.

La visite de cinq jours (du 17 au 22 août) en Namibie de la délégation du COE a commencé dans la capitale, Windhoek et s'est achevée à Rundu, à la frontière de l'Angola, où un camp de transit gouvernemental facilite le transfert des réfugiés dans un camp plus important; près de 20,000 réfugiés, principalement de l'Angola et de pays centrafricains, vivent dans ce dernier camp.

Lors d'une rencontre de responsables d'églises angolais, de membres du Conseil des Églises en Namibie (CCN) et de quelques résidants angolais et namibiens de Rundu, Raiser a rappelé aux églises qu'elles pouvaient changer la situation dans leurs pays.

"Les Églises doivent s'unir pour trouver une solution à cette guerre sans fin en Angola. Une intervention extérieure n'est guère viable, si les gens à l'intérieur du pays ont perdu l'espoir," a dit Raiser. La délégation était venue pour écouter les églises directement impliquées et voir comment le COE pourrait les aider dans les décisions à prendre, a-t-il dit. "À ce stade, nous ne pouvons qu'être solidaires de vous," a-t-il conclu.
Le secrétaire général de la CCN, le pasteur Nanbula Kathindi, a annoncé que les églises de Namibie fourniraient aux réfugiés angolais des abris, de l'alimentation et des vêtements; elles ont aussi célébré un service oecuménique à Rundu en solidarité avec les réfugiés angolais et les victimes namibiennes de la guerre en Angola.

Parlant au nom de la délégation angolaise venue spécifiquement à Rundu à la rencontre des responsables de l'Église namibienne, le président du Conseil des Églises Chrétiennes en Angola, le pasteur Luis Ngiombi, a annoncé la formation d'un Conseil interreligieux. Ce Conseil comprendra l'Église Catholique ainsi que quelques Eglises Evangéliques; il se concentrera sur la paix et la distribution de secours d'urgence et de nourriture aux personnes déplacées. Cette initiative limitée par des contraintes financières au niveau du Conseil Chrétien est soutenue par la "Christian Councils in Southern Africa" (FOCCISA).

La délégation a passé deux jours à écouter les Eglises d'Angola et de Namibie lui décrire leur situation critique, la réunion de Rundu a demandé aux responsables des églises angolaises de tenir informés tous les Conseils Chrétiens voisins des progrès accomplis pour résoudre paisiblement le conflit ou de tout ce qui fait encore barrage à la paix. La FOCCISA en a appelé à des visites pastorales plus nombreuses en Angola et a défié toutes les églises du Sud de l'Afrique à faire pression sur leurs gouvernements pour que la résolution de ce conflit devienne pour eux prioritaire. Finalement, il a été décidé que les Eglises angolaises composeront une prière pour éveiller la solidarité du monde entier et que le COE et l'AACC diffuseront la prière à travers leurs réseaux.

Avant de quitter la Namibi, la délégation, ensemble avec les membres de la CCN, a fait une visite de politesse au président de la Namibie, Sam Nujoma, qui a remercié la délégation du COE de sa visite du pays. Dans son allusion au conflit angolais, le Président Nujoma a noté que "bien que le protocole de Lusaka soit devenu obsolète, la volonté politique d'en finir avec cette guerre continuera certainement à s'affirmer," et a assuré la délégation que le conflit est pris au sérieux non seulement par les Eglises, mais aussi par son gouvernement.

24 août 2001


Source: Conseil oecuménique des Eglises (COE)

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